Le miracle de la vie… bien au chaud!

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    15 / 02 / 2018 Par Marie-Sophie Giroux

    Nos baleines brillent par leur absence ces derniers temps. La plupart ont quitté le fleuve cet automne et reviendront au printemps. Où sont-elles allées — ce sujet, nous l’avons abordé la semaine passée —, mais que font-elles là-bas?

    Les grands cétacés — rorquals, baleines noires et cachalots — se rendent généralement dans les eaux tempérées pour se reproduire ou donner naissance. La Station de recherche des iles Mingan a justement reçu des nouvelles de la femelle rorqual à bosse H141, surnommée DogEar, qui a été reconnue récemment en République dominicaine par une capitaine travaillant l’été dans le parc marin. H141 est une habituée du golfe du Saint-Laurent l’été.

    La mise bas a lieu dans les eaux chaudes; un facteur important pour la survie du nouveau-né qui n’a pas une couche de graisse assez épaisse pour résister aux eaux froides. Mais bien avant la naissance du petit, il y a des préludes chez les adultes. Celles-ci prennent diverses formes selon les espèces: des combats agressifs chez les rorquals à bosse et les cachalots mâles, des chants harmonieux pour les rorquals à bosse mâles; de grandes quantités de sperme produites par les baleines noires — ces mâles possèdent les plus gros testicules du règne animal pouvant dépasser les 900 kg! Les femelles baleines noires ont aussi leur mot à dire: si elles ne sont pas disposées à copuler, elles pourront se tourner de façon à exposer leur fente génitale hors de l’eau. Les femelles rorquals à bosse peuvent frapper la surface avec leurs nageoires pectorales pour signaler un «mécontentement» de l’escorte ou afin d’attirer d’autres mâles.

    L’accouplement se ferait ventre contre ventre ou tournés de côté. Le pénis en érection est dirigé à l’aide de muscles, un peu comme s’il était muni d’une tête chercheuse. Le vagin reçoit l’organe mâle et par le fait même le sperme. L’ovule de la femelle est alors, avec un peu de chance, fertilisé. La copulation peut être répétée à plusieurs reprises.

    Le petit se développe dans l’utérus de sa mère qui le nourrit par l’intermédiaire du placenta. La gestation dure généralement entre 10 et 12 mois, mais peut aller jusqu’à 16 mois chez certaines espèces comme le cachalot. Le baleineau vient au monde, généralement queue première, et se dirige rapidement vers la surface pour prendre une toute première inspiration. Ce geste est guidé par sa mère, puisque sans cela, l’absence d’air dans les poumons pourrait entrainer le petit vers les profondeurs. De plus, elle le dégage de la zone où se trouve le placenta, qui peut attirer des prédateurs.

    À sa naissance, un baleineau rorqual aura déjà atteint le tiers de la longueur de sa mère et le vingtième de son poids. Si cela semble beaucoup, c’est semblable aux proportions d’un nouveau-né humain. Ces petits grossissent à «vue d’œil». Par jour, le jeune rorqual à bosse ingurgite au moins 43 kg de lait et grandit de 3 cm par jour. Le rejeton rorqual bleu engraisse d’environ 80 kg par jour. Il quitte sa mère une fois sevré, sept mois plus tard et 17 tonnes plus lourd!

    Une femelle peut avoir un petit tous les deux ou trois ans environ. L’âge auquel les jeunes pourront à leur tour se reproduire varie d’une espèce à l’autre. Chez le rorqual bleu, l’âge de la maturité sexuelle est d’environ 5 ans, aussi bien pour le mâle que pour la femelle alors que le cachalot mâle devra attendre plus de 20 ans avant de tenter sa chance au jeu de la vie.

     


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle aime raconter « des histoires de baleines ».