Une sortie dans l’estuaire maritime: beaucoup de route et peu de rencontres

  • B315
    © René Roy
    01 / 10 / 2014 Par René Roy

    René Roy est un cétologue amateur, passionné de la mer et des baleines, résidant à Pointe-au-Père, dans le Bas-Saint-Laurent. Depuis plusieurs années, il entreprend des expéditions de photo-identification pour le compte de la Station de recherche des îles Mingan (MICS), principalement en Gaspésie. Il est également bénévole pour le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.

    Le 27 septembre, après plusieurs journées venteuses, le temps se calme. Je décide de sortir en mer. J’opte pour le secteur de Matane peu sillonné ces derniers temps. «Pas de souffles visibles depuis la côte», me dit-on, mais, qui sait, les animaux sont peut-être plus au large.

    Deux amis se joignent à moi pour prêter main-forte pour le pilotage et la prise de données. Jérôme et Benny sont deux observateurs réguliers du coin. Nous partons de la marina de Matane à 8 h 30 en direction de la pointe Manicouagan, sur la rive nord, à l’ouest de Baie-Comeau. En passant devant le quai commercial, nous remarquons un souffle. Un petit rorqual s’alimente activement en cette matinée froide.

    À mi-chemin entre les deux rives de l’estuaire, nous apercevons un grand souffle à 200 m devant nous. La «robe» mouchetée d’un rorqual bleu scintille dans la lumière. C’est de toute beauté. Nous arrêtons le bateau dans le «pas» du géant. Ce remous à la surface de l’eau persiste même après la disparition de l’animal sous l’eau, voire jusqu’à plusieurs minutes quand la mer est calme.

    Sept minutes passent, le rorqual refait surface. Il se trouve dans une talle de nourriture. Sur 325 mètres de profondeur, les 200 premiers mètres apparaissent orangés sur mon échosondeur indiquant une densité plus importante de proies à cet endroit. L’animal se déplace tranquillement ce qui permet de prendre plusieurs photos d’identification. Après une dizaine de plongées, qu’il exécute presque au même endroit et en levant la queue, nous le quittons. Il est toujours déchirant de laisser derrière soi un géant si impressionnant, mais d’autres animaux sont à découvrir.

    Nous arrivons près de la pointe Manicouagan et nous prenons la direction de l’est, vers Pointe-des-Monts. À une vitesse constante d’environ 15 nœuds, nous parcourons 35 milles marins. Aucun souffle en vue. Au large de Pointe-des-Monts, le courant s’intensifie et il y a des remous. Des mouettes tridactyles, plusieurs espèces de goélands et des petits pingouins s’y alimentent. Ils ne sont pas les seuls, un petit rorqual sort devant nous. Nous le suivons quelques minutes avant qu’il ne plonge à nouveau.

    Le cap est mis cette fois sur la rive sud, vers Grosses-Roches. En route, nous rencontrons quelques marsouins communs et des nuées d’eiders à duvet qui s’envolent juste avant notre passage.

    La journée se termine, nous retournons vers Matane. Nous ne voyons pas de souffle au cours de ces derniers milles marins, malgré le soleil d’après-midi qui offre une visibilité idéale pour les repérer. Tout comme les vagues, les souffles brillent dans cette lumière.

    C’est 104 milles marins que nous avons parcourus aujourd’hui pour rencontrer un rorqual bleu, deux petits rorquals et quelques marsouins communs; une mince récolte d’informations pour un grand territoire. Mais comme disent les chercheurs du MICS: «peu ou pas de baleines, c’est aussi des données importantes». Il faut dire aussi que la journée a été agréable et en bonne compagnie.

    La journée sur l’eau est terminée, mais je dois télécharger les photos sur mon ordinateur pour tenter d’identifier le rorqual bleu. Qu’il lève la queue au moment de plonger facilite l’appariement. Il s’agit de B315 dans le catalogue du MICS. Ironiquement, ce rorqual bleu avait été vu six ans plus tôt par mes deux compagnons, Jérôme et Benny, quasiment au même endroit et à la même période de l’année. Plus tôt, sur l’eau, nous ignorions qu’il s’agissait du même individu.

    Les photos sont au crédit de René Roy