Le « deuil » d’un béluga

  • Un béluga traine une carcasse de veau à la surface. Ce comportement peut être associé au deuil. © GREMM (archives, 2015)
    21 / 08 / 2018 Par Anthony François - / /

    Le 14 aout, la journée est fort occupée pour le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins, qui enregistre pas moins de 10 nouveaux cas. Parmi eux, une observation rare se démarque. Une observatrice du Réseau d’observation des mammifères marins (ROMM) contacte le centre d’appel pour rapporter un béluga poussant une carcasse de veau à environ 1,5 km au large du port de Cacouna.

    La nage funèbre

    Le béluga vu à trois reprises entre 13h20 et 13h54 tournait autour de la carcasse du veau, passait en dessous pour la soulever ou encore l’entrainait vers le fond. Les actions effectuées par ce béluga correspondent à des comportements épimélétiques, défini comme une réaction altruiste d’un individu en santé pour prendre soin d’un congénère mort ou en détresse. Pas de confirmation possible à l’heure actuelle, mais on suppose que le béluga observé serait une femelle, possiblement la mère du nouveau-né, et que les comportements épimélétiques serait bien relié au deuil de cet animal.

    Ce n’est pas la première fois que ces types de comportements sont observés chez les bélugas du Saint-Laurent. Une rencontre similaire avait été faite en 1998 et en juillet 2015 par l’équipe de recherche du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM).

    Bien que les bélugas soient inclus dans le système de récupération des carcasses, les carcasses de nouveau-né flottant auprès d’un adulte ne sont pas récupérées pour ne pas perturber le comportement de l’animal vivant. Les comportements épimélétique peuvent perdurer de quelques jours à plusieurs mois dans certains cas.

    Si elle est retrouvée échouée dans les prochains jours, la carcasse pourrait être récupérée ou échantillonnée, mais pour le moment, seuls des avis à la vigilance ont été émis pour que le Réseau soit avisé si elle est revue. Le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins compte sur la collaboration des riverains et des pêcheurs pour signaler tout mammifère marin mort ou en difficulté au 1-877-7baleine (1-877-722-5346).

    Comment interpréter ce comportement ?

    Plusieurs cas de mammifères marins adoptant le même type de comportement ont été documentés. Principalement observés chez les odontocètes, et particulièrement les delphinidés, la plupart de ces évènements mettent en relation des femelles et des veaux. Cela pourrait être à cause de la prédisposition de la mère à s’occuper de sa progéniture ou encore être lié au cout énergétique plus faible de porter et trainer une carcasse d’un jeune par rapport à celle d’un adulte.

    Ce cas survient peu après l’observation similaire faite au large de Victoria, en Colombie-Britannique, de l’épaulard J-35 qui a trainé la carcasse de son nouveau-né durant une période de 17 jours, et ce, sur près de 1 500 km. La femelle a finalement été revue sans la carcasse, en train de chasser un banc de saumons au large de l’ile de Vancouver.

     

    Pour en savoir plus :

    Les baleines, la mort et le deuil (Baleines en direct, 2017)
    Une saison des naissances chez les bélugas qui commence mal (Baleines en direct, 2015)

    Sources :

    (2018) Bearzi, G., Kerem, D., Furey, N. B., Pitman, R. L., Rendell, L., Reeves, R. R. Whale and dolphin behavioural responses to dead conspecifics. Zoology 128 : 1-15.


    Anthony François est assistant de recherche au GREMM et préposé au Centre d’appels du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM) depuis 2017. Biochimiste et biologiste de formation, il réalise l’importance de la vulgarisation scientifique et de la sensibilisation du public au cours de sa maitrise. Anthony tient la chronique d’Urgences Mammifères Marins.