Trente-trois! Trente-trois fois, un petit rorqual s’est élancé devant les yeux ébahis d’un observateur installé sur le granit rose de la pointe Rouge, donnant dans la baie de Tadoussac. Le 14 septembre, ce petit rorqual époustouflera aussi les observateurs assis à la marina, puis entrera dans le Saguenay où les visiteurs du Centre d’interprétation des mammifères marins profiteront du spectacle. Acrobates, les petits rorquals présentent des techniques de chasse variées qui semblent parfois inclure des sauts spectaculaires.

Le 17 septembre, une observatrice des activités en mer de Parcs Canada embarque sur un zodiac de croisière pour recenser les espèces observées. Au large des Bergeronnes et du cap de Bon-Désir, des sauts répétés d’un rorqual à bosse attire son attention. Pendant plus de trente minutes, la même baleine saute une cinquantaine de fois! Elle a fait des sauts complets et des demi sauts, des coups de queue (tailslapping) répétés. «Je n’avais jamais vu des coups de queue aussi rapide!», rapporte la technicienne. À son départ du site d’observation, elle voit arriver un autre rorqual à bosse. Une des hypothèses pour expliquer la fonction des sauts est qu’ils permettent de communiquer sur de longues distances, surtout par gros temps. Est-ce cela qui s’est produit?

À Percé, ce sont plutôt des thons, probablement des thons rouges de l’Atlantique, qui élancent leur corps hors de l’eau. Ces poissons massifs (270 cm et 400 kg ou plus) migreraient dans les eaux du Saint-Laurent pour se nourrir. À l’instar des dauphins, les thons sont de puissants nageurs capables d’aller à une vitesse jusqu’à 30 km/h. Les dauphins, en comparaison, atteignent des pointes entre 25 et 45 km/h, mais leur cadence de croisière tourne plutôt autour de 15 km/h. Les dauphins à flancs blancs sont aussi bien connus pour leurs acrobaties aériennes. Les thons en font seulement à l’occasion.

Le 14 septembre, une dizaine de rorquals communs sont observés à 4 milles nautiques au large de l’ile Plate et le 16 septembre, ce sont plutôt trois rorquals communs, un rorqual à bosse et une dizaine de dauphins à flancs blancs tournant autour des baleines qui ont été observés. «L’eau était d’une telle clarté, on voyait les dauphins à travers les vagues. C’était de toute beauté!», relate une naturaliste.

Du côté de Gaspé, ce sont plutôt une centaine de dauphins à flancs blancs qui épatent les observateurs. À cela s’ajoutent des marsouins et des petits rorquals. «Nous avons aussi identifié le rorqual à bosse Irisept pendant quelques jours», rapporte un capitaine. Il constate par ailleurs que les rorquals bleus qu’il voyait depuis quelques semaines ne se montrent plus depuis trois jours.

Au large de Sainte-Anne-des-Monts, alors qu’elles profitent des derniers jours chauds de septembre, deux observatrices croisent la route de deux petits rorquals.

Au large de Matane, vis-à-vis Baie-Comeau, le collaborateur de la Station de recherche des iles Mingan et de Baleines en direct René Roy croise deux rorquals bleus nageant ensemble, un mâle et une femelle. Il photographie aussi un rorqual bleu en face de Sainte-Félicité. «Mais aucun petit rorqual ni aucun commun», s’étonne-t-il. Il ajoute: «il faut dire que ce n’est pas à toutes les sorties que je croise des rorquals bleus non plus». Difficile de prévoir où seront les baleines et quand!

Anik Boileau, directrice du Centre d’éducation et de recherche de Sept-Îles (CERSI), rencontre quatre rorquals à bosses regroupés. Elle les observe en position de repos, puis les voit s’activer. «On aurait dit qu’ils coursaient», raconte-t-elle. Cette journée-là, elle voit aussi cinq rorquals communs, trois petits rorquals et des centaines de marsouins.

Observations de la semaine - 20/9/2018

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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