Le vent se déchaine sur le Saint-Laurent et y creuse des vagues depuis le 25 aout. Cloués sur la terre ferme, les observateurs et observatrices scrutent le large, attrapent parfois des souffles éventés rapidement. Les crêtes blanches se confondent aux bélugas, un phénomène surnommé «béluvague» à Tadoussac bien plus que «mouton». Mais avant la tempête de vent, les observations étaient extraordinaires…

Des baleines noires de l’Atlantique Nord sur fond de rocher Percé

Au large de l’ile Bonaventure, en Gaspésie, des souffles attirent l’attention de plaisanciers le 17 aout. Ils reconnaissent des rorquals bleus, des rorquals à bosse, des petits rorquals, des dauphins à flancs blancs, mais trois dos noirs les laissent perplexes. «Je ne suis pas certaine de ce que je vois», commente la capitaine. «On dirait un rostre de rorqual à bosse, mais pas exactement. Leur queue n’est pas dentelée, mais elle sort tout le temps. Je vois une drôle de forme carrée, jamais de longues nageoires blanches.» Son compagnon de sortie publie une photo sur ses réseaux sociaux. Une amie leur indique l’espèce: baleine noire de l’Atlantique Nord.

Sur l’eau, reconnaitre des espèces n’est pas toujours aussi facile qu’on pourrait le croire. La baleine noire de l’Atlantique Nord, aussi appelée baleine franche, a une peau foncée comme celle du rorqual à bosse. Sa queue lisse fait penser à celle du cachalot. À distance, ses callosités peuvent rappeler les tubercules sur le rostre du rorqual à bosse. Par contre, ses nageoires bien larges et carrées sont vraiment caractéristiques.

La baleine noire est en voie de disparition. Il ne reste qu’environ 400 individus. Si vous observez une baleine noire de l’Atlantique Nord sur l’eau, il est recommandé de garder une distance de 400 mètres avec elle pour lui donner tout l’espace nécessaire pour pratiquer ses activités essentielles. Si vous souhaitez apprendre à identifier les espèces et à connaitre les bonnes pratiques entourant la navigation en leur présence, une formation gratuite en ligne existe.

Abondance et variété dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent

Un kayakiste hurle d’excitation le 21 aout. Une queue large comme un panneau publicitaire d’autoroute vient de s’élever devant lui. Pas besoin d’être près de la baleine pour la voir, avec une telle taille! La queue est photographiée par une observatrice installée au Centre de découverte du milieu marin, aux Escoumins, et transmise au Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins. L’individu est Jaw-Breaker, une femelle rorqual bleu habituée du parc marin. Dans le Saint-Laurent, une minorité de rorquals bleus lèvent la queue en plongeant (15 à 18%) et Jaw-breaker en fait partie. Une autre femelle est aussi identifiée: Crinkle. Crinkle, elle, ne montre pas la queue en plongeant, mais sa peau plissée la rend facilement reconnaissable.

Le 23 aout, une travailleuse des Services de communication et du trafic maritime du Canada aux Escoumins s’étonne de l’incroyable variété d’observations qu’elle peut faire en une journée, à partir de la fenêtre de son bureau. Elle recense un rorqual commun, une dizaine de passages de petits rorquals, une vingtaine de marsouins communs et quatre troupeaux de bélugas, pour un total d’un minimum de 75 bélugas. Si elle n’avait pas dû se concentrer sur ses tâches, imaginez ce qu’elle aurait vu de plus!

Le 24 aout, un poisson-lune (Mola mola) impressionne un capitaine de croisières aux baleines au large des Escoumins. Ce poisson plat et rond a deux longues nageoires, l’une dorsale et l’autre anale, qui émergent parfois de l’eau. On peut alors croire qu’on voit un aileron de requin! Mais pas de panique : le poisson-lune se nourrit principalement de méduses. La présence du poisson-lune dans le Saint-Laurent est encore peu documentée, et l’organisme Amphibia-Nature effectue un suivi de l’espèce depuis 2003 afin de s’assurer qu’on protège le plus gros poisson osseux de la planète.

Le 25 aout, notre collaborateur Renaud Pintiaux s’exclame devant le repas d’un phoque gris : une raie épineuse. Des oiseaux marins veulent aussi en prendre un morceau. Pendant de longues minutes, le photographe observe la querelle entre les oiseaux et le phoque, qui engouffre le plus vite possible sa proie.

Cette même journée, devant le cap de Bon-Désir aux Bergeronnes, le narval nage à nouveau parmi des bélugas. Puis, le vent se lève et efface leurs traces, ne laissant qu’un souvenir d’observation impérissable pour les personnes chanceuses qui y étaient.

Où sont les baleines cette semaine? Voilà ce que nos collaborateurs et collaboratrices ont vu!

Ces observations donnent une idée de la présence des baleines et ne représentent pas du tout la répartition réelle des baleines dans le Saint-Laurent. À utiliser pour le plaisir!

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Observations de la semaine - 27/8/2020

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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