De l’action chez les bélugas : une femelle et un veau bien bousculés dans leur groupe

  • La femelle D 512 au milieu d'un groupe de mâles
    © GREMM
    30 / 07 / 2014 Par Équipe du Bleuvet

    Le Bleuvet est un bateau du GREMM. Il est dédié au programme de recherche à long terme sur les bélugas du Saint-Laurent.


    Nos dernières journées d’observation des bélugas, depuis notre dernier Carnet de terrain, se sont déroulées de manière routinière : des contacts, des prises de photos d’identification des individus, la récolte de données. Mais lors du jeudi 24 et du vendredi 25, nous avons eu l’occasion d’assister à des scènes d’interactions au sein de groupes de bélugas, des scènes que nous ne voyons pas si fréquemment.

    Le 24, on passe du temps avec des animaux au sud-est de l’île Rouge. Vers la fin de la journée, on reconnaît la femelle Boursouffle et son veau (nouveau-né) parmi d’autres individus, dont une autre femelle Dl 512 avec son veau. À la radio du bord, nous entendons le capitaine d’un bateau d’excursion dire qu’il a vu des interactions énergiques au sein d’un groupe de bélugas dans le secteur de la pointe à la Carriole : les bélugas se donnent des coups de tête, de queue et de nageoires pectorales.

    Le lendemain, alors que nous sommes rentrés au cours de la journée à la marina de Tadoussac pour réparer un bris mineur survenu à notre bateau, un autre capitaine nous raconte : il revient du large, d’un secteur situé à un mille en aval de la bouée K 54, et a vu le même genre d’agitation dans un groupe de bélugas. Rendus sur place, on aperçoit une femelle parmi un groupe d’une dizaine de mâles : il s’agit de Dl 512, celle qu’on a vue la veille, mais elle est désormais seule, sans son veau. Elle est en train de se faire barouetter, bousculer par les mâles. Semblant complètement épuisée, elle essaie par moment de se détacher du groupe, mais se fait rejoindre par les mâles, et le manège recommence. Les mâles roulent leur corps en surface, se mettent sur le dos. On peut voir plusieurs pénis roses en érection à travers les vagues et l’écume. Quand on se rapproche à une centaine de mètres ou parfois moins, la femelle se sert de notre bateau comme d’un écran : elle nage en boucles serrées autour de la coque, les mâles se tenant alors plus en profondeur ou à distance. Dès qu’elle s’éloigne du bateau en ligne droite, les mâles la rattrapent.

    S’agit-il de tentatives d’accouplements véritables ou de jeux sexuels? On sait peu de choses sur la reproduction des bélugas et c’est d’ailleurs un des objectifs de notre recherche à long terme. Voilà ce qu’on nous en savons : pour s’accoupler, plusieurs bélugas mâles se regroupent autour d’une femelle, l’encerclent et tentent leur chance l’un après l’autre. Les accouplements ont lieu en mars et avril. La gestation durant 14 mois environ, les veaux naissent l’été, de fin juin à début août. L’allaitement est long, de 20 à 30 mois. Donc, cette femelle Dl 512, vue la veille avec un veau, est en train d’allaiter et ne doit pas être disponible pour la copulation et la reproduction. Est-elle en train de subir les assauts de mâles qui s’entraînent ou tentent quand même de s’accoupler avec elle même si elle n’est pas fécondable? C’est bien grâce à la photo-identification que nous avons pu reconnaître la femelle Dl 512. Si nous n’avons pas la réponse à toutes nos questions, cette méthode nous permet de mieux comprendre, pas à pas, ce qui se passe dans la vie sociale complexe des bélugas, et de nous poser de nouvelles questions. Où est passé le veau de Dl 512 pendant cette période d’ébats? Un veau âgé d’à peine quelques semaines a besoin de la présence constante de sa mère qui le nourrit de son lait.

    Un autre genre d’interactions dans un groupe nous montre que la vie d’un veau ne semble pas toujours de tout repos. Le 25, on observe un groupe de quatre bélugas : deux jeunes gris, une femelle blanche et son veau couleur gris pâle. Le veau se fait brasser par les deux juvéniles, bien plus gros que lui, qui l’embarquent sur leur tête à tour de rôle. Ce petit veau se voit imposer un rythme de nage vraiment rapide, par moment il saute ou rebondit presque à la surface de l’eau. Puis, les jeunes se calment et le groupe se remet à nager tranquillement.

    Présents à bord : Michel Moisan et Tim Perrero