Par voie de communiqué, GNL Québec s’est engagé à mettre en place un fonds de 5 millions de dollars pour soutenir des projets réduisant l’empreinte sonore sous-marine des navires utilisant le Saguenay. Le fonds surviendrait si GNL Québec reçoit toutes les autorisations nécessaires pour lancer son projet de gazoduc et d’usine de liquéfaction de gaz naturel.

Le fonds s’inscrit dans un contexte plus large de «Charte d’engagements environnementaux pour la protection des mammifères marins». Cette charte a été développée par la compagnie en marge de ses évaluations environnementales auprès du gouvernement du Canada et du Québec, en collaboration avec une firme de consultants en environnement. Elle viserait à compléter les mesures d’atténuation déjà proposées dans le cadre des évaluations environnementales. Une des parties de l’évaluation porte sur le bruit subaquatique, qui fait partie des menaces pesant sur la population en voie de disparition du béluga du Saint-Laurent. Les bélugas dépendent du son pour s’orienter, chasser et communiquer.

«À priori, toutes mesures venant à diminuer le bruit dans le Saguenay sont une bonne nouvelle. Toutefois, on doit vraiment parler d’une diminution du bruit par rapport à l’état actuel et non pas simplement d’une atténuation de l’impact d’une augmentation du bruit», nuance Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) et spécialiste des bélugas. «De plus, si le projet reçoit les autorisations des deux paliers de gouvernements pour démarrer, il est possible que GNL Québec ait l’obligation de prendre des mesures d’atténuation beaucoup plus restrictives que celles proposées aujourd’hui. Et dans ce cas-là, on ne parlera pas d’un fonds, mais bien d’investissements obligatoires pour la conformité», ajoute-t-il.

En entrevue avec le journal Le Quotidien, la directrice principale des affaires publiques et des relations avec les communautés de GNL Québec, Stéphanie Fortin, dit «L’ajout de nos bateaux, ce qui impressionne, c’est la grosseur. En nombre, on parle de trois à quatre par semaine, une quantité qui fera augmenter quand même le trafic maritime. D’un point de vue technique, l’impact n’est pas jugé grand.» Devant cette affirmation, Clément Chion sourcille. Ce professeur associé au Département des sciences naturelles et chercheur à l’ISFORT de l’Université du Québec en Outaouais étudie les interactions entre les embarcations et les bélugas du Saint-Laurent. Il travaille avec le GREMM et des ministères fédéraux à un modèle de simulation permettant d’analyser la propagation du bruit et son impact au niveau individuel et populationnel sur les bélugas du Saint-Laurent. La recherche est en cours. « Le Saguenay est un secteur sensible pour les bélugas. Il est très étroit, et, au contraire, on craint que chaque rencontre entre un navire et les bélugas dans ce cours d’eau soit à haut impact», relève-t-il.

L’annonce survient quelques jours après la publication d’une lettre ouverte signée par des chercheurs et professeurs universitaires contre le financement d’une chaire de recherche annoncée en novembre par GNL Québec. À ce moment, la compagnie proposait un financement de 350 000$ pour une chaire interuniversitaire sur la séquestration du carbone. «Le financement privé de la recherche soulève des débats parmi les universitaires […]. Parmi les préoccupations exprimées, il y a les risques de conflit d’intérêt et d’autocensure», écrivent les universitaires. Une autre lettre signée par une centaine de professeurs, chargés de cours et employés de soutien de l’Université du Québec à Chicoutimi a aussi été diffusée la semaine dernière pour se prononcer contre le projet.

Robert Michaud constate que la multiplication des annonces à la communauté forme une campagne de séduction de la part de GNL Québec. En entrevue à l’émission Style libre d’Ici Saguenay–Lac-Saint-Jean, il s’interroge : «Les gens de GNL ont une équipe de marketing qui est très très agressive présentement et je pense qu’ils devraient être un peu plus en retrait parce que, rappelons-le, ils sont devant les évaluations environnementales et sociales qui sont sérieuses, qui sont importantes. Et la réalisation du projet ne devrait pas dépendre de la qualité et de la grosseur des cadeaux qu’ils peuvent faire à gauche et à droite.»

Actualité - 11/2/2020

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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