La réapparition d’une vedette?

  • Rorqual commun avec la nageoire en crochet
    Ce rorqual commun photographié le 19 mai a une nageoire dorsale bien courbée. © Jacques Gélineau
    23 / 05 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    Le courriel expéditif trahit la hâte. L’observateur vient de croquer le portrait d’un rorqual commun à la nageoire dorsale particulièrement courbée au large de Sept-Îles le 19 mai. Sa forme rappelle celle de la célèbre Capitaine Crochet. Or, on croit Capitaine Crochet morte depuis 2013, à la suite d’un empêtrement sévère dans un casier de crabe. Timothée Perrero, le responsable de la photo-identification des grands rorquals dans l’estuaire pour le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins, analyse la photo. Des traits similaires dans la nageoire le font sourciller. Toutefois, il manque sur l’individu une cicatrice sur le flanc qui ne devrait pas avoir disparu. L’observateur envoie d’autres photos, où on voit mieux les chevrons : le doute est dissipé, nous avons bien deux individus différents. Une deuxième matcheuse vient comparer les images et arrive à la même conclusion. Capitaine Crochet n’est pas réapparue.

    Qui est ce rorqual commun, alors? L’individu mystère ne figure pas au catalogue du GREMM. Ce n’est pas non plus Bp955, alias «Ti-Croche», le petit de 2009 de Capitaine Crochet qui a lui aussi une nageoire dorsale bien courbée. Verrons-nous le rorqual commun inconnu dans l’estuaire cet été ou restera-t-il plus en aval? Suivez les observations pour le savoir!

    Capitaine Crochet © GREMM

    La suite des observations

    À Havre-Saint-Pierre, le 17 mai, un petit rorqual se nourrit en surface devant la marina. Il fait des manœuvres latérales qu’on appelle en anglais «lunge».

    Dans la baie de Tadoussac, entre la pointe Rouge et la marina, une femelle petit rorqual et un veau nagent côte à côte le 17 mai. L’observation d’une paire femelle-petit chez les petits rorquals est peu commune. L’allaitement dure environ 4 à 5 mois, le sevrage se fait donc souvent avant d’arriver dans les aires d’alimentation estivales.

    La journée où l’individu mystère est photographié, il est observé s’alimentant en compagnie de deux autres rorquals communs au sud de l’archipel des iles de Mingan. Deux autres rorquals communs sont observés plus loin, tout comme deux rorquals bleus évoluant séparément. Près de la côte, les petits rorquals foisonnent.

    Malgré le brouillard et la pluie, des taches blanches plus prononcées que les vagues environnantes attirent l’attention d’une riveraine de Grandes-Bergeronnes le 20 mai. Elle saisit ses jumelles et repère des bélugas séparés en deux groupes. Dans la houle, les bélugas expirent plus fort pour repousser l’eau en surface, donnant l’impression d’envoyer en l’air un jet.

    Même journée, mais toute autre météo au nord-est de l’ile Petite Boule, au large de Sept-Îles, une pagayeuse sur planche note la présence d’un marsouin commun restant longuement en surface, comme un billot de bois, en repos. Elle s’éloigne pour laisser le marsouin commun reprendre ses forces.

    Le 22 mai, à L’Anse-au-Griffon, un riverain repère 4 à 5 grands souffles au large. Des rorquals communs? Il note aussi des petits corps s’activant à la surface. Dauphins? Marsouins? Bélugas en cavale? La distance l’empêche de confirmer.

    Cette même journée, en matinée, notre observatrice de Cap-aux-Os se désole de n’avoir rien vu cette semaine. Or, en fin d’après-midi, elle marche au parc Forillon, du côté nord, et note à plusieurs milles au large des bouquets de souffles. Avec ses jumelles, elle recense au moins 10 nageoires caudales de rorquals à bosse! Des baleines s’élancent même hors de l’eau dans un «breach» spectaculaire. De l’autre côté du fleuve aussi, à l’embouchure de la rivière Sainte-Marguerite au large de Gallix, deux rorquals à bosse s’alimentent.

    Le 23 mai, au moins deux épaulards ont été observés à environ 8 milles nautiques de la côte, au large de Grande-Vallée, en Gaspésie. Au moins un adulte et un jeune ont été repéré. Les observations d’épaulards dans le Saint-Laurent sont plutôt rares.


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.