Bleu février

  • On peut identifier le rorqual bleu par son souffle haut et droit et par la grande taille de l'animal. Les baleines peuvent venir s'alimenter dans le fleuve l'hiver lorsque les glaces sont suffisamment dispersées. // We can recognize the blue whale by her powerful spout and her large size. Whales can come in the St. Lawrence river to feed during winter when ice is scattered. © René Roy
    06 / 02 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    C’était une journée parfaite pour l’observation. Peu de vent, une mer calme, une luminosité ni aveuglante ni sombre. Au large de Gallix, un souffle s’élève haut et droit, suivi d’un dos long, foncé, lisse. Tout au bout point une petite nageoire dorsale. Le lendemain, notre observateur voit à nouveau un géant nager au large, mais cette fois de beaucoup plus près, à environ deux milles nautiques (environ 3,7 km) de la côte. L’identification est possible : un rorqual bleu! «Il nage lentement, vraiment plus lentement que ceux que j’observe durant l’été», note-t-il.

    Mais que fait un grand rorqual en plein cœur de l’hiver dans le Saint-Laurent? «Ne devrait-il pas être vers le sud ou le large, pour la reproduction?», nous demande une lectrice.

    Voilà une bonne question. Difficile de dire pourquoi certaines baleines migrent et d’autres tardent ou ne migrent pas du tout. Les différentes espèces de cétacés qui fréquentent le Saint-Laurent de façon saisonnière le font pour se nourrir. Selon une étude effectuée dans la région des Escoumins par Pêches et Océans Canada, le krill, la proie préférée des rorquals bleus, reste en concentration importante durant la saison hivernale. Or, dans cette même étude, on voit un lien de corrélation important entre l’arrivée des glaces et le départ des rorquals de la zone d’étude. Il y a donc une «obligation» à quitter un secteur qui devient potentiellement dangereux — une baleine ne veut pas rester prisonnière des glaces. Quand le couvert de glace est suffisamment espacé, des individus peuvent donc revenir s’alimenter dans le secteur.

    La migration peut aussi être liée au besoin de se reproduire. Par exemple, les rorquals à bosse qui fréquentent le Saint-Laurent vont se regrouper dans les Caraïbes l’hiver. Les individus qui restent dans nos eaux sont-ils non-reproducteurs? C’est possible.

    Une naturaliste du GREMM en séjour en Guadeloupe attend avec hâte l’arrivée des rorquals à bosse. Quelques observations fugaces ont été faites au large de l’ile, alors elle garde les yeux vers le large avec espoir.

    Du côté du Pacifique, un rorqual à bosse né depuis quelques heures seulement a été filmé par un groupe de recherche de l’Université d’Hawaii au large de Maui. Dans la vidéo, on peut voir du sang sortir du vagin de la mère et observer la femelle aider le petit à remonter à la surface pour respirer. La vidéo permet de bien mettre en lumière la différence de taille entre les deux individus, l’aspect encore «mou» des nageoires dorsale et caudale et la différence de couleur.

    Revenons au Québec, maintenant. Au phare de Cap-des-Rosiers, les différentes espèces d’oiseaux marins se côtoient. Hareldes kakawis, eiders à duvet, harles huppés et garrots à œil d’or profitent des eaux calmes. Notre observateur traque avec espoir les têtes de phoque ou les grands souffles, en vain. Mais avez-vous remarqué? Les journées allongent. Nous aurons donc un peu plus d’heures pour observer la vie sur le Saint-Laurent.

    Une envolée de Hareldes kakawis à Cap-des-Rosiers. © Francis Paquet


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.