Le retour des bélugas

  • Les bélugas du Saint-Laurent résident à l'année dans le fleuve, mais leur observation l'hiver est parfois difficile. © GREMM
    27 / 03 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    «Ils sont de retour!», lance notre collaborateur Renaud Pintiaux le 24 mars. Devant Port-au-Saumon, non loin de Saint-Siméon, il observe de la route une dizaine de dos blancs poindre à la surface. Des bélugas. Les premiers qui nous sont rapportés depuis le début de 2019. Des pilotes au quai des Escoumins en ont aussi vu au cours de la semaine. Et le 26 mars, un troupeau de bélugas composé d’adultes et de jeunes nage non loin de la batture aux Alouettes, au large de Tadoussac.

    Où étaient-ils, au cours de l’hiver? Le béluga est la seule espèce de cétacé à vivre à l’année dans le Saint-Laurent. Les membres de son espèce étaient alors peut-être plus au large, loin des yeux des observateurs, ou encore un peu plus en aval, vers le golfe. Ou peut-être étaient-ils très près de nous, mais bien camouflés entre les morceaux de glace grâce à leur corps blanc.

    De la glace a déjà commencé à se former par endroit dans le Saint-Laurent. © Renaud Pintiaux (archives)

    Les bélugas peuvent facilement être mépris pour un morceau de glace. © Renaud Pintiaux

    Car elle a un rôle important pour les bélugas, la glace. Elle peut servir de barrière pour atténuer l’impact des tempêtes hivernales. Sous la glace se forment aussi des algues, le phytoplancton, qui attirent le zooplancton, qui attire à son tour de petits poissons, qui, à leur tour, nourrissent les baleines. Toutefois, trop de glace peut signifier l’impossibilité de remonter à la surface pour respirer. Les bélugas recherchent donc des zones où la glace est fragmentée, où le couvert varie de 70 à 90%. Dans l’Arctique, la glace sert aussi de barrière à des prédateurs importants : les épaulards.

    Au cours des prochaines semaines, on pourrait observer de grands troupeaux comptant des centaines d’individus bélugas nageant dans la même direction. De la péninsule gaspésienne jusqu’à l’ile aux Coudres, les bélugas iront rejoindre leur aire de répartition estivale.

    Sinon, qu’est-ce qui grouille aux alentours? Le 21 mars, un photographe s’aventure sur la berge enfin libérée des glaces devant Cap-Chat, en Gaspésie. La marée basse lui offre un terrain de jeu intéressant pour observer non loin trois phoques communs. Il se retrouve rapidement lui-même observé, comme nous l’indique sa magnifique photo.

    Les phoques communs se reconnaissent par leur museau ressemblant à celui d’un chien et par leur robe tachetée. © Éric Deschamps – Nature en vue

    À Pointe-au-Père, un observateur aperçoit son premier phoque commun de la saison le 27 mars. Le pinnipède adopte une position caractéristique : pattes et tête vers le haut, ce qui lui donne des allures de banane. Le phoque est donc en repos, hors de l’eau. De l’autre côté du fleuve, à partir des rochers du cap de Bon-Désir, aux Bergeronnes, le 26 mars un phoque commun est observé en pleine nage.

    Du côté du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie comme de la Côte-Nord, la saison de la pêche au crabe a commencé le 27 mars! La zone 17 se fait sillonner depuis l’aube (5 heures du matin) par les crabiers qui descendent leurs casiers. Les observateurs verront donc les silhouettes particulières de ces bateaux défiler au large avant de rentrer les cales pleines de crabes des neiges. Les crabiers ont jusqu’au 22 juin pour attraper leur quota.

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.