Prendre soin d’individus malades, blessés ou morts – un comportement dit épimélétique – est une forme d’expression de l’empathie courante chez les cétacés. L’intervention des autres membres du groupe dans des situations périlleuses et la tentative de réconforter ou de consoler un individu en détresse seraient également des témoignages d’empathie. Encore aujourd’hui, ces comportements fascinent les scientifiques. Des chercheurs de l’université des iles Baléares ont mis en évidence des comportements empathiques chez les cétacés dans une revue de littérature publiée en 2018.

Dans cette publication, Ana Pérez-Manrique et Antoni Gomila utilisent le terme empathie au lieu d’altruisme. Ils précisent que lorsqu’il est question de l’étude de l’empathie chez les animaux, il n’y a pas de consensus clair sur la définition du terme. En général, l’altruisme réfère à un comportement, comme l’accomplissement d’un acte d’entraide, alors que l’empathie reflète  un état mental, comme la conscience des émotions d’autrui. L’altruisme découle donc de l’empathie. Dans leur ouvrage, le terme comportement empathique décrit les comportements qui résultent de l’empathie. Afin de rester fidèle à la publication, le terme empathie remplacera altruisme dans cet article.

Des cachalots tissés serrés

Dans le monde de l’étude du comportement animal, certains experts sont d’avis que des actions de réconfort et de consolation reflétant de l’empathie peuvent être accomplies par des animaux qui ont assisté à un conflit à titre de témoin. Suite au conflit, un témoin peut tenter de réconforter l’individu envers qui l’agressivité était dirigée, sans avoir été sollicité. Afin que ce type d’interaction ait lieu, les chercheurs considèrent que l’individu « témoin » doit être en mesure d’éprouver une réponse émotionnelle face à la détresse d’autrui ainsi que de concevoir une réponse prosociale. Le résultat recherché serait le soulagement de la détresse de la victime.

Chez les dauphins, le frottement pectoral semble être un comportement qui apporte du réconfort et de l’apaisement, bien que cette hypothèse reste à être vérifiée. De ce fait, des chercheurs ont soupçonné des comportements de réconfort lorsqu’ils ont observé des cachalots tout juste libérés d’un filet de pêche frotter la queue et les flancs de leurs congénères encore empêtrés avec leur melon. Ces cachalots présentaient des signes de stress et des blessures et ceux qui ont été affranchis les premiers sont demeurés auprès de leurs compagnons jusqu’à ce qu’ils soient tous sortis de ce faux pas.

Les dauphins, ces vedettes de l’altruisme

Selon les auteurs de cette revue de littérature, afin qu’un comportement épimélétique ou de secours soit perçu comme une démonstration d’empathie, celui-ci doit répondre à certains critères, soit être adapté à la situation et refléter une réponse émotionnelle modérée de l’animal aidant. Ce dernier prendra parfois des risques pour offrir son aide, mais son intervention ne lui fera rien gagner, bien qu’elle améliore la situation de l’animal en détresse.

Les écrits scientifiques regorgent d’observations de ces comportements chez les dauphins. Ils s’apparentent souvent au support qu’offrent les femelles à leur nouveau-né afin de l’aider à respirer à la surface. Par exemple, un groupe de grands dauphins, vraisemblablement stressés, a été aperçu portant assistance à un veau. Ils ont quitté les lieux après la mort de celui-ci.

Toujours chez le grand dauphin, une femelle a supporté un juvénile blessé alors que trois autres dauphins se sont placés entre eux et un bateau de recherche. Le juvénile a éventuellement été euthanasié, ce qui a engendré des signes d’agitation chez ces animaux. Qui plus est, ces comportements sont parfois observés entre différentes espèces. C’est le cas de deux dauphins à flancs blancs du Pacifique qui ont prêté main-forte à un marsouin commun nouveau-né. Les individus s’alternaient pour pousser le marsouin à la surface. À une autre occasion, un veau marsouin aptère indopacifique a été aidé par un groupe de dauphins à bosse du Pacifique pendant plusieurs heures, lesquels se sont ajusté à sa vitesse de nage.

Ce ne sont pas uniquement les nouveau-nés et jeunes individus qui bénéficient d’assistance pour respirer. Par exemple, dans deux observations distinctes, des dauphins communs à long bec et des grands dauphins ont transporté une femelle paralysée sur leur dos. De même, un groupe de grands dauphins a aidé un individu blessé lors d’une explosion à monter à la surface pour respirer, puis a quitté les lieux une fois leur congénère remis sur pied.

Entre empathie et automatisme

Une autre hypothèse a été suggérée afin d’expliquer pourquoi des dauphins aident des individus, jeunes ou adultes, à remonter respirer.  Il pourrait s’agir d’une réponse automatique à un stimulus. Des femelles ayant déjà perdu un petit en bas âge pourraient apporter instinctivement des soins maternels. Des chercheurs ont également avancé que la présence d’un objet inconnu flottant à la surface pourrait aussi provoquer ce réflexe.

Toutefois, les observations faites par les scientifiques tendent à réfuter ces hypothèses. Les interactions décrites précédemment ont pris place dans des contextes différents et les animaux semblaient adapter leurs comportements à chaque situation, voire aux besoins de l’individu en détresse. Le nombre d’individus s’impliquant dans ces interventions était variable et ils s’exposaient parfois à du danger. Sans compter que la mort ou le rétablissement de l’animal en détresse mettait fin à l’intervention.

Il est donc possible que les aidants soient capables de déterminer les besoins de l’animal en détresse et d’offrir une réponse adaptée et adéquate. À ce jour, les scientifiques sont cependant dans l’impossibilité de confirmer la présence d’une réponse émotionnelle chez les cétacés ou de la caractériser.

Les baleines en questions - 10/11/2022

Véronique Genesse

Véronique est biologiste et rédactrice pour Baleines en direct. Elle a découvert son amour pour les baleines suite à d'inoubliables rencontres avec ces géants des mers et s'est intéressée à leur conservation après avoir pris connaissance des menaces auxquelles elles sont confrontées. Elle croit que l'implication du public est primordiale afin d'assurer le succès des projets de conservation.

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