Lorsque l’automne arrive et que les baleines quittent l’estuaire du Saint-Laurent pour l’hiver, le GREMM range ses bateaux et ferme les portes du Centre d’interprétation des mammifères marins (CIMM) jusqu’au printemps suivant. Toutefois, même lorsque le calme tombe sur Tadoussac et que les cétacés sont absents, nos équipes demeurent bien occupées! Que ce soit pour préparer la prochaine saison ou encore compiler des données, il y a toujours du pain sur la planche dans l’univers des baleines. Alors, que fait le GREMM pendant l’hiver?

L'envers de la recherche

Parmi toutes les espèces de cétacés étudiées par le GREMM, la plus emblématique est bien entendu le béluga du Saint-Laurent. Après avoir amassé des tas de photos, de vidéos et de biopsies des canaris des mers pendant l’été et une partie de l’automne, le temps est venu de faire de l’ordre dans tout ça!

Tout au long de l’hiver, l’une des tâches d’Alexandre Bernier-Graveline, professionnel de recherche du GREMM, est de traiter plus de 1000 photos et de visionner environ 130 minutes de vidéo prises pendant les sorties sur l’eau de son équipe. L’objectif? Identifier le plus grand nombre possible de bélugas, et, dans une certaine mesure, suivre leurs interactions sociales. Mais le focus principal est surtout de prendre leurs mensurations grâce aux photos aériennes prises par drone. Cette technique s’appelle la photogrammétrie et fournit des indicateurs importants sur la croissance et l’état de santé des bélugas.

Mais il s’agit aussi de retrouver la trace des 50 individus biopsiés pendant l’année pour le projet, effectué en parallèle, d’une doctorante. Cette dernière utilisera ces échantillons pour étudier la composition lipidique de leurs tissus, en plus d’y mesurer le niveau d’expression de certains gènes liés au métabolisme des lipides et de vérifier la présence de certains contaminants présents. Cela permettra d’évaluer la relation entre ces variables et la condition physique des bélugas du Saint-Laurent.

Côté grands rorquals, Timothée Perrero, lui aussi professionnel de recherche, est lui aussi plongé dans le traitement de photos et l’identification d’individus cet hiver. Ce travail en continu permet, notamment, d’élargir et de mettre à jour le catalogue du GREMM visant à les répertorier. Une attention particulière est accordée aux rorquals communs cette année : on veut, entre autres, estimer le degré et les patrons de fréquentation de l’estuaire des rorquals communs, ainsi que leur niveau de fidélité au site. Les marques d’interférence humaine, soit les cicatrices causées par les empêtrements ou les collisions avec les navires, sont aussi analysées dans le cadre de cette initiative.

Mais les tâches des équipes de recherche pendant la saison froide ne s’arrêtent pas au traitement de données et au «matchage» de baleines. «On a aussi beaucoup de planification et de rédaction à faire», affirme Alexandre Bernier-Graveline. «On doit rédiger des rapports, faire les demandes de financement pour nos projets, mener des campagnes de recrutement de personnel ou encore préparer nos protocoles pour l’été prochain», poursuit-il. Et ce n’est pas de tout repos. «Les délais sont parfois assez serrés pour remettre certains rapports, c’est arrivé souvent qu’on fasse des heures supplémentaires», raconte Timothée Perrero.

Toutefois, le jeu en vaut la chandelle! Les résultats issus de ces projets nous aident à mieux comprendre les baleines du Saint-Laurent afin de mieux les protéger.

Un hiver tranquille à Urgences Mammifères Marins

Été comme hiver, Urgences Mammifères Marins (UMM) répond à l’appel lorsqu’un mammifère marin mort ou en difficulté est rapporté. Mais, contrairement à l’année dernière, très peu de cas ont été enregistrés depuis l’arrivée de la glace. «Vraiment, l’hiver a été très tranquille», nous confie Anthony François, responsable des équipes d’intervention. Cette période calme est donc idéale pour faire l’entretien du matériel d’UMM, le dépôt de demandes de subvention et les suivis avec les bénévoles.

De surcroit, dans nos bureaux, un projet de longue date s’est complété dernièrement. Depuis maintenant un an, Méduline Chailloux, technicienne d’UMM, travaille au développement d’une nouvelle base de données pour le Réseaux québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Ce système, maintenant mis en place, permettra une meilleure gestion des cas, de la collecte de données et des tâches administratives. L’équipe est donc plus que prête pour le retour des cétacés dans l’estuaire et les défis qu’il faudra relever lors de la saison 2022!

On continue notre enquête sur le travail du GREMM en hiver la semaine prochaine!

Carnet de terrain - 13/4/2022

Elisabeth Guillet Beaulieu

Elisabeth Guillet-Beaulieu a rejoint le GREMM en tant que rédactrice scientifique au début de l'automne 2021. Depuis toujours, elle est animée par un amour inépuisable de la biologie marine et des milieux aquatiques, amour qui se manifeste aujourd'hui dans la poursuite d'une carrière scientifique. Détentrice d'un baccalauréat en sciences biologiques, cette enthousiaste de l'environnement et de la conservation des milieux naturels a rejoint l'équipe de Baleines en direct dans l'espoir de partager sa passion contagieuse des mammifères marins tout en achevant sa maîtrise en environnement et développement durable.

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