De l’espace pour souffler

  • Lorsque le fleuve se libère de ses glaces, les baleines peuvent revenir s'alimenter. / When the river free itself from the ice, whales can come back to feed. © Jean Lemire
    14 / 03 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    Alors qu’elle se balade sur la plage près du phare de Cap-des-Rosiers, une observatrice note la présence de phoques communs dans l’eau le 6 mars. «On dirait qu’ils dorment, leur tête sort hors de l’eau et leur corps reste immobile et submergé», note-t-elle. À l’extérieur, l’air glacial donne envie de se protéger. Pour réussir à maintenir une température corporelle adéquate sans trop perdre d’énergie, les phoques restent alors dans l’eau plus chaude que l’air.

    Phoque du Groenland dont on voit le ventre

    Lorsqu’ils dorment sur une surface, les phoques peuvent entrer en sommeil profond. Dans l’eau, ils reposent un côté de cerveau à la fois. © Renaud Pintiaux

    Est-ce dangereux, pour les pinnipèdes, de dormir dans l’eau? Les phoques sont des mammifères et, comme les baleines, ils doivent venir à la surface pour respirer. Mais contrairement aux baleines, ils ont la capacité de sortir de l’eau pour se reposer, leur corps étant adapté aux deux milieux. Toutefois, un rivage, un rocher, une bouée ou une glace n’est pas toujours disponible pour dormir. Encore, des prédateurs ou de l’action sur une plage peuvent les obliger à rester au large. Les pinnipèdes ont donc développé la capacité de ne dormir qu’à moitié lorsqu’ils sont dans l’eau. Lorsqu’ils peuvent dormir hors de l’eau, ils profitent d’un sommeil profond. Les baleines, elles, ne dorment toujours qu’à moitié, reposant un côté du cerveau à la fois. Ainsi, elles peuvent éviter de se noyer.

     «Ça se liquéfie, on devrait bientôt voir les phoques», espère un observateur de Matane. Le paysage se modifie à grande vitesse. Alors qu’il y a quelques jours à peine, on ne voyait que de la glace à perte de vue, l’eau apparait maintenant par endroit. Au bout de 250 mètres, le fleuve dévoile ses grandes eaux.

    À Tadoussac, les glaces défilent à toute vitesse sur le Saguenay le 12 mars. Le brise-glace libère la rivière de son manteau gelé. Le 13 mars, toutes ces glaces s’amoncèlent devant Les Bergeronnes. «Pas de place pour respirer, pas d’observation», se désole un observateur ayant tenté sa chance au cap de Bon-Désir.

    À Baie-Comeau aussi, la glace s’est retirée. Pourtant, pas de mammifères marins en vue. Deux-cents kilomètres plus loin, au large de Sept-Îles, un rorqual bleu profite des eaux libres pour souffler. Le 9 mars, notre observateur note la présence du géant des mers à l’est de la pointe ouest de l’ile Grosse Boule. Et malgré tout l’espace sans glace, pas l’ombre d’un phoque.

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.