Des rorquals bleus, communs, à bosse. Des petits rorquals. Des bélugas. Même des marsouins communs! Sans compter les milliers de phoques du Groenland ou phoques communs. Le temps des Fêtes aura été propice aux observations de mammifères marins autant en Côte-Nord qu’en Gaspésie. Tellement que nous publions une carte des observations, une première en hiver! Petit retour sur les anecdotes marquantes des dernières semaines.

Les Bergeronnes et Essipit

Le directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins, Robert Michaud, scrute le large à partir de sa maison aux Bergeronnes. Le 27 décembre, il aperçoit des milliers de phoques du Groenland se reposant sur les glaces. «C’est la première fois que j’en vois autant ici!», s’étonne-t-il. La journée suivante, les glaces ont disparu et les phoques aussi.

Le 2 janvier, un dos blanc apparait. Qui est ce béluga solitaire? Aux longues vues, il scrute l’animal et note les encoches dans la crête dorsale. Le béluga montre le flanc droit. La profonde cicatrice en forme de patte d’ours révèle son identité: c’est Yogi! Cette femelle, connue depuis 1986, est souvent la dernière à être observée en hiver et la première à l’être au printemps.

Le lendemain, vingt-cinq bélugas séparés en deux groupes nagent devant les rochers d’Essipit. Les pilotes des Escoumins en observent encore fréquemment ces jours-ci.

Baie-Comeau

«C’est la première fois que je vois autant de baleines en hiver!», s’étonne une riveraine. Le 3 janvier, elle croit observer deux espèces. «C’est un gros spectacle», commente-t-elle, en faisant référence aux manœuvres d’alimentation en surface, qui font jaillir les nageoires pectorales de l’eau, comme des ailerons de requin qui fendent les flots.

Un observateur de Baie-Comeau qui y vit depuis 25 ans s’étonne aussi de la présence de baleines si près de la rive. «Ça me fascine. Du grand rorqual comme ça, c’est la première fois!» L’absence de glace dans la baie pourrait jouer sur cette présence inhabituelle.

Franquelin

À cinq minutes de voiture du village de Franquelin se trouve un belvédère en haut d’une falaise. Le 6 janvier, une passionnée des baleines y filme deux rorquals bleus près de la rive. Plus au large, d’autres souffles la surprennent. Le 7 janvier, un rorqual bleu est présent, en plus de deux rorquals à bosse. «Un des deux a même sauté deux fois!», se réjouit un observateur venu de Baie-Comeau pour observer les baleines.

Godbout

Entre le 20 décembre et le 6 janvier, les observations sont pratiquement quotidiennes. «C’est une fin d’année remarquable», se réjouit un photographe habitant Godbout. De chez lui, il observe des rorquals communs et des rorquals à bosses frôler la côte pour s’alimenter. Les baleines effectuent des manœuvres latérales d’engouffrement, qu’on appelle des lunges, pour emprisonner leurs proies dans leur bouche avant de recracher l’eau à travers leurs fanons et avaler les proies. S’alimentaient-ils de krill ou de petits poissons? Sur une photo qu’il nous fait parvenir, on peut voir une tache orangé près de la baleine. Des excréments ou un reflet de l’eau sur une nageoire pectorale? Difficile de le confirmer. Si ce sont des excréments, la couleur laisse croire que le krill aurait été la proie de choix.

Sept-Îles

Bravant le froid et les glaces, Jacques Gélineau prend le large le 3 janvier, attiré par les souffles qu’il a repérés à partir de chez lui à Port-Cartier. Sa sortie est récompensée par l’observation de dix rorquals communs, deux rorquals bleus et même un petit rorqual. «Il y avait de gros nuages de krill en surface. Les baleines s’en alimentaient», constate-t-il. Un journaliste de TVA l’accompagnait, vous pouvez voir le reportage ici.

Le 7 janvier, il sort à nouveau. Cette fois, il repère deux rorquals bleus et deux rorquals communs. «C’était une magnifique sortie. Je crois que c’est la dernière, les glaces deviennent trop dangereuses pour la navigation.» Il poursuivra ses observations depuis la rive.

Gaspé

Au repos sur la glace, à environ 30 mètres de la rive de Gaspé, un phoque particulièrement massif se repose. Ses taches noires, son museau tout noir et sa morphologie laisse croire qu’il s’agit d’un phoque à capuchon! Cette espèce de phoque visite le Saint-Laurent en hiver pour s’alimenter, mais aussi pour mettre bas sur la banquise à la mi-mars jusqu’à la fin mars. Dans les eaux près de lui, des phoques communs nagent.

Sainte-Thérèse-de-Gaspé

«C’était magnifique», s’exclame une ornithologue. Alors qu’elle recense les oiseaux marins, de longues colonnes blanches au large attirent son attention. Ne boudant pas son plaisir, elle tourne sa longue vue vers les souffles et compte au moins cinq rorquals communs. Ils s’alimentent en surface, pointant leur nageoire pectorale en l’air et laissant dépasser en même temps un petit triangle de leur queue. «Je pouvais voir leurs sillons ventraux s’étirer!», se réjouit-elle.

Montréal

Le 31 décembre, deux phoques communs nagent près de l’Île-des-Sœurs, à Montréal. Si vous sortez sur l’eau, soyez vigilants pour bien cohabiter avec ces pinnipèdes hors de leur secteur habituel. Il est probable qu’ils aient déjà repris la route vers l’estuaire, mais d’autres jeunes phoques pourraient venir explorer le Saint-Laurent plus en amont à nouveau.

Voici la carte des observations des dernières semaines. Elle donne une idée de la richesse de la vie dans le Saint-Laurent, mais ne constitue pas un recensement fidèle de la présence des baleines et des phoques. À utiliser pour le plaisir!

Observations de la semaine - 8/1/2020

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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