«C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme»

  • Capitaine Lancelot, l'homme qui prend la mer
    © GREMM
    14 / 09 / 2014 Par Josiane Cabana

    La responsable du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM) prend part au Symposium Nomade des Océans 2014 à bord du voilier-école d’ÉcoMaris, le Roter Sand, du 9 au 17 septembre. Elle rejoint une équipe de scientifiques pour visualiser et documenter les menaces qui pèsent sur les mammifères marins du Saint-Laurent. C’est aussi une occasion pour elle de rencontrer à nouveau les partenaires et les bénévoles du Réseau.

    Sainte-Anne-des-Monts, vendredi soir 18 h, l’heure est aux préparatifs. Après avoir célébré l’anniversaire de Lysanne, stagiaire pendant la mission, l’équipage du Roter Sand largue les amarres pour voguer vers sa prochaine destination: Gaspé. Nous sommes fébriles, fatigués. Certains sont inquiets, car la mer s’est déchaînée toute la nuit et une partie de la journée. La mer sera grosse et la navigation de nuit ne sera pas de tout repos.

    Capitaine Lancelot est un marin d’expérience, il se fait rassurant. Ça y est, le voilier s’élance sur les vagues qui déferlent, les officiers entonnent en souriant l’hymne de Renaud: «C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme». Je constate rapidement la puissance du Saint-Laurent qui donne tout son sens à ces paroles. Alors que je me sentais déjà si petite sous les étoiles face à un lever de lune majestueux, alors que je croyais qu’une nuit ne pouvait pas accueillir plus de beautés naturelles, les aurores boréales se sont mises à dessiner à grands coups de pinceau vert dans les cieux, le long de notre navire. «Le Moulin à images [spectacle en lumières de Robert Lepage présenté à dans le port de Québec lors des célébrations du 400e anniversaire de sa fondation] est rendu ici», s’exclame Lise, visiblement émue devant cette scène qu’elle n’avait jamais vue auparavant.

    Une conférence sur l’enjeu pétrole et des inquiétudes

    La veille du départ, jeudi, Lyne Morissette, chef de mission, a présenté une conférence à Exploramer sur l’exploration pétrolière dans le Saint-Laurent. Un enjeu d’actualité auquel s’ajoute un portait global des différentes menaces qui pèsent sur nos océans et sur ses habitants: surpêche, changements climatiques et acidification des océans, débris de plastique, pollution sonore. Un portait sombre qui inquiète, si bien qu’un homme de l’assistance, visiblement troublé, s’est adressé à nous avec un cri du cœur touchant: «C’est inquiétant tout ça! Qui peut faire quelque chose? Comment pouvons-nous arrêter un projet comme Cacouna?» Des questions que plusieurs se posent malheureusement. Les efforts sont nombreux pour tenter de ne pas altérer l’environnement du béluga, et lorsque l’on se sent partie prenante d’une mission qui vise à faire renouer les Québécois avec le Saint-Laurent, on ne peut faire autrement que de souhaiter le meilleur à venir pour cet animal emblématique de notre fleuve.

    Les portes de la Gaspésie s’ouvrent sur une grande parade

    Au soleil levant, le voilier se trouve aux portes de la Gaspésie, une zone bien connue pour sa concentration de baleines durant la saison estivale. Une fois de plus à la vigie, je tente de repérer des grands souffles. Les observateurs présents dans ce secteur récemment ont rapporté plus d’une dizaine de rorquals communs, un rorqual bleu et des rorquals à bosse dans la région de Cap Gaspé. Pour nous, la matinée s’avère très calme, mais notre patience est récompensée à l’approche de la baie de Gaspé. Au moins sept espèces de mammifères marins sont observées: marsouins communs, dauphins à flancs blancs, petit rorqual, rorquals communs, rorqual à bosse, phoques gris et phoque commun. Non seulement la diversité est notable, mais les comportements inusités sont nombreux: un dauphin claque l’eau avec sa queue à plusieurs reprises, un rorqual commun monte sa nageoire pectorale et sa nageoire caudale vers le ciel, et un phoque commun s’approche pour examiner le voilier et nage comme une torpille sous la surface. On s’étonne à bord que des scientifiques spécialistes des baleines puissent s’émerveiller, encore et autant, devant des parades de rorquals! Nous arrivons à quai comblés, et les yeux ébahis des passagers resteront gravés à jamais dans ma mémoire.