Ciel bleu royal sans nuage, vent faible, mer lisse. Les conditions sont réunies pour une journée de photo-identification et de photogrammétrie efficace. Il ne reste qu’à rejoindre les bélugas. À bord du Bleuvet, nous prenons donc le large.

Il n’aura fallu que quelques minutes pour qu’un troupeau de bélugas d’environ trente individus surgissent autour de nous, à bonne distance. Nous choisissons de commencer nos efforts de recherche auprès d’un petit groupe. Albert Michaud, le pilote de drone, installe son équipement, tandis que Timothée Perrero, capitaine ce jour-là, positionne le bateau. Sophie Bédard grimpe sur le toit et commence à enregistrer vocalement des données: composition du groupe, vitesse de nage (très active), distance, etc. Tout est en place, et Timothée s’arme d’un casque et de gants de cuir pour manipuler le drone. Une mauvaise manœuvre pourrait le blesser gravement : toutes les précautions sont nécessaires!

Une fois le drone dans les airs, Timothée court à la roue pour positionner à nouveau le navire. Sophie photographie les flancs des bélugas qui se font photographier en même temps du haut des airs par le drone. Les bélugas progressent rapidement, et il faut être plus qu’efficace pour les suivre. Au bout d’une trentaine de minutes, le groupe nous a semés. Albert ramène le drone à bord, Timothée revêt à nouveau ses protections pour attraper l’engin volant et nous consignons les données de vol.

Où aller, maintenant? Au même moment où nous nous posons cette question, un bateau de recherche de Parcs Canada nous informe qu’un large troupeau se trouve à mi-chenal entre Les Escoumins et Les Bergeronnes. Nous passons sans nous arrêter avec regret devant des groupes de rorquals communs et des rorquals à bosse pour aller trouver les bélugas. Mais lorsque nous arrivons à leur hauteur, c’est le comble. Environ 150 bélugas nagent par petits groupes un derrière l’autre. «Je n’ai jamais vu ça, des bélugas en file comme ça dans des aussi gros groupes serrés et avec ce dynamisme-là!», s’étonne Timothée. Les bélugas nagent tous dans la même direction avec vigueur, la même que celle du troupeau précédent.

On lance le drone à nouveau. Un petit rorqual souffle parmi les bélugas, quelques phoques gris sont observés ici et là. Les bélugas poursuivent leur route et nous les suivons, presque jusqu’à Tadoussac. Pendant près de deux heures, nous photographions les bélugas pour consigner leur taille corporelle et les identifier. Finalement, le vent nous oblige à ramener le drone à bord. On coupe les moteurs, le temps de casser la croute. La pause ne dure pas très longtemps, nous tentons notre chance dans le Saguenay, où les vents devraient être plus cléments. Peu après la ligne de passage des traversiers, nous croisons des bélugas adultes accompagnés de jeunes gris et de nouveau-nés. Le troupeau est très dispersé et il est plutôt difficile de prévoir où ils sortiront. Nous poursuivons plus en amont, et croisons encore une fois un groupe de bélugas pressés d’aller quelque part. Est-ce le même troupeau croisé en début de matinée? À la vitesse où ils vont, difficile à dire. L’analyse des photos nous permettra peut-être de la savoir.

Carnet de terrain - 3/10/2018

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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