Avec les bélugas: semaine du 3 octobre 2016

  • Aperçu d’une flèche à biopsie sur un mâle béluga. La taille du flanc et la masse imposante de ce mâle sont impressionnantes © Antoine Simond
    Aperçu d’une flèche à biopsie sur un mâle béluga. La taille du flanc et la masse imposante de ce mâle sont impressionnantes / View of a biopsy arrow on a male beluga. The size of this male's flank and its imposing mass are impressive © Antoine Simond
    25 / 10 / 2016 Par Équipe du Bleuvet

    Cette semaine, nous laissons la parole à Antoine Simond, qui a passé deux semaines à bord du Bleuvet en septembre 2016, pour récolter des bactéries sur la peau des bélugas…

    Des bactéries sur la peau des bélugas 

    L’automne est déjà bien avancé, le froid se fait ressentir de plus en plus. Cela fait environ un mois que je suis revenu de ma dernière période d’échantillonnage de bélugas du Saint-Laurent. Lorsque je repense à ces deux semaines de travail, un tas de souvenirs mémorables et de somptueuses images refont surface.

    Durant deux semaines, je me suis joint à l’équipage du Bleuvet pour récolter des échantillons de microbiote vivant sur la surface de la peau des bélugas. Pourquoi? Des chercheurs de Colombie-Britannique — Caren Helbing (University of Victoria) et Fiona Brinkman (Simon Fraser University) — ont récemment observé que la composition du microbiote cutané chez les grenouilles peut refléter un état de contamination à des perturbateurs endocriniens. Nous inspirant de cette observation, nous nous demandons s’il serait possible d’avoir un aperçu facile et rapide de l’état de contamination des bélugas du Saint-Laurent, simplement en prélevant des frottis de la surface de leur peau…

    Mais il nous faut d’abord valider cette technique. De plus, il ne faut pas oublier que les cétacés sont presque constamment immergés et exposés à diverses masses d’eau, donc leur composition microbienne peut varier drastiquement. Dans un premier temps, il nous faut donc: prouver que l’on peut déceler la présence de microorganismes sur la peau des bélugas et pouvoir discriminer les microbes qui proviennent de leur milieu et ceux qui sont propres aux bélugas.

    Pour cela, nous devons prélever les microorganismes sur la peau des bélugas, ainsi que des échantillons d’eau qui nous permettront de détecter les microorganismes de l’eau dans laquelle les bélugas étaient présents lors de la prise d’échantillons.

    Ce projet est réalisé en collaboration avec Jonathan Verreault (UQAM) et Magali Houde (Environnement et Changement climatique Canada).

    Une campagne d’échantillonnage pleine de surprises

    Le 12 septembre 2016, à 7 h 30, je m’apprête à partir pour ma première journée d’échantillonnage à bord du Bleuvet. Je suis un peu nerveux. Ai-je oublié du matériel? Mon protocole est-il suffisamment au point? Récolterons-nous assez d’échantillons?  Après avoir mis en place tout mon matériel, je vérifie une dernière fois que tout y est. J’ai installé mon « laboratoire » dans l’habitacle du bateau, où je passerai l’essentiel de mon temps au cours des deux prochaines semaines.

    Vue du « laboratoire ». En bas de l’image, on peut apercevoir un pack d’écouvillons stériles qui me permettront de récolter les microorganismes sur la peau des bélugas ainsi que dans l’eau © Antoine Simond

    Vue du « laboratoire ». En bas de l’image, on peut apercevoir un pack d’écouvillons stériles qui me permettront de récolter les microorganismes sur la peau des bélugas ainsi que dans l’eau © Antoine Simond

    Je suis accompagné du capitaine, Michel Moisan, et de son assistant, Tim Perrero — qui s’occuperont d’identifier les groupes de bélugas et de les prendre en photos — et de Véronique Lesage (Pêches et Océans Canada) — qui me permet généreusement de participer à sa campagne d’échantillonnage. Véronique est l’initiatrice de cette campagne et son objectif est de récolter un nombre suffisant de biopsies de bélugas pour y doser les hormones contenues dans leur gras. La récolte des échantillons microbiens n’entravant en rien la prise et l’état de ses biopsies, la combinaison de nos projets permet donc une belle optimisation d’échantillonnage.

    La première semaine est presque décourageante. Après de nombreuses heures sur l’eau durant sept jours d’affilés, nous avons récolté moins de 20 biopsies. La brume, le vent, la pluie, puis la brume s’enchainent, ce qui nous contraint à rester essentiellement dans le secteur du Saguenay. Le Saguenay, c’est très beau, mais nous rencontrons souvent les mêmes individus, qui sont en général moins faciles à approcher. Nous sommes encore loin de notre objectif, mais la partie n’est pas terminée. Quelques jours plus tard, une accalmie climatique s’installe, mais les animaux demeurent difficiles à approcher. Quatre jours avant la fin de la campagne d’échantillonnage, nous avons accumulé seulement une trentaine de biopsies sur les 70 attendues. Pourrons-nous récolter plus de 30 biopsies en quatre jours? C’est réalisable en théorie, mais étant donné le comportement des animaux lors des jours précédents, nous avons peine à croire à un tel exploit. Mais la chance commence à nous sourire: nous récoltons dix biopsies ce jour-là! Le jour suivant, les croisiéristes nous annoncent des bélugas au large des Escoumins. Contre toute attente, nous tombons nez à nez avec un vaste troupeau de bélugas, essentiellement des mâles. Le troupeau est énorme. Il y a des taches blanches partout à l’horizon. Cela semble irréel! De plus, les animaux sont coopératifs. Pour couronner le tout, nous rencontrons sur notre route le narval de l’estuaire du Saint-Laurent, observé quelques semaines auparavant. Cet énorme troupeau resta dans la même zone les deux jours restants.

    Ces circonstances fortuites des derniers jours nous auront permis de réaliser l’exploit de récolter près de 80 biopsies au total. Ces précieux échantillons représentent une très belle réussite pour le projet de Véronique ainsi que le mien, mais également pour la population des bélugas du Saint-Laurent, pour qui nos résultats permettront peut-être un jour une meilleure protection.

     

     

    BLV120820_1123Le Bleuvet est le bateau de recherche du GREMM et de l’Institut national d’écotoxicologie du Saint-Laurent dédié au programme de recherche sur les bélugas du Saint-Laurent. Son équipe, dirigée par Robert Michaud, directeur scientifique du GREMM, est composée de Michel Moisan, Tim Perrero et Simon Moisan.