Malgré l’effervescence suscitée par la venue tant espérée de cachalots dans le golfe, un certain calme s’installe désormais dans nos villages côtiers. Les jours raccourcissent et les heures ralentissent, laissant l’automne s’installer à pas feutrés. Les mammifères marins, eux, continuent de s’épanouir en douceur – enfin, on l’espère! – dans leur milieu naturel, sous les regards toujours aussi tendres des amoureuses et amoureux des baleines et de leur imposant univers. Cette semaine, on embrasse la présence d’une quantité phénoménale de rorquals à bosse, de quelques baleines noires, de petits rorquals, et même d’un poisson plutôt insolite!

Un heureux temps pour les rorquals à bosse

Vous êtes-vous déjà demandés ce que recelaient les souffles de baleines? Il me plait de croire que les baleines transportent en leurs entrailles les rêves et les secrets de l’océan. Comme un écho des profondeurs, leurs souffles seraient les rares manifestations terrestres des mystères cachés dans les profondeurs maritimes : un murmure de leurs aventures susurré aux oreilles des plus attentifs. Cette semaine, la présence considérable de rorquals à bosse a réjoui les adeptes de ces soupirs célestes.

En forme de champignon et pouvant mesurer jusqu’à 3 mètres de haut, le souffle, ou « morve » de baleines, contient un petit trésor d’informations biologiques – ADN, hormones de stress et de gestation, microbiomes. Eh non! Contrairement à la croyance populaire, ce n’est pas de l’eau qui sort de leur évent, mais bien un mélange d’air chaud, de bactéries et d’humidité qui se condense au contact de l’air frais.

Un aventurier dans le fjord

Samedi, en journée, de grandes enthousiastes des cétacés se sont offertes une petite séance d’observation depuis le belvédère des dunes de Tadoussac. Un peu étonnées de voir un rorqual à bosse se diriger vers le Saguenay – l’épisode de la semaine passée allait-il se répéter? – elles ont aussi eu droit à des sorties de petits rorquals! En fin de journée, des employé.e.s du CIMM aperçoivent un rorqual à bosse s’aventurant timidement dans l’embouchure du fjord. « Il n’avait pas l’air de vouloir se décider, à savoir s’il entrait dans le fjord ou pas! » constate une employée du GREMM. On peut supposer que seuls de délicieux festins pourraient attirer les rorquals dans cette zone qui leur est plutôt inhabituelle, mais il est important de se rappeler que tout est possible!

Aux Bergeronnes, la présence de trois magnifiques rorquals à bosse fait le bonheur de campeurs qui se sont levés à l’aube, sans savoir qu’ils allaient assister à un spectacle grandiose. Au-dessus d’une mer d’huile, sous un soleil naissant, de vifs sentiments de gratitude flottaient dans l’air. Vendredi, un guide naturaliste passionné ne pouvait cacher son excitation face à la forte présence de baleines à bosse : « Ce matin j’ai failli perdre connaissance tellement je tripais! On avait DOUZE bosses, dont dix ensemble! » De multiples breachs ont aussi été rapportés dans ce secteur, ainsi que la présence d’au moins deux rorquals communs, d’innombrables petits rorquals et même un troupeau d’au moins 200 phoques gris! Les petits dos blancs sont toujours au rendez-vous, et on observe même des éclaboussures et une dorsale caractéristique au thon rouge.

Tic Tac Toe, icône du Saint-Laurent, est de nouveau fidèle au poste dans l’estuaire, et de nouveaux arrivants font leur apparition : Yvon, Fat Bee, H871, Leprechaun et Inutsuk. De grands groupes de rorquals à bosse se laissent apercevoir presque chaque jour cette semaine! Cette espèce de rorqual est celle ayant le plus d’activités sociales. En été, on pense toutefois que la formation de petits groupes serait liée à des secteurs où la nourriture est abondante.

Lundi, l’équipe de recherche du GREMM a eu la chance de contempler pas moins de dix rorquals à bosse, en plus de trois rorquals communs entre le Cap Granit et la base de plein air des Bergeronnes. Ils ont pu être identifiés : Bp33, Bp2833 et Bp984. Vous aurez peut-être remarqué que les baleines ne portent pas systématiquement des surnoms originaux. C’est simplement parce que l’inspiration n’émerge pas toujours…

Postée au Centre de découverte du milieu marin, aux Escoumins, une observatrice raconte : « Nous avons observé un groupe de cinq rorquals à bosse tout près de la côte! Nous avons vu les cinq queues à la fin. Magnifique spectacle. J’espère un jour avoir la chance de voir les cachalots. » L’équipe du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent signale aussi la présence de marsouins, de phoques communs, de phoques gris, de petits rorquals et d’un grand souffle dont l’espèce est indéterminée! Une grande bleue peut-être…

Des baleines franches en Basse-Côte-Nord!

Dans le coin des îles Mingan, ce sont les baleines noires de l’Atlantique Nord qui sont à l’honneur cette semaine! La station de recherche des îles Mingan (MICS) a pu en identifier quatre : #4190 (Curlew), #3940 (Koala), #3617 (Salem) et #1209 (El). Une cinquième a aussi été aperçue, mais n’a pas pu être identifiée. À Sept-Îles, quatre rorquals bleus et un rorqual commun ont été vus lors d’une sortie en mer qui s’est déroulée le 10 septembre. Le jour suivant, ce sont deux rorquals à bosse et un commun qui ont émergé des profondeurs. Était-ce le même rorqual commun que la veille? Impossible de le savoir, car il n’a pas pu être identifié. Dans la baie de Sept-îles, ce sont les phoques communs qui règnent. Jacque Gélineau, observateur marin et collaborateur pour le MICS, accumule les observations dans le coin de Port-Cartier : cinq rorquals bleus dont deux en paire, quatre rorquals communs et six bosses dont trois ensemble et une paire.

À Franquelin, c’est plutôt tranquille côté grands rorquals. Des petits rorquals, semblant plutôt en déplacement qu’en alimentation, sont aperçus par une amoureuse des mammifères marins. Des marsouins et des phoques apparaissent aussi lors des séances d’observation d’un autre passionné. À Pointe-des-Monts, c’est un rorqual à bosse qui offre aux yeux attentifs le spectacle de ses sauts!

Le poisson qui voulait briller aussi fort que la Lune

Quelle ne fut pas la surprise de Renaud Pintiaux, naturaliste et photographe animalier, lorsqu’il a repéré un poisson-lune au large des dunes de Tadoussac, le mardi 12 septembre. Au milieu d’une mer agitée, des esprits aussi s’agitent. Mais à quelle espèce pourrait bien appartenir cette étrange nageoire dorsale? L’œil vif du naturaliste lui permet de rapidement identifier l’espèce. Nageant souvent au niveau de la surface de l’eau, ce grand poisson est parfois confondu avec un requin. Ne vous laissez toutefois pas berner par son nom. Contrairement à d’autres espèces de poissons capables de redistribuer la lumière absorbée grâce à des protéines fluorescentes, phénomène appelé biofluorescence, cette créature ne produit pas de lumière.

La môle, familièrement appelé poisson-lune, semble tout droit sortie d’un roman de science-fiction. Cette créature marine aux allures paranormales peut peser jusqu’à 2774 kg et mesurer jusqu’à 3,3 mètres! L’espèce est pélagique, elle évolue dans la colonne d’eau de la surface jusqu’à 480 mètres de profondeur, et elle se trouve dans tous les océans du globe. Bien que sa taille puisse donner l’impression qu’elle aurait pu engloutir la lune, la môle se nourrit presque exclusivement de méduses.

Malheureusement, le poisson-lune est classé comme vulnérable par l’UICN en raison de la présence de filets dérivants, de la surpêche et de la pollution plastique : il confond souvent le plastique retrouvé en abondance dans les océans avec des méduses, sa proie favorite…

Des grands rorquals discrets sur la Rive-Sud

Malgré le peu d’observations de grands rorquals en Gaspésie et ses environs, des phoques communs ont montré leur museau au parc national du Bic ainsi qu’au Cap-des-Rosiers, accompagnés de phoques gris.

Un couple de passionnés de la faune marine nous narre le récit de leurs observations à la Baie-des-Sables, porte de la Gaspésie. « Les baleines se sont faites très discrètes et voilà qu’aujourd’hui, j’ai encore aperçu un petit rorqual qui est venu se nourrir dans le secteur de Baie-des-Sables, juste au bout du quai, alors que plusieurs goélands se gavaient en surface. Soudainement, les goélands ont décollé suite à l’arrivée du petit rorqual. Quel beau spectacle! » Ils poursuivent dans leur élan d’enthousiasme : « Pour compléter le spectacle, une cinquantaine de fous de Bassan sont venus plonger dans le garde-manger maritime! La semaine a été l’une des plus mouvementées de l’été 2023. »

À Cap-Chat, une plongeuse relate ses aventures. « Nous avons observé hier trois baleines à bosse, plus un béluga et des petits rorquals. Les bosses étaient au pied du phare de Cap-Chat toute la journée. Moi, qui fait de la plongée, j’ai remarqué qu’il y avait des tonnes de lançons. Je n’en ai jamais vu autant. Les baleines à bosse ont fait des sauts et des flats! Ça faisait un vacarme! »

Un retour attendu

L’équipe de recherche du GREMM a été ravie cette semaine de rencontrer un groupe d’une quarantaine de bélugas dans la Baie Sainte-Marguerite. La dernière observation de baleines blanches en ce lieu remontait au 25 août dernier, plus de deux semaines plus tôt.

Un merci spécial à tous nos fidèles observateurs et observatrices qui participent activement à l’illustration de la magie des rencontres avec la vie marine dans nos incroyables régions.

Où sont les baleines cette semaine? La carte des observations

Ces données ont été rapportées par notre réseau d’observatrices et observateurs. Elles donnent une idée de la présence des baleines et ne représentent pas du tout la répartition réelle des baleines dans le Saint-Laurent. À utiliser pour le plaisir!

Cliquez sur les icônes de baleine ou de phoque pour découvrir l’espèce, le nombre d’individus, des informations supplémentaires ou des photos de l’observation. Pour agrandir la carte, cliquez sur l’icône du coin supérieur droit. La carte fonctionne bien sur Chrome et Firefox, mais pas aussi bien sur Safari. Pour faire apparaitre la liste des observations, cliquez sur l’icône du coin supérieur gauche.
Observations de la semaine - 14/9/2023

Kiev Ashcroft-Gaudreault

Kiev Ashcroft-Gaudreault rejoint l’équipe du GREMM en 2023 en tant que rédactrice scientifique. Passionnée par une langue de Voltaire tout en subtilités, elle entame un baccalauréat en rédaction professionnelle pour finalement changer de cap vers un domaine qui l’anime encore plus : l’environnement! Elle souhaite mettre à profit l’alliance de ses deux formations pour prêter sa voix aux êtres qui n’en ont pas et espère faire naitre chez le public ce sentiment de poésie qui l'habite chaque fois que son regard survole le large.

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