De la bosse à la messe et des queues de bleus!

  • © GREMM
    05 / 09 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    Une observatrice de longue date et ancienne résidente de Tadoussac sort en croisière aux baleines le 1erseptembre. Le Saint-Laurent reflète le ciel comme un miroir. Le capitaine de la croisière dirige le Zodiac à l’est des Escoumins. Un rorqual bleu y a été observé plus tôt. Sur le chemin, les croisiéristes trouvent une profusion de marsouins communs, des petits rorquals, des rorquals communs majestueux et de dynamiques rorquals à bosse. Puis, ce n’est pas un, mais quatre rorquals bleus qui apparaissent dans une explosion de souffles sonores. Les longs dos gris bleutés défilent. Une seconde, deux secondes, trois secondes, quatre secondes, cinq secondes. Surprise: deux des individus lèvent la queue avant de s’éclipser dans les profondeurs une quinzaine de minutes. Seuls 14 à 18% des rorquals bleus qui fréquentent le Saint-Laurent lèvent la queue en plongeant. Quelle chance d’en voir deux en même temps! Comblée, l’observatrice essuie ses joues. Le Saint-Laurent fourmille de vie.

    Rorqual bleu © GREMM

    Ce ne sont pas tous les rorquals bleus qui montrent la queue © GREMM (archives)

    À partir des dunes de Tadoussac, un ornithologue recense les oiseaux pour l’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac. Ne boudant pas son plaisir, il consigne également la présence des mammifères marins. Tous les jours, entre 7h et 9h, il repère à la longue vue entre 5 et 10 rorquals à bosse et une dizaine de rorquals communs. «On peut voir les souffles à l’œil nu, mais avec la longue vue, on peut vraiment bien voir les animaux», se réjouit-il.

    Sur son écran, un assistant de recherche du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) compare les photos de queues noires et blanches des rorquals à bosse. Dans le secteur du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, au moins 17 rorquals à bosse ont été photographiés en moins d’une semaine. À titre comparatif, une vingtaine de rorquals à bosse ont été identifiés à travers toute la saison (mai à octobre) en 2018. Côté rorquals communs, une quinzaine d’individus sont identifiés en moins d’une semaine. Parfois observés en groupes, parfois seuls, les rorquals communs soufflent de longues colonnes vers le ciel, visibles de loin.

    Du côté de la Gaspésie, les rorquals bleus continuent d’attirer l’attention. Richard Sears, de la Station de recherche des iles Mingan (MICS), a comptabilisé plus d’une quarantaine d’individus au cours des dernières semaines. Cette abondance de rorquals bleus semble liée à la présence du krill, leur proie préférée, parfois agrégé de façon très dense. Jusqu’à maintenant et en Gaspésie, cette année, c’est à Matane que le krill était le plus abondant.

    Surprise du côté des iles Mingan : un rorqual bleu aussi! Le premier de la saison! De ce côté du Saint-Laurent, l’équipe de la MICS a pu filmer par drone l’animal. Voilà le résultat d’une pure beauté, partagé sur Twitter par le coordonnateur de la recherche, Christian Ramp.

    Voici les observations reçues par notre équipe cette semaine. Elles donnent une idée de la présence des baleines et ne représentent pas du tout la répartition réelle des baleines dans le Saint-Laurent. À utiliser pour le plaisir!


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.