Par Maureen Jouglain

L’opération de sauvetage du béluga pris dans la rivière Nepisiguit, au Nouveau-Brunswick, nous a fait soulever la question: comment une espèce marine peut-elle survivre hors de son milieu? Pour l’occasion, Baleines en direct s’est entretenu avec la Dre Émilie L. Couture. Membre du Département de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, elle a assisté le jeune béluga lors de sa relocalisation dans le Saint-Laurent.

Avant toute chose, il faut savoir que le béluga est un mammifère. Or, quelle est la différence entre un poisson et un mammifère marin? Si le poisson absorbe l’oxygène dissous dans l’eau en créant un courant qui circule à travers ses branchies, à l’inverse, le béluga, tout comme les autres mammifères, respire l’oxygène de l’air et doit faire surface pour prendre son souffle. Il n’encourt de ce fait aucun risque de suffocation lorsqu’il est maintenu hors de l’eau. Bien qu’il n’ait pas besoin d’être immergé pour respirer, des adaptations spécifiques au milieu marin lui confèrent tout de même plusieurs désavantages à la vie terrestre.

Le premier défi à surmonter est la différence de densité entre l’eau et l’air. Le poids d’un cétacé est habituellement soutenu par l’eau. Hors de l’eau, l’importante couche de graisse n’est plus soutenue et risque d’endommager les organes et les muscles. Afin d’atténuer la pression exercée sur son corps, le béluga peut être transporté sur une civière. En ce qui concerne les voyages en avion ou en camion, le béluga adulte sera placé dans un caisson rempli d’eau. S’il est de plus petite taille, en revanche, il peut être placé sur un matelas à mémoire de forme, comme ce fut le cas pour le béluga de Bathurst. Cette gestion de la pression est primordiale d’une part pour le confort de l’animal, mais aussi pour s’assurer qu’il n’éprouve aucune difficulté à respirer. Lorsqu’une baleine s’échoue, la cause de sa mort est bien souvent liée à cette pression. Les muscles écrasés relâchent une protéine, la myoglobine, qui atteint les reins et devient alors très toxique.

Le deuxième facteur clé à contrôler est la température. Le béluga est un mammifère originaire des zones arctiques et baigne de ce fait dans des eaux très froides. Bien qu’évoluant dans un environnement glacial, c’est une espèce endotherme : il a le sang chaud et doit produire sa propre chaleur. Il possède en conséquence une couche épaisse de graisse qui lui permet de maintenir sa température interne aux environs de 35-36 degrés dans une eau avoisinant souvent les 4 degrés. Exposé aux températures plus élevées de l’air, ce surplus de chaleur aura tendance à s’accumuler. La météo et le moment de la journée sont donc des facteurs à prendre en compte bien que «l’urgence de la situation laisse souvent peu de place à ce genre de contrôle», nous rappelle Dre Émilie L. Couture. Par ailleurs, la composition de sa peau, qui ne contient ni kératine (protéines protégeant entre autres des UV) ni glandes sudoripares (glandes sécrétant la sueur), le rend d’autant plus susceptible aux hausses de température interne. Pour contrer ces problèmes, le béluga à l’air libre doit sans cesse être aspergé d’eau et recouvert de draps humides. La perte de chaleur s’effectue surtout au niveau des vaisseaux sanguins circulant sous la peau des nageoires et elles sont donc des zones à hydrater en priorité.

Le fait qu’un béluga puisse survivre à un épisode terrestre ne signifie pas qu’il y soit adapté c’est pourquoi le temps d’émersion sera toujours réduit au minimum.

Pour en savoir plus

Les baleines en questions - 6/7/2017

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