Avec les bélugas… à toute vitesse!

  • Les bélugas nagent à la queue leu leu vigoureusement. Au-dessus d'eux vole le drone utilisé pour les photographier, afin de mesurer leur indice corporel. © GREMM
    03 / 10 / 2018 Par Marie-Ève Muller

    Ciel bleu royal sans nuage, vent faible, mer lisse. Les conditions sont réunies pour une journée de photo-identification et de photogrammétrie efficace. Il ne reste qu’à rejoindre les bélugas. À bord du Bleuvet, nous prenons donc le large.

    Il n’aura fallu que quelques minutes pour qu’un troupeau de bélugas d’environ trente individus surgissent autour de nous, à bonne distance. Nous choisissons de commencer nos efforts de recherche auprès d’un petit groupe. Albert Michaud, le pilote de drone, installe son équipement, tandis que Timothée Perrero, capitaine ce jour-là, positionne le bateau. Sophie Bédard grimpe sur le toit et commence à enregistrer vocalement des données: composition du groupe, vitesse de nage (très active), distance, etc. Tout est en place, et Timothée s’arme d’un casque et de gants de cuir pour manipuler le drone. Une mauvaise manœuvre pourrait le blesser gravement : toutes les précautions sont nécessaires!

     

    Grâce au drone, nous pouvons obtenir des données précieuses sur les bélugas. Toutefois, sa manipulation demande dextérité et prudence. © GREMM

     

    Une fois le drone dans les airs, Timothée court à la roue pour positionner à nouveau le navire. Sophie photographie les flancs des bélugas qui se font photographier en même temps du haut des airs par le drone. Les bélugas progressent rapidement, et il faut être plus qu’efficace pour les suivre. Au bout d’une trentaine de minutes, le groupe nous a semés. Albert ramène le drone à bord, Timothée revêt à nouveau ses protections pour attraper l’engin volant et nous consignons les données de vol.

     

    Observer et noter, conduire, piloter le drone (on peut voir le pilote par la fenêtre): les trois assistants de recherche cohabitent dans peu d’espace pour étudier les bélugas. © GREMM

     

    Où aller, maintenant? Au même moment où nous nous posons cette question, un bateau de recherche de Parcs Canada nous informe qu’un large troupeau se trouve à mi-chenal entre Les Escoumins et Les Bergeronnes. Nous passons sans nous arrêter avec regret devant des groupes de rorquals communs et des rorquals à bosse pour aller trouver les bélugas. Mais lorsque nous arrivons à leur hauteur, c’est le comble. Environ 150 bélugas nagent par petits groupes un derrière l’autre. «Je n’ai jamais vu ça, des bélugas en file comme ça dans des aussi gros groupes serrés et avec ce dynamisme-là!», s’étonne Timothée. Les bélugas nagent tous dans la même direction avec vigueur, la même que celle du troupeau précédent.

     

    Albert pilote le drone à l’aide du petit écran. La transparence de l’eau permet de bien observer les bélugas. © GREMM

     

    On lance le drone à nouveau. Un petit rorqual souffle parmi les bélugas, quelques phoques gris sont observés ici et là. Les bélugas poursuivent leur route et nous les suivons, presque jusqu’à Tadoussac. Pendant près de deux heures, nous photographions les bélugas pour consigner leur taille corporelle et les identifier. Finalement, le vent nous oblige à ramener le drone à bord. On coupe les moteurs, le temps de casser la croute. La pause ne dure pas très longtemps, nous tentons notre chance dans le Saguenay, où les vents devraient être plus cléments. Peu après la ligne de passage des traversiers, nous croisons des bélugas adultes accompagnés de jeunes gris et de nouveau-nés. Le troupeau est très dispersé et il est plutôt difficile de prévoir où ils sortiront. Nous poursuivons plus en amont, et croisons encore une fois un groupe de bélugas pressés d’aller quelque part. Est-ce le même troupeau croisé en début de matinée? À la vitesse où ils vont, difficile à dire. L’analyse des photos nous permettra peut-être de la savoir.

     


    Le Bleuvet est le bateau de recherche du GREMM et de l’Institut national d’écotoxicologie du Saint-Laurent dédié au programme de recherche sur les bélugas du Saint-Laurent. Son équipe, dirigée par Robert Michaud, directeur scientifique du GREMM, est composée de Michel Moisan et Tim Perrero et à l’occasion, de Sophie Bédard, Mathieu Marzelière et d’Albert Michaud.