La femelle béluga DL0584 est morte en mettant bas

  • 09 / 07 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    Une huitième carcasse de béluga s’est échouée sur les rives du Saint-Laurent le 4 juillet. Elle a été identifiée comme DL0584, une femelle connue des chercheurs depuis 1990. La nécropsie effectuée par l’équipe du vétérinaire Stéphane Lair le confirme : DL0584 est morte lors de sa mise bas. «C’est un cas de dystocie, c’est-à-dire qu’elle n’a pas été capable d’expulser le nouveau-né et en est morte», explique Stéphane Lair.

    DL0584 serait née autour de 1985, une donnée qui pourra être confirmée par l’analyse des anneaux de croissance sur ses dents. Considérant que les femelles atteignent la maturité sexuelle entre 9 et 12 ans, DL0584 avait probablement déjà mis bas. Elle était régulièrement vue dans des groupes incluant des nouveau-nés et a même été vue une fois avec un jeune âgé d’un an ou deux qui semblait être le sien. Il est toutefois difficile d’établir avec certitude les liens mère-veau, puisque les femelles bélugas peuvent offrir à l’occasion des soins à des veaux autres que les leurs, ce qu’on appelle des soins allomaternels. Peut-être que les analyses génétiques permettront de connaitre sa filiation.

    Le 4 juillet, la carcasse dérivante a été repérée au large de Sainte-Flavie. Elle s’est échouée sur la grève en fin de journée. Deux bénévoles du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins ont pris des mesures et documenté la carcasse, en plus de l’attacher pour éviter qu’elle ne reparte avec la marée. La carcasse de 3,98 mètres a été récupérée le 5 juillet et acheminée à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, à Saint-Hyacinthe. La nécropsie a eu lieu le 6 juillet en matinée. En étudiant aussi le veau, les vétérinaires ont pu constater qu’il s’agissait du plus gros veau répertorié à ce jour pour la population des bélugas du Saint-Laurent. Cette donnée pourrait avoir joué un rôle dans la difficulté de mettre bas de DL0584. Les analyses des tissus pourraient donner d’autres informations.

    DL0584 faisait partie du programme Adoptez un béluga. Son adoption collective lancée en 2016 sous l’initiative des naturalistes du Centre d’interprétation des mammifères marins à Tadoussac venait d’être complétée. L’adoption de DL0584 participe au financement de la recherche scientifique sur les bélugas du Saint-Laurent.

    Considérant que la gestation dure environ 14 mois, DL0584 devait être enceinte lors de son observation en aout 2018. © GREMM

    Récapitulatif des derniers cas

    Huit carcasses de bélugas du Saint-Laurent ont été retrouvées jusqu’à maintenant cette année. Ce nombre ne représente pas le nombre réel de décès, mais bien celui des carcasses découvertes. Voici la chronologie de ces évènements :

    28 mars: un béluga de sexe indéterminé est retrouvé à Sainte-Luce

    8 avril : une jeune femelle est retrouvée à Baie-des-Sables

    13 mai : un jeune mâle est retrouvé à Rimouski

    31 mai : une femelle adulte est retrouvée à Saint-Denis-de-la-Bouteillerie

    1erjuin : un béluga adulte est retrouvé à Havre-Saint-Pierre

    16 juin : un béluga adulte est retrouvé à Sept-Îles

    19 juin : un béluga mâle adulte est retrouvé à Saint-Ulric

    4 juillet : une femelle béluga adulte est retrouvée à Sainte-Flavie

    Ce grand nombre d’échouages peut sembler inquiétant pour cette population en voie de disparition. Cependant, il est trop tôt pour savoir s’il est anormal. «Une quinzaine de carcasses sont retrouvées annuellement. Avant la fin de la saison, c’est difficile de tirer des conclusions», a indiqué Robert Michaud, président et directeur scientifique du GREMM. Le suivi des mortalités des bélugas du Saint-Laurent permet de mieux comprendre cette population pour ainsi mieux la protéger.

    En 2018, 12 carcasses de bélugas du Saint-Laurent ont été retrouvées. En 2017, 22 carcasses avaient été trouvées et en 2016, ce nombre était de 14.