Environ 90% des humains sont droitiers, préférant utiliser leur main droite pour écrire et réaliser leurs tâches quotidiennes, tandis que seulement 10% d’entre eux sont considérés comme des gauchers. Mais qu’en est-il des baleines? Sont-elles plutôt droitières, gauchères ou sont-elles ambidextres? Les visiteurs du centre d’interprétation nous posent régulièrement la question.

Plusieurs études réalisées sur différentes espèces semblent montrer que la majorité des baleines seraient droitières, comme les humains. Mais cela ne signifie pas qu’elles seraient plus enclines à tenir leur crayon de la nageoire droite! En réalité, déterminer le côté préféré d’une baleine n’est pas aussi simple qu’il y parait.

Des blessures qui en disent long

Comment peut-on déterminer le niveau de latéralisation des baleines? Notamment en regardant si elles préfèrent utiliser l’un des côtés de leur corps pour réaliser des actions quotidiennes, telles que la recherche de nourriture.

Des chercheurs ont ainsi remarqué que près de 9 rorquals à bosse sur 10 adoptent un comportement biaisé vers la droite lorsqu’ils s’alimentent près du fond. Comment ont-ils pu le déterminer? En observant si ces baleines possèdent des marques asymétriques au niveau de leur mâchoire. Des blessures du côté droit du rostre ou de la mandibule suggèrent par exemple que la baleine a l’habitude de rouler sur le côté droit pour chasser des proies près du fond.

Préférence pour bâbord ou tribord?

Pour les espèces qui s’alimentent plutôt dans la colonne d’eau, on peut déterminer si elles privilégient un côté en observant leurs virages. Chez les baleines à dent, il y a visiblement présence de latéralisation. Le grand dauphin semble adopter un fidèle mouvement directionnel pendant sa recherche de nourriture aux Bahamas. En effet, avant de s’élancer vers le bas pour s’alimenter dans des cratères, il privilégierait le virage à gauche dans 99% des cas.

Même chose pour le marsouin aptère (finless porpoises) au Japon qui tourne aussi en sens antihoraire, avec le côté droit orienté vers le fond, lorsqu’il chasse des poissons à la surface de l’eau.

De manière étonnante, les rorquals bleus, eux, semblent privilégier différentes orientations dépendamment de l’acrobatie. Une étude analysant leurs comportements grâce à des capteurs de mouvements révèle que la majorité des rorquals bleus tournent vers la droite lorsqu’ils chassent à de grandes profondeurs. Cependant, lorsque ces baleines se précipiteraient vers le haut pour chasser des proies à des profondeurs moins élevées, elles s’élanceraient vers la gauche pour réaliser une rotation de 360 degrés.

Un œil droit dominant

Pourquoi les virages des baleines, notamment ceux des rorquals bleus, ne sont-ils pas toujours effectués du même côté? La dominance de l’œil droit des baleines permettrait d’expliquer ces comportements à première vue contradictoires. En effet, peu importe leur mouvement, les baleines tenteraient de garder leur œil droit orienté vers leurs proies et seraient donc droitières. Même le grand dauphin, qui préfère tourner à gauche, serait droitier, puisqu’il garderait ainsi son œil droit et le côté droit de son corps près du fond pour mieux repérer et discriminer ses proies.

Dans le cas des baleines à dents, d’autres facteurs tels que l’écholocalisation pourraient aussi expliquer la latéralisation des mouvements. En effet, les baleines à dents percevraient mieux les signaux d’écholocalisation en provenance de la droite, ce qui pourrait aussi expliquer certains de leurs mouvements directionnels.

Les comportements de latéralisation observés chez les baleines, permettant notamment de garder un contact visuel avec les proies grâce à l’œil dominant, visent souvent à optimiser les stratégies de recherche de nourriture et de défense contre les prédateurs. Est-ce que la préférence de l’utilisation d’un côté du corps serait héréditaire? Ou serait-ce plutôt un comportement acquis en reproduisant les gestes des parents? Nous ne connaissons pas encore la réponse.

Les baleines en questions - 17/1/2022

Marika Drouin

Marika Drouin a rejoint l'équipe de Baleine en direct en tant que rédactrice scientifique au GREMM à l'automne 2021. Elle a effectué un baccalauréat en biologie ainsi qu'une maitrise en biochimie - profil bio-informatique à l'Université Laval. Sauveteuse durant de nombreux étés et plongeuse à ses heures, Marika est fascinée par l'écosystème du fleuve St-Laurent et par toutes les espèces qui y vivent! Passionnée par la communication scientifique, Marika adore imager des phénomènes complexes afin de faire voyager toute personne intéressée dans le monde insoupçonné des baleines!

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