Des souffles comme des ballons

  • Humpback whales have bushy blows, just like these two photographed in the St. Lawrence last week in the crisp, cold winter air. © Francis Paquet
    Le souffle des rorquals à bosse a une forme ronde et touffue, comme on peut le voir sur cette photo prise cette semaine. // Humpback whales have bushy blows, just like these two photographed in the St. Lawrence last week in the crisp, cold winter air. © Francis Paquet
    13 / 12 / 2018 Par Marie-Ève Muller - /

    La baie de Gaspé luit sous le soleil le 8 décembre. Un souffle en ballon perce l’eau, suivi d’un deuxième. Deux dos noirs nagent côte à côte. Une queue noire et blanche apparait, une deuxième suit. «Je crois que c’était des rorquals à bosse», nous dit une observatrice, «puisque j’ai pu voir la queue et que les souffles étaient bas et larges». Un aubergiste aussi repère ces deux baleines la même journée, à partir de Cap-aux-Os. Même qu’un photographe parvient à capter leurs exhalations qui illuminent l’horizon.

    La veille, le 7 décembre, une observatrice repère deux rorquals à bosse et un petit rorqual au large de Cap-des-Rosiers. «Ils se dirigent vers l’aval, et non vers le golfe», indique-t-elle. Est-ce que ces deux rorquals sont ceux vus dans la baie de Gaspé? Ont-ils changé de direction? C’est possible. Un autre souffle en ballon typique des rorquals à bosse est observé à partir de Cloridorme samedi.

    Entre Baie-Comeau et Franquelin, un long souffle en colonne s’élève au large. Pendant près de deux heures, l’observatrice admire les aller-retour de l’animal. Rorqual commun ou rorqual bleu? Avec la distance, impossible de confirmer. Le souffle du rorqual bleu peut s’élever jusqu’à six mètres dans les airs, tandis que celui du rorqual commun sera autour des quatre mètres à cinq mètres. Néanmoins, il faut un œil affuté pour les différencier.

    Le souffle des rorquals communs s’élève en colonne, un peu comme celui des rorquals bleus. © Renaud Pintiaux

    La même journée, l’observatrice note deux petits rorquals en déplacement. «J’ai aussi assisté au passage d’un grand banc de phoques. Il y avait probablement une centaine d’individus. C’était vraiment impressionnant», se réjouit-elle. Elle n’a pas pu identifier l’espèce, ne voyant que les têtes poindre au-dessus de l’eau durant leur nage dynamique.

    À Saint-Simon-sur-Mer, dans le Bas-Saint-Laurent, un grand groupe de phoques du Groenland se prélasse sur la glace qui se forme depuis quelques jours. «Est-ce surprenant d’avoir autant de glace, si tôt en saison?», nous demande la riveraine, étonnée d’assister à ce spectacle au début de décembre. Peter S. Galbraith, chercheur scientifique à l’Institut Maurice-Lamontagne de Pêches et Océans Canada, s’est penché sur la question. En observant la variation du couvert de glaces au cours des 30 dernières années, il a pu constater que certaines zones sont dans les normales cette semaine, tandis que d’autres vivent au contraire un englacement précoce. Pour la baie des Chaleurs et le Nouveau-Brunswick, la formation de glace côtière est dans les normales, tout comme la glace dans l’estuaire supérieur et dans l’estuaire maritime. «Ce qui est plus élevé, c’est la glace dans le milieu de l’estuaire, comme autour de Rimouski», explique-t-il.

    Pour les phoques, la glace offre un lieu supplémentaire de repos. Pour les baleines, elle peut constituer des obstacles si le couvert est trop important. Pour les observateurs et observatrices, les glaces chevauchant le Saint-Laurent sont une œuvre d’art, un délice pour les yeux.


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.