Le 16 juin en après-midi, la mer est lisse et silencieuse devant les Grandes-Bergeronnes. Soudain, deux larges dos noirs apparaissent. Les baleines nagent côte à côte, remontent à la surface presque en même temps et disparaissent, puis expirent deux souffles en ballon fusionnant en un immense nuage blanc. La première plonge, dévoilant une queue blanche et noire marquée d’un X, tandis que la deuxième la suit de près, montrant une queue presque entièrement noire. Les deux rorquals à bosse sont identifiés : H509 Tic Tac Toe et H710 Snowball.

Tic Tac Toe fait partie des rorquals à bosse résidente saisonnière de l’estuaire, c’est-à-dire qu’elle vient pratiquement chaque été. Par contre, son accompagnatrice est à sa première visite documentée dans le secteur du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent! Snowball visite habituellement la Gaspésie, selon les observations de la Station de recherche des iles Mingan (MICS), qui documente les grands rorquals dans le secteur gaspésien.

Nos observateurs en Gaspésie les avaient-elles vu passer avant leur arrivée dans l’estuaire? «C’est possible, il y a tellement de rorquals à bosse qu’on doit en manquer», s’exclame un croisiériste de la baie de Gaspé. «C’est le plus beau début de saison qu’on ait eu en 21 ans. Chaque matin, je fais mon repérage du haut du cap Bon-Ami, et ça me prend à peine 30 secondes pour compter 10 à 15 souffles!» Attention, ça ne veut pas dire qu’on voit autant d’individus en une seule croisière, les baleines peuvent se disperser dans un aussi vaste secteur.

Mais au cours de la dernière semaine, chaque sortie permet de voir au moins quatre individus d’au moins deux espèces. Des dizaines de petits rorquals s’alimentent directement dans la baie, tandis que les plus grandes espèces sont plutôt à l’entrée et au large. Parmi les individus identifiés dans leur secteur : le rorqual à bosse H379 Leprechaun.

Malgré le vacarme des cris des fous de Bassan, les souffles sonores de rorquals communs parviennent aux oreilles d’un naturaliste posté à l’ile Bonaventure. Les deux animaux nagent en synchronie. Cette nage est-elle une pratique pour un moment de chasse collaborative? Le naturaliste note aussi la présence de deux rorquals à bosse et d’un rorqual bleu.

Le 13 juin, du côté de Sept-Îles, un observateur s’exclame : «C’est extraordinaire! » Les baleines mangent en surface du krill qu’il peut voir. Et au bout du festin viennent des fèces rose-orangé. Rorquals communs, rorquals à bosse et un rorqual bleu partagent le festin. Des rorquals à bosse chassent en tandem.

En traversant des Escoumins jusqu’à Trois-Pistoles, des vacanciers sourient devant les dos blancs des bélugas. Avant de prendre le traversier, les vacanciers font du kayak et se font surprendre par un petit rorqual s’alimentant. À un moment, il pivote sur lui-même et montre à la surface son ventre gonflé par sa bouchée.

La présence des baleines n’est jamais certaine lors d’une séance d’observation, qu’on soit de la rive ou de la mer. L’équipe du MICS a fait une sortie «blanche», c’est-à-dire sans rencontre le 18 juin. D’autres observateurs aussi notent des journées sans observation, alors que le lendemain, ils ne les comptent plus. L’observation des baleines, c’est un fin mélange de patience, de passion et de chance.

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Légende pour les icônes de baleine

Bleu pâle: rorqual bleu
Gris pâle: petit rorqual
Gris foncé: rorqual commun
Noir : baleine noire
Turquoise : rorqual à bosse
Jaune: espèce inconnue

Légende pour les icônes de dauphin

Blanc: béluga
Brun: marsouin commun

Légende pour les icônes de phoque

Gris foncé: phoque gris
Brun: phoque du Groenland
Turquoise: phoque commun

Observations de la semaine - 20/6/2019

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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