La baleine grise du Pacifique ou la baleine mexicaine

  • Une femelle baleine grise et son veau nage côte à côte avant d'entreprendre une migration de 8000 km. © René Roy
    16 / 04 / 2018 Par René Roy

    Je suis sur la péninsule de Baja California au Mexique depuis quelques semaines et j’en ai évidemment profité pour venir observer les baleines grises qui sont présentement dans les lagons du côté pacifique pour mettre bas et éduquer leur rejeton (mois de février et mars) avant d’entreprendre une longue migration de 8000 kilomètres vers le nord jusqu’à la mer de Bering. On dit d’elles qu’elles sont Mexicaines parce qu’elles se retrouvent aujourd’hui pratiquement seulement sur la côte Pacifique du Mexique et que ces baleines mettent bas dans les lagons de San Ignacio, Bahia Magdalena et Ojo de Liebre en Baja California. Ces trois pouponnières accueillent près de 900 nouveau-nés chaque année.

     

    En 1933, la baleine grise avait été déclarée «éteinte», à cause de la chasse intensive. Si on ne trouve plus de baleine grise dans l’Atlantique, celles du Pacifique ne sont plus sur la liste des espèces en danger. © René Roy

    Cette baleine est un mysticète, c’est-à-dire qu’elle possède des fanons, mais ceux-ci sont beaucoup plus courts que ceux des rorquals. Ses fanons servent à filtrer des crustacés et des mollusques qu’elle extrait des fonds sablonneux ou vaseux. Elle s’alimente de krill et de plancton dans les mers du nord. Côté physionomie, elle a la tête très arrondie (ce trait est encore plus marqué chez le baleineau), un souffle plutôt bas et en forme de gerbe. Elle ne possède pas de nageoire dorsale, ses pectorales sont très courtes et utilise sa nageoire caudale principalement en mouvement de godille à l’horizontale pour se déplacer contrairement aux autres cétacés qui se déplacent par mouvements verticaux de la queue.

    Une baleine grise souffle près de ma panga. © René Roy

    Puisque je n’ai pas la chance d’observer cette espèce très souvent, j’ai décidé de me louer une panga avec pilote pour pouvoir avoir toute la liberté d’observation. Nous pénétrons les lagons qui ont une profondeur d’environ 15 mètres, et en quelques minutes de navigation à l’intérieur des dunes, nous apercevons les premiers souffles. Nous observerons dans ce petit secteur une demi-douzaine de mères avec leur baleineau, sans aucun individu solitaire. Ceux-là se retrouvent plutôt en eau libre à l’extérieur des lagons.

    Les baleines grises mettent bas du côté pacifique du Mexique avant d’entreprendre une longue migration de 8000 km vers le nord jusqu’à la mer de Bering© René Roy

     

    Cette espèce de baleine est excessivement curieuse et conviviale. Mon pilote voulait me faire toucher la baleine, mais cela ne m’intéresse pas. Je préférais garder une certaine distance pour la prise de photos, mais dès qu’on s’est approché d’un premier couple mère-veau, le baleineau a filé droit sur nous pour venir passer sous l’embarcation en émettant un gros ballon de bulles à la surface. J’aimerais bien avoir l’explication de ce phénomène qui ressemble au comportement du béluga lorsqu’il vient à la rencontre de mon embarcation sur le Saint-Laurent. Le pilote prétend que, lorsqu’il y a des enfants à bord, il est presque systématique que le baleineau lève la tête près de l’embarcation pour ainsi être touché. Il prétend aussi que s’il coupe le moteur, les baleines grises s’éloigneront de l’embarcation. Je ne peux évidemment pas contester ces affirmations. Ces baleines ne semblent absolument pas perturbées par les pangas et la proximité de celles-ci.

    Cette industrie d’observation existe depuis les années 70 et est pratiquée par des anciens pêcheurs qui se sont convertis à cette activité touristique devenue très populaire. L’industrie d’observation permet d’ailleurs de soutenir financièrement la réserve marine du sanctuaire de baleines El Vizcanio.

    Les baleines grises sont des baleines à fanon qu’on ne retrouve aujourd’hui que dans le Pacifique. © René Roy

    En rentrant au port, au soleil couchant, nous avons même eu la chance d’observer un beau coyote à la recherche d’une proie sur la dune.

    Quelle chance d’observer un coyote sur la dune! © René Roy

    J’ai aussi fait de belles observations un peu plus tard sur les plages de Todos Santos un peu plus au sud, tout comme je l’avais fait en 2007 lors d’une précédente visite. Les baleines grises viennent tout près de la berge, souvent même dans le ressac pour venir manger les coquillages et mollusques. J’ai aussi noté le même comportement que dans le lagon, c’est-à-dire de créer très souvent de gros ballons de bulles à la surface. C’est même par ces émissions de bulles qu’on peut plus facilement les repérer près de la côte.

    Allez, une dernière. Un portrait d’un veau et de sa mère. © René Roy


    René Roy est un cétologue amateur, passionné de la mer et des baleines, résidant à Pointe-au-Père, dans le Bas-Saint-Laurent. Depuis plusieurs années, il entreprend des expéditions de photo-identification pour le compte de la Station de recherche des îles Mingan (MICS), principalement en Gaspésie. Il est également bénévole pour le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.