Incroyable! Des épaulards et quatre espèces de rorqual!

  • Le rorqual bleu B389 a été photographié récemment. © René Roy
    29 / 05 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    «Incroyable!», ce mot est revenu dans presque toutes les conversations avec les observateurs et les observatrices cette semaine. D’abord, revenons sur une observation exceptionnelle : celle d’au moins deux épaulards au large de Grande-Vallée, Gaspésie, le 23 mai. Un adulte et un jeune ont été confirmés, avec la possibilité que d’autres individus aient été présents.

    Le 26 mai, voilà qu’un pêcheur dans le banc Bradelle, au large entre l’ile Bonaventure et Cap-aux-Meules, voit une baleine sauter. Et pas n’importe laquelle : une baleine noire. Elle saute à de nombreuses reprises. La fonction des sauts, qu’on appelle aussi «breach», reste mystérieuse. Elle peut servir à communiquer sur de longues distances par la création d’un claquement sonore lorsque le corps massif de la baleine retombe et trouble l’eau, créant des bulles et remous. Les sauts pourraient aussi servir à s’entrainer physiquement, à intimider des adversaires ou encore à effrayer des proies pour les manger. Finalement, les sauts pourraient aussi être une activité de jeu.

    À la base, nous avons publié cette vidéo comme étant celle d’un épaulard. Eh oui! Parfois, nous aussi devenons excités par des observations inusitées! Un lecteur attentif nous a soulevé l’hypothèse qu’il s’agissait plutôt d’une baleine noire juvénile. Nous avons envoyé la vidéo pour validation aux équipes d’Ocean Wise, spécialistes des épaulards, et à celles de l’Anderson Cabot Center for Ocean Life at the New England Aquarium, spécialistes des baleines noires. Le verdict est clair: ce n’est pas un épaulard, mais bien une baleine noire juvénile avec une tache blanche sous le ventre. Il reste que cette vidéo incroyable prise par le pêcheur et éditée par notre collaborateur René Roy montre un comportement exubérant et sublime.

    Encore en Gaspésie, du côté de Grande-Grave, dans le parc national Forillon, ce sont des rorquals à bosse qui ont été observés en train de sauter le 24 mai. En plus des sauts, les rorquals à bosse ont claqué leur queue à la surface, ce qu’on appelle du «lobtailing» et frappé les pectorales, ce qu’on surnomme «flipper flapping» ou «flippering». Deux rorquals communs sont aussi observés cette journée un peu plus au large et un rorqual bleu deux jours plus tard.

    Un rorqual à bosse claque de la queue, ce qu’on appelle du «lobtailing». La fonction de ce comportement reste mystérieuse. © GREMM

    Une autre espèce reconnue pour ses sauts est le petit rorqual, le plus petit de tous les rorquals. Et ces jours-ci, là où il y a du capelan, ils pullulent! De Newport à Saint-Maxime-du-Mont-Louis, les petits rorquals charment les observateurs. Une observatrice de Sainte-Anne-des-Monts trouve assez incroyable de les observer tous les jours depuis le 23 mai en alimentation devant sa maison. Du matin au soir, elle note leur présence. Voit-elle toujours les mêmes individus? C’est possible! Dans tous les cas, elle profite du spectacle de ces baleines en alimentation. Des mentions de marsouins communs nous parviennent aussi.

    Et sur la Côte-Nord

    Profitant du beau temps, un planchiste pagaie au large de Gallix, près de l’embouchure de la rivière Sainte-Marguerite, le 25 mai en avant-midi. Des grands souffles explosifs le font sursauter : deux rorquals à bosse s’alimentent en surface, leur immense bouche engouffrant probablement de gargantuesques bouchées de capelans. Un petit rorqual et des phoques profitent aussi de cette manne.

    Plus au large, un capitaine d’excursion d’observation des baleines repère cinq rorquals bleus. Deux autres rorquals bleus sont repérés au large de Port-Cartier. Entre Matane et Pointe-des-Monts, René Roy a photographié son premier rorqual bleu de la saison, B389. Découvrez sa rencontre dans son carnet de terrain. Un autre capitaine croise la route d’un rorqual à bosse accompagné d’un veau. Pour le moment, la femelle n’a pas été identifiée.

    Dans le secteur du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, des rorquals communs – dont une paire mère-veau-, un rorqual à bosse, plusieurs petits rorquals ainsi que des bélugas sont observés.

    La semaine prochaine, ce sera le retour de la carte des observations! N’hésitez pas à me transmettre ce que vous avez vu.

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.