Il y a plusieurs semaines, quand on m’a parlé d’écrire un reportage sur une sortie sur le BpJAM, l’un des bateaux de recherche du GREMM, je me demandais comment présenter de manière intéressante les observations de baleines. Mais après quatre annulations dues aux mauvaises conditions en mer, l’inspiration est venue d’ailleurs : et si j’écrivais sur sur les conditions idéales pour sortir sur l’eau?

Dans cet article, je vous présente comment les astres doivent s’aligner pour permettre le succès d’une sortie de l’équipe du programme de suivi en mer des grands rorquals au GREMM. Parfois on peut être surpris malgré les mauvaises conditions!

Avant tout : quel est le programme de suivi?

Ce suivi est effectué sur les populations de grands rorquals présentes dans l’estuaire du Saint-Laurent — les rorquals à bosse, bleu et commun —  et s’inscrit en parallèle de projets similaires, comme ceux du MICS. Depuis le milieu des années 80, on répertorie la présence, ou non, de ces mammifères marins. Ce faisant, on extrait de nombreuses données nécessaires pour le suivi de l’état des populations, comme le nombre d’individus et leur localisation approximative dans l’estuaire.

Le GREMM utilise des photos horizontales pour la photo-identification des individus, c’est-à-dire percevoir des traits distinctifs chez certaines baleines pour connaitre leur identité. Depuis 2018, on utilise également des drones afin de prendre des photos et vidéos en vue aérienne de ces énormes mammifères marins. Si la mer est calme et que les animaux sont bien visibles avec la transparence de l’eau, on peut utiliser les photos pour la photogrammétrie et la photo-identification!

Dans une journée typique, on analyse par balayage 14 points GPS distribués à travers l’estuaire — appelés scans. Une fois sur un scan, des informations spécifiques sont toujours récoltées : vent, vagues, visibilité, présence d’autres bateaux, etc. En parallèle, une période de 10 minutes où l’on cherche les baleines commence, les jumelles devant les yeux et les oreilles aux aguets. Si un individu pointe son évent ou sa dorsale, ce n’est pas bien long que le drone décolle pendant que l’équipe oriente le BpJAM pour prendre les photos horizontales.

Pendant les 9 heures sur l’eau, l’équipe a vu deux individus : Gaspar (H626) — reconnaissable par sa nageoire caudale unique — et un rorqual commun (Bp959) qui a pu être identifié après coup. © GREMM

Les conditions parfaites pour une sortie sur le BpJAM

La sortie était prévue le 28 juillet 2025 vers 6 h, mais nous n’avons pris l’eau que vers 10 h en attendant que la brume finisse par se lever sur le Saint-Laurent.

La veille, vers 15 h, lorsque Environnement Canada mettait à jour leur météo maritime pour le fleuve, la préparation commençait déjà pour Laurence Tremblay, l’assistante de recherche pour le GREMM qui coordonnait cette sortie. Ce jour-là, c’est elle qui doit déterminer s’il y a des possibilités que l’équipe sorte le lendemain. Il est essentiel d’informer toutes les personnes qui sortiront avant 19 h afin qu’elles puissent se reposer en conséquence d’un réveil au lever du soleil! La sortie requiert au minimum 3 personnes, mais souvent une 4e est invitée — comme moi!

Le matériel nécessaire pour la journée doit aussi être préparé et vérifié. Les nombreux appareils électroniques doivent être bien chargés — un drone ou appareil photo sans batterie perd son utilité! On ne doit pas oublier le Ipad pour la saisie de donnée, un dictaphone au besoin, la manette de drone, le gaz dans le bateau… L’organisation est de mise!  Il faut aussi se préparer de la nourriture pour durer la journée. Si les baleines sont au rendez-vous, il n’est pas rare que l’équipe passe 12 h sur l’eau! Dans ces cas de longues journées, la préparation pour la sortie du lendemain se fait à même le bateau.

Au petit matin, tout le monde guette ses messages. À 6 h, trop de brume — attendons 7 h. À cette heure-là, Laurence s’est déplacée aux dunes de Tadoussac pour mieux voir le fleuve : encore trop de brouillard, on se reprend dans 30 minutes. Et cette danse continue jusqu’à 10 h, où on décide de prendre une chance et sortir. Commencer en milieu d’avant-midi n’est pas souhaitable parce que cela veut nécessairement dire que la journée va finir plus tard que prévu — et je rappelle que l’équipe s’est réveillée à 5 h 30!

Pourquoi autant d’annulations de sortie?

Plusieurs facteurs doivent coïncider afin de permettre qu’une sortie ait lieu. Mais c’est finalement mère nature qui a le dernier mot!

S’il pleut, on ne peut pas sortir le drone sans l’endommager et les photos seront de moins bonne qualité. Ne commençons même pas avec les risques d’être sur l’eau lors d’orages

S’il vente trop, on ne peut pas faire voler le drone sans ajouter des risques de blessure pour la personne qui fait décoller et atterrir l’appareil.

L’interaction entre les vents et les courants puissants du Saint-Laurent crée aussi des vagues courtes et hachées qui rendent la photographie instable et les photos potentiellement floues!

L’air chaud venant de la vallée du Saint-Laurent avec l’eau plus fraiche du fleuve peuvent créer une vraie machine à brume pendant l’été. Sortir sur un petit bateau comme le BpJAM devient alors plus difficile, comme on verrait moins rapidement les troncs d’arbres et autres débris flottants. Les petites embarcations comme les kayaks ne ressortent pas beaucoup sur les radars et augmentent aussi le risque de collision. Sans compter qu’on pourra difficilement repérer et prendre en photo les grands rorquals!

Même une fois sur l’eau, ce n’est pas de tout repos!

Les conditions météorologiques sont bonnes, l’équipe est mobilisée et le matériel est prêt. Le Saint-Laurent s’étale sous nos pieds et le trajet défini commence. La sortie est assurée d’être bonne, n’est-ce pas? Si seulement c’était si simple…

La luminosité peut aussi influencer la pertinence d’une sortie! Comme le ciel était très gris  ce jour-là, trouver le foyer — le point où l’image sera le plus clair — avec l’appareil pour prendre des photos utiles pour la recherche était difficile. Identifier les individus à l’œil est possible quand ce sont des célébrités comme Gaspar (H626), mais pour d’autres, les images ont besoin de clarté.

Une fin de journée rassurante!

Une fois au quai, nous pouvions enfin rentrer au CIMM pour ranger, charger les piles et compiler les données de la journée. Un soupir de soulagement se faisait sentir dans l’équipe — la journée était maintenant finie.

Voir l’équipe en action donne un regard plus éclairé sur les sorties en bateaux de recherche du GREMM. Bien que des résultats nous soient essentiels pour pouvoir continuer notre mission d’en apprendre davantage sur ces mammifères marins et d’éduquer le public, beaucoup de choses doivent être mises en place pour permettre le succès de ces sorties et récolter des données. Après une journée de la sorte, il pourrait être tentant de vouloir se reposer, mais l’équipe sort à nouveau sur l’eau le lendemain — si les conditions sont favorables!

Reportage terrain - 19/2/2026

Benjamin Gagné

Benjamin Gagné joined the GREMM team as scientific editor during the 2025 summer season. Passionate about environmental communication and raising public awareness of climate change issues, he uses writing and graphic design to convey his love for natural environments and the life they harbor. Now a bachelor in environmental studies, he expects to continue deepening his understanding of human behavior at the master's level next fall.

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