Dans la houle, la neige et le vent…

  • De la glace a déjà commencé à se former par endroit dans le Saint-Laurent. © Renaud Pintiaux (archives)
    De la glace a déjà commencé à se former par endroit dans le Saint-Laurent. © Renaud Pintiaux (archives)
    19 / 11 / 2018 Par Collaboration spéciale - / /

    Durant les derniers jours, la houle et les bourrasques de neige gardent une part de mystère sur le large.

    Le 13 novembre, du Centre d’interprétation des mammifères marins, difficile de voir l’autre rive à l’embouchure du Saguenay. Pourtant, juste au bout de la grève, là où la houle se hisse sur les rochers, se hisse également un harelde kakawi. Il est curieux de voir ce canard plongeur toucher terre, alors qu’il se tient habituellement loin des côtes. Pourtant, celui-ci s’y laisse bousculer par les vagues, aux côtés de deux canards noirs, qui semblent y trouver de quoi manger.

    Il est plutôt rare d’observer un harelde kakawi. © Renaud Pintiaux

    Il est plutôt rare d’observer un harelde kakawi sur la terre ferme. On les trouve habituellement au large. © Renaud Pintiaux

    Pour un observateur de Port-Cartier, ce sont également les oiseaux qui prennent la vedette. Alors que la mer trop houleuse et le temps trop mauvais rendent impossible l’observation des baleines, ce n’est rien de moins qu’une centaine de grands harles qui sont aperçus près de la côte. Aussi surnommés becs scies, ces imposants canards au long bec rouge sont une belle vision dans ce décor hivernal.

    Et les baleines dans tout ça?

    Les yeux avertis d’une observatrice notent la présence d’un petit rorqual non loin de la côte à Baie-Comeau. Elle repère également de grands souffles au large, mais difficile d’identifier l’espèce. Serait-ce des rorquals communs ou encore des rorquals bleus?

    Et puis, il faut se rappeler que ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas, que les baleines ne sont pas là… L’équipe de la Station de recherche des iles Mingan (MICS) rapporte la présence d’un rorqual bleu dans le golfe du Saint-Laurent, même si personne ne l’a vu! Comment cela est-il possible? Grâce à la balise satellite qui a été posée sur le dos de l’animal, plus tôt cet été.

    Depuis quelques années, le MICS, en collaboration avec Pêches et Océans Canada, utilise cette méthode pour suivre les déplacements des rorquals bleus. Les scientifiques tentent ainsi de mieux comprendre comment ces animaux utilisent leur habitat, mais aussi d’élucider le mystère de leurs migrations. C’est toutefois un processus long et ardu, car en plus du défi de poser la balise, il faut que cette dernière tienne assez longtemps… À ce stade-ci de la saison, une seule balise posée cet été émet encore des positions, soit celle posée sur B531, un rorqual bleu encore peu connu du secteur.

    Le 19 octobre dernier, B531 quitte le Saint-Laurent et met le cap au sud, vers les monts sous-marins de la Nouvelle-Angleterre, puis semble se diriger vers les Bermudes. Pourtant, dix jours plus tard, après avoir parcouru plus de 1500 km, la baleine rebrousse chemin pour se trouver à nouveau dans le golfe du Saint-Laurent, au large des Îles-de-la-Madeleine, le 12 novembre. Un aller-retour impressionnant à l’échelle humaine, mais à l’échelle des rorquals bleus, encore trop peu de données sont disponibles pour dire si ce comportement est habituel.

    Le rorqual bleu B531

    Le rorqual bleu B531 a parcouru de nombreux kilomètres avant de rebrousser chemin et revenir dans le golfe du Saint-Laurent au cours des dernières semaines. © MICS et Pêche et Océans Canada

    Pour suivre le parcours de B531, visitez le site web du MICS.

     


    Mélanie Bourque est chef-naturaliste pour le GREMM.