L’automne est aux bosses

  • © René Roy
    02 / 10 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    Sept queues noires et blanches s’élèvent l’une après l’autre avant de disparaitre dans le fleuve noir. «C’est un ballet de queues», s’exclame la chef-naturaliste du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins le 28 septembre dernier. Encore une vingtaine de rorquals à bosse s’alimentent entre Tadoussac et Les Escoumins. «L’automne est aux bosses!», confirme une naturaliste travaillant sur un bateau de croisière sillonnant le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. Rorquals communs, petits rorquals, marsouins communs et bélugas sont aussi observés, tant sur l’eau qu’à partir du rivage.

    Le rorqual à bosse Dog Ear a le lobe droit de la queue coupé et replié sur lui-même.

    Le rorqual à bosse Dog Ear © René Roy

    En Gaspésie aussi, les rorquals à bosse continuent de ravir les observateurs. «J’en ai un devant moi!», se réjouit un observateur installé à Pointe-Saint-Pierre. Un capitaine confirme: «Les baleines sont de retour dans la baie de Gaspé. Au large, il y a beaucoup de vent, alors nous sommes bien chanceux que les baleines viennent à l’abri de la baie». Au cours des derniers jours, ses passagers observent des rorquals communs et des marsouins communs, mais les rorquals à bosse volent la vedette. «Nous avons vu le rorqual à bosse Dog Ear le 28, et le 1eroctobre, un rorqual à bosse effectuait des demi-sauts et frappait l’eau de ses nageoires pectorales», raconte-t-il.

    Dans le Saint-Laurent, les rorquals à bosse emmagasinent le maximum d’énergie avant d’entreprendre leur migration. Ils iront rejoindre dans les Caraïbes ceux qui s’alimentent du côté du golfe du Maine, de Terre-Neuve, du Groenland, de l’Islande et possiblement même du nord de la Norvège. Durant l’hiver, la saison de la reproduction pour cette espèce, les bosses jeuneront pratiquement complètement, d’où l’importance de s’alimenter au maximum ici.

    Le ventre du petit rorqual

    Même si les rorquals à bosse attirent l’attention, les petits rorquals, eux aussi,  offrent parfois des spectacles éblouissants. Ce fut le cas le 27 septembre devant le Centre d’interprétation des mammifères marins à Tadoussac. Un petit rorqual s’est alimenté durant une vingtaine de minutes à quelques mètres des rochers, au grand plaisir des visiteurs et visiteuses. Voici en vidéo trois des manœuvres d’alimentation observées.


    Le petit rorqual se retourne et dévoile la tache blanche sur la nageoire pectorale dans le premier segment. Dans le deuxième, on voit bien la bouche se refermant sur les proies et le ventre se gonfler, suivi d’une séquence de respiration calme. Dans le troisième, la baleine s’est éloignée, mais on remarque encore sa manœuvre.

    Des bélugas par centaine

    Durant l’automne, il arrive de croiser de grands groupes de bélugas. À partir des dunes de Tadoussac, un recenseur d’oiseaux migrateurs s’étonne de voir des dos blancs apparaitre sur une dizaine de kilomètres. Il effectue un premier décompte, en note 98. Il compte à nouveau : 102. Une troisième fois : 100! «Je ne voyais que les dos blancs, pas les gris à cause de la couleur de l’eau, il devait donc y en avoir plus», croit-il. Une bonne centaine de bélugas nageaient donc par petits groupes d’une vingtaine d’individus vers l’ouest le 1eroctobre. Une vision d’une grande beauté.

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.