Avant de se lancer dans cette question, voici quelques nouvelles de nos baleines du Saint-Laurent. Entre 30 à 50 bélugas passent au large des Bergeronnes le 27 février. Il s’agit surtout d’individus blancs accompagnés de quelques gris. Le 4 mars, un rorqual bleu passe deux heures près du rivage de Godbout. La veille, deux grands souffles distincts sont repérés à Moisie par Anik Boileau, directrice du Centre d’éducation et de recherche de Sept-Îles (CERSI). Elle hésite entre rorquals bleus et rorquals communs. Ces nouvelles arrivent comme un souffle de printemps. En effet, la dernière observation de baleine qui nous avait été partagée remontait au début janvier.

Plusieurs dizaines, voire des centaines, de phoques du Groenland sont présents sur les glaces à Sept-Îles où ils «s’entassent» les uns sur les autres. En se rapprochant d’eux, il serait possible de les entendre, car ils sont des animaux bien «loquaces ». Ils réalisent jusqu’à une quinzaine de sons différents et particulièrement lorsqu’ils sont sous l’eau. Dans l’Arctique, ils seraient plus silencieux hors de l’eau; l’ours polaire, leur principal prédateur, rôde dans les parages.

Les phoques en général produisent plusieurs types de sons : des aboiements, des grognements, des grincements, des gazouillis, des sifflements, et ce, particulièrement chez les mâles en saison de reproduction pour attirer les femelles ou faire concurrence aux autres mâles. Ces sons sont émis à la fois à l’air libre et sous l’eau.

L’été, les capitaines qui naviguent près des échoueries de phoques, comme celles des phoques gris à l’ile Rouge ou à l’ile Blanche dans l’estuaire du Saint-Laurent, entendent leurs cris puissants. Selon leurs propos : «on se croit plongé en pleine forêt parmi les loups». D’ailleurs, les phoques sont surnommés «loups marins». Cette appellation ancienne désigne parfois une espèce en particulier, selon les régions.

Il n’y pas que les sons qui permettent aux phoques de communiquer. Les mères frottent leur nez contre celui de leur petit et le reniflent. Elles reconnaissent ainsi leur progéniture. Elles produisent aussi quelques vocalises simples pour garder un contact rapproché avec le nouveau-né, particulièrement lorsqu’elles s’absentent pour manger. Toutefois, ces sons particuliers ne perdureraient pas au-delà du sevrage.

Hors de l’eau, les phoques communs agitent souvent la tête et les nageoires antérieures pour signaler à leurs congénères de conserver une certaine distance. Le phoque à capuchon, lui, utilise en plus sa poche gonflable — distendue, elle forme un capuchon alors que détendue, elle pend au bout de son museau — et gonfle la membrane qui sépare ses narines (le septum nasal) — rappelant un large ballon rouge — qu’il secoue dans tous les sens. Ce comportement aurait pour but d’impressionner ses rivaux lors de la «parade nuptiale».

Lors de votre prochaine balade près des berges, tendez l’oreille. Peut-être entendrez-vous les phoques jacasser. Ou les baleines souffler.

Observations de la semaine - 9/3/2018

Marie-Sophie Giroux

Marie-Sophie Giroux s’est jointe au GREMM en 2005 et y a travaillé jusqu’en 2018. Elle détient un baccalauréat en biologie marine et un diplôme en Éco-conseil. Chef naturaliste, elle supervise et coordonne l’équipe qui travaille au Centre d’interprétation des mammifères marins et rédige pour Baleines en direct et Portrait de baleines. Aux visiteurs du CIMM ou aux lecteurs, elle adore « raconter des histoires de baleines ».

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