Cette semaine, on a pu admirer le bleu lacté d’un ciel chargé de brume, le bleu-noir sombre des eaux du Saint-Laurent, mais surtout le bleu-gris moucheté caractéristique des géantes: les baleines bleues! Leur nom semble être sur toutes les lèvres depuis qu’elles ont fait leur apparition dans le golfe puis dans l’estuaire.

Du bleu de Tadoussac à Gaspé

Cela fait bien une dizaine de jours qu’on récolte des observations concernant la présence de baleines bleus dans l’estuaire. Tantôt une, tantôt deux, tantôt trois, elles ont notamment été repérées au large du Centre de Découverte du Milieu Marin, aux Escoumins et depuis le traversier qui circule entre Les Escoumins et Trois-Pistoles. Mais jusqu’ici, personne n’avait pu nous transmettre des photos. C’est chose faite depuis mercredi matin, grâce à l’une de nos assistantes de recherche embarquée sur un bateau de croisière! Les deux géantes sont sorties, côte à côte, très proches du bateau, alors que celui-ci circulait entre Tadoussac et Les Bergeronnes. Il est rare de les trouver si haut dans l’estuaire, et encore plus rare de les observer de si proche: notre collaboratrice a su profiter de cette chance pour nous rapporter des clichés qui, peut-être, permettront de les identifier.

Au large de Sept-Îles, les décomptes varient selon les jours, les observateurs et la zone sillonnée. Une première liste vendredi dernier indiquait 3 rorquals bleus, 10 communs et 3 bosses. Samedi, un navigateur recensait, lui, une douzaine de baleines bleues (!), cinq baleines à bosses et au moins une quinzaine de communs… sans compter de nombreux petits rorquals et beaucoup de gros phoques gris. Quel que soit le décompte, on peut dire que ça grouille de vie!

Plus en aval du fleuve, dans l’archipel de Mingan, on retrouve encore… un rorqual bleu! «Il semblait en déplacement vers l’ouest, raconte un collaborateur de la Station de recherche des iles Mingan (MICS). Il a gardé un cap et une vitesse constante tout au long de notre observation.» Dans le même secteur – soit à l’est d’Anticosti -, les chercheurs ont rencontré sur leur chemin «beaucoup de rorquals communs, en masse de rorquals à bosse, dont un individu qui a breaché une dizaine de fois, des marsouins à la tonne, des petits rorquals et un banc de thons qui sautaient!». L’équipe a aussi rencontré une baleine noire de l’Atlantique Nord au large de Havre-Saint-Pierre. Cette espèce fait l’objet d’une vigilance particulière à cause de sa rareté et de sa grande fragilité.

Face au cap Gaspé, les rorquals à bosse font la joie des croisiéristes, qui ont pu croiser jusqu’à huit individus rassemblés à la même place. Les rorquals communs se font rare, mais l’immense souffle en colonne d’un rorqual bleu a été aperçu le lundi 23.

Là, pas là

Une photographe et plaisancière de Percé nous raconte sa sortie en mer, le 19 août. «Ce jour-là, les conditions étaient parfaites pour naviguer sur de longues distances. Nous sommes parties de Percé et c’est à environ 1 kilomètre du cap Gaspé que nous avons pu observer des baleines à bosse. J’ai pu en photographier 6, dont 5 étaient des individus différents de ma sortie du 1er août au même endroit.» Mais elle souligne l’absence de cétacés du côté de Percé. «Sur 68 heures de navigation depuis le 10 juillet, j’ai vu une seule fois des baleines à Percé. Probablement qu’il y en a, mais cela me semble plus rare que les années précédentes. Quelles pourraient être les causes de cette rareté? Peut-être arriveront- elles plus tard cette année?»

Questionnement similaire pour le collaborateur du MICS, René Roy, qui sillonne le fleuve au niveau de l’embouchure de l’estuaire, entre Matane, Baie-Trinité et Baie-Comeau. «J’ai rencontré quelques bosses ici et là, quelques communs, mais finalement très peu de grands rorquals et aucun rorqual bleu. En 20 ans de navigation dans la zone, c’est bien la première fois que je n’en vois aucun. J’aimerais vraiment savoir ce qui se passe et ce qui motive les changements de répartition des animaux dans le Saint-Laurent!»

Heureusement, l’attente fait parfois place à de belles surprises. Une riveraine de Cloridorme, déçue de n’avoir presque rien observé depuis deux mois, réalise finalement plusieurs observations le jour même où elle m’envoie son message: dauphin, phoques, petit rorqual… et un rorqual commun juste devant la baie de Saint-Yvon!

Le spectacle magique de la biodiversité

Le plus fascinant dans le Saint-Laurent, n’est-ce pas l’incroyable diversité d’espèces qui se côtoient? En une sortie dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, on peut croiser d’immenses troupeaux de bélugas se déplaçant au gré des marées, plein de rapides petits dos noirs de marsouins communs, des dizaines de petits rorquals, une trentaine de grands rorquals, mais aussi un narval! Le narval a été revu à plusieurs reprises ces dernières semaines, en compagnie d’un gros groupe de bélugas. Le 19 août, il est repéré avec «sa gang» à hauteur du traversier de baie Sainte-Catherine, remontant le Saguenay en direction de la baie Sainte-Marguerite.

Bien sûr, ce sont souvent les rorquals à bosse, présents en très grand nombre cette année, qui assurent une grande partie du spectacle. «Vendredi dernier, deux baleines à bosse breachaient au large de Franquelin. On a aussi eu énormément de petits rorquals et de marsouins communs», assure un observateur de Baie-Comeau. Les observations terrestres sont nombreuses et spectaculaires du côté des Bergeronnes. Samedi, un trio de rorquals à bosse (Cédille, son veau et un troisième individu) se lance dans un ballet de caudales et de pectorales à quelques centaines de mètres du rivage. La veille, des visiteurs basés à Essipit ont aussi eu droit à un spectacle. « Vers 7h30 am, 2 rorquals communs et 5 petit rorquals patrouillaient devant nos condos à environ 500 pieds du rivage et de nombreux bélugas sillonnaient plus au large quand soudainement 3 baleines à bosses (2 adultes et un veau) sont apparues dans la baie, à environ 200 pieds du rivage. L’une d’elle a plongé rapidement à 3 reprises et à notre grande surprise, à sa réapparition, elle a breaché en vrillant et elle a fait de même à 2 autres reprises. Elles sont restées dans le secteur jusqu’à tard dans l’après midi, puis nous les avons perdues de vue.»

Carte des observations

Pour des raisons techniques, nous ne pouvons produire la carte des observations cette semaine. Nous nous en excusons auprès de nos fidèles lectrices et lecteurs, mais promis, elle sera de retour dès la semaine prochaine!

Observations de la semaine - 26/8/2021

Laure Marandet

Laure Marandet est rédactrice pour le GREMM depuis l'hiver 2020. Persuadée que la conservation des espèces passe par une meilleure connaissance du grand public, elle pratique avec passion la vulgarisation scientifique depuis plus de 15 ans. Ses armes: une double formation de biologiste et de journaliste, une insatiable curiosité, un amour d'enfant pour le monde animal, et la patience nécessaire pour ciseler des textes à la fois clairs et précis.

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