Nécropsie d’une baleine rare

  • Baleine à bec, île aux Pommes, 3 juillet 2013
    © Gaston Déry
    10 / 07 / 2013 Par Véronik de la Chenelière -

    Le 3 juillet, Urgences Mammifères Marins a reçu un appel du propriétaire d’une petite île privée en face de Trois-Pistoles, dans l’estuaire du Saint-Laurent. Et c’était pour une trouvaille hors du commun: une carcasse de baleine à bec! Ce groupe de baleines est plutôt mystérieux: adeptes de la plongée profonde et préférant les eaux du large aux zones côtières, certaines espèces ne sont connues que par quelques spécimens échoués.

    Gaston Déry, propriétaire de l’île aux Pommes, nous parle de sa découverte. :

    • Crédit: © Gaston Déry
    • Nécropsie et récupération du squelette

      La carcasse de l’île aux Pommes est celle d’une baleine à bec de Sowerby, un mâle juvénile. Le vétérinaire Stéphane Lair s’est rendu sur place pour faire la nécropsie, le 4 juillet. La carcasse était fraiche, mais la cause de la mort n’a pu être déterminée. Une équipe du GREMM était également sur place pour récupérer le squelette après la nécropsie, afin d’ajouter ce spécimen rare à la collection du Centre d’interprétation des mammifères marins de Tadoussac.

      En juin 2006, une baleine à bec de Sowerby s’était échouée au parc national de Forillon; ce printemps, un jeune mâle a été trouvé à l’Île-du-Prince-Édouard.

      Ce vidéo montre l’équipe au travail. Attention, les images peuvent déranger certaines personnes. Les explications ci-dessous permettent de mettre les images en contexte.

      • Crédit: © GREMM
      • 0:03 – La baleine était submergée à marée haute, difficilement repérable même.
      • 0:07 – Arrivée des équipes chargées de la nécropsie et de la récupération de la carcasse : Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal et GREMM
      • 0:10 – Préparation du matériel
      • 0:12 – La carcasse a été tirée à l’extérieur de l’eau pour faire la nécropsie sans contraintes de temps liées aux marées – la carcasse n’était pas complètement échouée sur le fond, donc relativement facile à bouger.
      • 0:16 – L’équipe de Stéphane Lair se prépare pour la nécropsie et la récupération des organes
      • 0:20 – Documentation de la morphologie de la baleine, comme c’est une espèce très peu étudiée. On s’attarde au « flipper pocket », typique des cachalots et baleines à bec, de grands plongeurs
      • 0:23 – Identification du sexe avec la position de la fente génitale, de l’anus et du nombril.
      • 0:29 – La paire de dents est typique chez le mâle, loin de l’extrémité du bec. Ici, la petite taille des dents revèle qu’il s’agit d’un jeune.
      • 0:34 – Longueur totale mesurée du bout du rostre à l’échancrure de la queue: 4,69 m.
      • 0:47 – Typique des baleines à bec : la queue est droite, sans échancrure. La baleine avait été sécurisée pour ne pas qu’elle reparte avec les marées.
      • 0:50 – Le dépeçage commence. L’objectif : ouvrir la section abdominale pour dégager les organes, retirer la couche de peau et de gras et ensuite les muscles pour dégager le squelette. La couleur de la chair indique que la carcasse est fraîche.
      • 0:59 – Un vétérinaire décrit les conduits respiratoires.
      • 1:09 – Le système respiratoire (poumons et trachée) et le coeur
      • 1:12 – On voit l’estomac, dans lequel se trouvent des otolithes de poissons, ce qui suggère que la baleine s’est alimentée quelques jours avant de s’échouer. L’analyse des otolithes permettra d’identifier les proies ingérées.
      • Une fois le squelette dégagé, il a été empaqueté et ramené à Tadoussac. Il repose maintenant à la Ferme cinq étoiles, où la décomposition naturelle suivra son cours. Puis, les prochaines étapes seront le nettoyage et le dégraissage du squelette, et enfin le montage.