Des moments d’une rare beauté

  • Rorqual bleu, 19 mai 2018 © René Roy
    Rorqual bleu, 19 mai 2018 © René Roy
    23 / 05 / 2018 Par Marie-Sophie Giroux

    Entre Les Escoumins et Tadoussac, la semaine avait été plutôt tranquille côté observations jusqu’à ce qu’arrive la journée du 22 mai où, en matinée seulement, une douzaine de petits rorquals ont été trouvés près de la bouée de mi-chenal à l’embouchure du Saguenay. Tous s’alimentaient. Puis, les dos blancs des bélugas brillent au loin : 10, 20, 30… au moins 100 bélugas s’éparpillent dans le secteur, relate une naturaliste présente. Et au-dessus d’eux, un «ballet» aérien a lieu!

    En effet, cette même journée, l’équipe de l’Observatoire d’Oiseaux de Tadoussac (OOT) vit une journée inoubliable. À la pointe à John, aux Bergeronnes, plus de 40 000 parulines (espèces confondues) sont observées et encore bien d’autres espèces aussi! Ces observations exceptionnelles seraient en fait le résultat de l’une des plus grandes corrections migratoires enregistrées au courant de la dernière décennie. Une correction migratoire se produit lorsque les oiseaux réajustent leur trajectoire après une nuit de migration.

    Le 21 mai à Sept-Îles, après plusieurs semaines d’attente, Jacques Gélineau, collaborateur de l’INREST, a aperçu dans la baie Sainte-Marguerite un rorqual à bosse, deux rorquals bleus et un rorqual non identifié. À Franquelin, notre collaboratrice «n’en manque pas une». Elle mentionne deux grands souffles le 18 mai, un rorqual commun et un petit rorqual le 19 mai ainsi qu’un petit rorqual le 21 mai.

    Rorquals bleus, 19 mai 2018 © René Roy

    Rorquals bleus, 19 mai 2018 © René Roy

    Mais l’observation de la semaine revient à René Roy, également collaborateur de l’équipe de la Station de recherche des Îles Mingan (MICS) et de Baleines en direct, avec sa sortie du 19 mai dans l’estuaire maritime. Si la journée a été extrêmement profitable en termes d’observations, dix jours avant, alors qu’il faisait le même trajet entre Matane et Pointe-des-Monts, il n’avait pas vu voir l’ombre d’une baleine. Mais revenons à cette sortie du 19 mai! Sur tout le chemin parcouru, 83 milles nautiques (154 kilomètres), il a d’abord croisé la route d’un rorqual bleu accompagné d’un nouveau-né près de Pointe-des-Monts! Les photos ont été envoyées à Richard Sears, directeur et fondateur du MICS, qui a reconnu la femelle B329. Il s’agit d’une mention remarquable, car en 40 ans de recherche, il s’agirait seulement du 24e nouveau-né recensé par l’équipe dans l’Atlantique Nord-Ouest. Dans un article du MICS, l’équipe précise que ce faible taux de naissance de ce côté de l’océan contraste avec les observations réalisées dans l’Atlantique Nord-Est où les mentions de paires sont bien plus fréquentes.

    Globicéphales noirs, 19 mai 2018 © René Roy

    Globicéphales noirs, 19 mai 2018 © René Roy

    Puis, en approchant la rive sud, René Roy et ses acolytes ont également rencontré quatre autres rorquals bleus ainsi qu’une vingtaine de globicéphales noirs au large de Grosses-Roches. Un an plus tôt, René Roy racontait justement sa première rencontre avec ces gros dauphins noirs à la tête bien ronde près de L’Anse-à-Valleau. Les observations de globicéphales sont occasionnelles et on les trouve particulièrement près de la péninsule gaspésienne et de la côte est de Terre-Neuve.

    Échouage de globicéphales à Trois-Pistoles, 1930 - Gracieuseté de François Côté (Archive)

    Échouage de globicéphales à Trois-Pistoles, 1930 – Gracieuseté de François Côté (Archive)

    Ces dernières années, les rares rencontres ont eu lieu entre autres à Cloridorme, L’Anse-à-Valleau et Moisie sur la Côte-Nord. Les observations dans l’estuaire comme celle du 19 mai sont surprenantes, mais pas impossibles! D’ailleurs, il y a bien longtemps, le 31 aout 1930, 27 globicéphales s’échouaient près de Trois-Pistoles.

     

     


    Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct et Portrait de baleines. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle adore « raconter des histoires de baleines ».