Saison après saison, marée après marée, le fleuve Saint-Laurent est comme un cœur qui bat. Les courants marins, les bancs de proies, et autres paramètres parfois mystérieux sont à l’origine des déplacements des mammifères marins. Vers l’amont, vers l’aval, s’enfonçant profondément vers l’estuaire ou s’éloignant au large. On pourrait penser que le déplacement est linéaire, que les baleines entrent dans le golfe par le détroit de Cabot, viennent se nourrir au large de la Gaspésie et de Sept-Îles, puis descendent tranquillement jusque dans l’estuaire, avant de reprendre la migration inverse… mais la réalité est toute autre!

Le retour de Tic Tac Toe

«Il y a les voyageuses, et les animaux très site-spécifiques, explique Christian Ramp, chercheur à Pêches et Océans Canada. Certains rorquals à bosse sont vus chaque année dans le golfe, mais ne descendent jamais dans l’estuaire, par exemple, et inversement. D’autres font des allers-retours et sillonnent l’ensemble du Saint-Laurent pendant l’été.» Cela semble être le cas de Tic Tac Toe. Arrivée au large de Tadoussac en juin, la baleine chouchou des croisiéristes a ensuite été revue près de Baie-Comeau au courant du mois de juillet. Depuis hier, la matriarche est de retour dans les eaux du parc marin du Saguenay – Saint-Laurent, où elle côtoie une dizaine d’autres rorquals à bosse, dont Gaspar, H918, H887, H859, H909 (dite «Seventeen»), ou encore H943. «L’estuaire est une toute petite assiette pour nos géantes», souligne un observateur aguerri.

Un saut hors du commun!

Le parc marin doit aussi abriter à l’heure actuelle une quinzaine de rorquals communs, dont quelques dos connus (Piton, Trou, Oméga, Zipper et Orion, notamment). Moins spectaculaires que les rorquals à bosse, les communs? Pas sûr! Mercredi, vers midi, l’équipe de recherche du GREMM à bord du BPJam est sur le chemin du retour d’une séance de photo-identification, quand, au large de la pointe Sauvage, un rorqual commun saute hors de l’eau. Le breach surprend tout le monde… et personne n’a le temps de le prendre en photo! «Je n’avais jamais vu ça, c’était immense et tout en longueur», raconte Timothée Perrero, assistant de recherche senior sur le programme de recherche des grands rorquals.

Depuis la rive, aussi, les rorquals communs impressionnent. Vendredi 23 juillet, ils sont signalés tout le long de la côte, entre Les Escoumins et Les Bergeronnes. Touristes, campeurs, adeptes de planche à pagaie et de kayak se font tous surprendre. «Depuis le rivage, on a vu un grand souffle, puis un dos gris foncé, long comme un sous-marin qui se déroulait lentement», témoigne une vacancière.

Des eaux vides et des eaux pleines

Mais le va-et-vient des baleines dans le Saint-Laurent peut parfois être frustrant pour les observateurs. Après des semaines d’action intense au large, une observatrice de Saint-Yvon, en Gaspésie, se lamente: «ZÉRO observation cette semaine malgré de multiples tentatives et le regard sur la mer en permanence, même pas une petite tête de phoque!».

Une riveraine de Saint-Irénée, elle aussi, regrette les groupes de bélugas très présents au printemps. «Ces temps-ci, je n’ai pas le bonheur de les voir passer. Mon mari, de temps en temps, a la chance de voir passer un petit bout de chou solitaire pointer son nez», mais c’est tout. Les bélugas sont actuellement présents en grand nombre à Rivière-du-Loup. Des juvéniles, des femelles avec leurs veaux, des tout blancs… il y a toute la palette de couleur, selon les observateurs! Du côté de Cacouna, on compte davantage de dos noirs de marsouins communs que de dos blancs de bélugas, et à Kamouraska, on rapporte des phoques en très grand nombre.

Cette semaine, des cabrioles de baleines à bosse et de petits rorquals sont rapportées un peu partout. Lundi, un petit rorqual enchaine les sauts devant les quais de Baie-Comeau. De l’autre côté du fleuve, à Baie-des-Sables, deux ou trois baleines projettent des gerbes d’eau dans les airs lors d’un spectacle aquatique d’une trentaine de minutes. Jeudi dernier, trois larges caudales sont aperçues au large de Godbout. Mardi, une ou deux baleines à bosse soufflent proche de la côte à Franquelin et à Pointe-des-Monts . Le même jour, un observateur posté aux Escoumins s’émerveille quand «un individu tape continuellement de la queue à la surface de l’eau pendant une bonne quinzaine de minutes».

Rorqual à bosse à Godbout © Manon Côté
Phoque en pleine alimentation © Marielle Vanasse
Petit rorqual portant une cicatrice d'hélice à Havre-Saint-Pierre © François de Grandpré
Le narval a été revu par l'équipe du GREMM près de l'ile aux Basques © GREMM
Fou de Bassan © Manon Côté

Enfin, cette semaine, dans la baie de Gaspé, on fête l’arrivée des dauphins à flancs blancs et leurs cabrioles colorées. «Ils arrivent toujours autour de fin juillet – début août», souligne un croisiériste. Les rorquals à bosse sont toujours présents en nombre, avec notamment quelques individus connus comme Bolt et Paloma. Par contre, plus un seul rorqual commun observé depuis une semaine… et toujours l’absence criante de rorquals bleus. Quand reviendront-ils ?

 

Où sont les baleines cette semaine? La carte des observations

Ces données ont été rapportées par notre réseau d’observatrices et observateurs. Elles donnent une idée de la présence des baleines et ne représentent pas du tout la répartition réelle des baleines dans le Saint-Laurent. À utiliser pour le plaisir!

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Observations de la semaine - 29/7/2021

Laure Marandet

Laure Marandet est rédactrice pour le GREMM depuis l'hiver 2020. Persuadée que la conservation des espèces passe par une meilleure connaissance du grand public, elle pratique avec passion la vulgarisation scientifique depuis plus de 15 ans. Ses armes: une double formation de biologiste et de journaliste, une insatiable curiosité, un amour d'enfant pour le monde animal, et la patience nécessaire pour ciseler des textes à la fois clairs et précis.

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