Même si j’ai fait plusieurs croisières aux baleines étant enfant, plusieurs choses m’échappaient pourtant. Puisque j’ai le plaisir de côtoyer le territoire marin et ses espèces presque chaque jour en tant qu’assistante de recherche, je peux maintenant en parler un peu mieux.

L’environnement change constamment; le vent, les vagues, le calme plat, la brume, la pluie, l’ensoleillement et les espèces présentes. Le fleuve est en transformation constante et entre deux croisières, tout peut avoir changé; on dirait un peu de la magie.

La première espèce que j’ai vue était le petit rorqual. Elle était active et offrait de beaux spectacles. Elle venait parfois si proche que je m’étonnais de voir les petits rorquals si à l’aise parmi les bateaux. C’est une belle expérience de les voir en transparence où l’on voit la tache blanche maculant leur nageoire pectorale. Au début, je les prenais en photo, pour me pratiquer avec l’appareil. Maintenant, je les comptabilise et j’essaye de repérer les baleines à qui j’avais affectueusement donné un nom d’après leur nageoire dorsale étrange. Le GREMM ne répertorie pas les petits rorquals, alors dans le cadre de mes fonctions, je n’ai pas à les identifier.

Très tôt en saison, j’ai vu un rorqual à bosse, mais il ne figurait pas au catalogue du GREMM ni dans celui de la Station de recherche des iles Mingan. J’ai photographié deux jours ce nouveau venu. J’ai cru que la présence d’un rorqual à bosse ferait partie de ma routine puisque je l’ai vu seulement quelques jours après être arrivée. Cette idée a changé quand j’ai dû attendre un mois avant d’en revoir un autre. Maintenant, quand je vois Tic Tac Toe, je me précipite parce que je sais que je suis chanceuse de l’observer.

Finalement, un rorqual commun est arrivé : Bp955, dit «Ti-Croche». À ce jour, c’est l’individu que j’ai le plus photographié et c’est aussi l’un des plus connus des marins, parce que sa mère l’était aussi. Sa nageoire dorsale croche le distingue facilement des autres. Il est devenu encore plus impressionnant et familier à mes yeux quand j’ai appris son histoire de famille. Au début, je dois dire que chaque fois que je cherchais un rorqual commun, je cherchais son profil en forme de crochet. J’ai changé mes attentes sur les rorquals communs quand je l’ai vu accompagné de Bp918 qui a une nageoire dorsale assez droite.

J’ai été surprise de constater qu’on peut autant voir le souffle des baleines que le sentir. J’ai appris en quelques jours à faire l’association de la phrase : «Ça sent la baleine» avec l’odeur dudit souffle. Ce n’est pas un parfum très agréable, mais quand on le sent, on sait que la baleine est toute proche et c’est merveilleux. C’est un privilège que j’apprécie chaque jour.

Bref, du début de mon expérience à maintenant, je me sens tout à fait à ma place et je suis toujours aussi heureuse d’aller observer ces baleines que j’apprends encore à connaitre.

Carnet de terrain - 26/7/2018

Collaboration Spéciale

Articles recommandés

Attrape-moi si tu peux : une semaine à l’échouerie de Saddle Island

6 h 30, le réveille sonne pour une nouvelle journée de terrain. Je ne suis pas à Tadoussac, mais bien à l’Île-du-Prince-Édouard…

|Carnet de terrain 13/2/2020

Avancement de la préparation des squelettes du Centre d’interprétation des mammifères marins

  Lors de son dernier entretien avec une stagiaire de Baleines en direct à l’automne 2018, Michel Martin, naturaliste sénior…

|Carnet de terrain 3/2/2020

La glace est-elle une menace naturelle importante pour les rorquals bleus dans le golfe?

En revisitant mes photos prises cet été, j’ai réfléchi à des marques particulières vues sur les rorquals bleus. Le 1er…

|Carnet de terrain 2/12/2019