Nous ne voudrions pas être un capelan…

  • Des rorquals à bosse s'alimentent de capelans au large de l'ile d'Anticosti. © MICS
    28 / 06 / 2018 Par Marie-Ève Muller

    Sont-elles cinq ou six sur cette photo? Leur bouche grande ouverte s’apprête à se refermer sur des masses de capelans frétillants. On voit sauter ces poissons dans les airs dans l’espoir vain de survivre à ce festin. Non loin, les oiseaux marins attrapent les capelans sonnés par le mouvement des géants. Prise dans la partie ouest du détroit de Jacques-Cartier, au nord de l’ile d’Anticosti, cette photo de rorquals à bosse du 25 juin démontre la manne de vie qu’a pu observer l’équipe de la Station de recherche des iles Mingan. Le chercheur Christian Ramp a pu comptabiliser cette seule journée 30 rorquals communs, 15 rorquals à bosse, 20 petits rorquals et une centaine de phoques du Groenland. Une telle agrégation d’espèces en un même secteur témoigne d’une quantité de proies impressionnantes!

    «Je ne voudrais pas être un capelan lorsque les fous de Bassan se jettent dans les bancs», nous écrit une naturaliste qui parcourt le secteur de Percé, de l’ile Bonaventure et du Rocher Percé. À bord du bateau de croisière où elle travaille, elle peut suivre la progression des abondants bancs de capelan par le mouvement des centaines de fous de Bassan qui plongent à toute vitesse. Le 21 juin, certains fous ont la panse tellement pleine qu’ils doivent régurgiter une partie de leur festin (parfois de 5 à 10 capelans!) pour pouvoir s’envoler. Cette journée, au large de la baie des Marigots, deux rorquals à bosse claquent la queue à la surface, une fois, deux fois, six fois! L’eau limpide permet de voir en transparence les nageoires pectorales blanches étendues en croix de chaque côté des corps voluptueux des mégaptères. Deux jours plus tard, les deux premiers rorquals communs de la saison dans ce secteur sont aperçus.

    Deux rorquals à bosse sont observés en présence de fous de Bassan le 25 juin entre la côte de Percé et l’ile Bonaventure, en Gaspésie. © Thomas Richard

    Du bout du quai de Percé, on peut voir les bancs de capelan et plusieurs de ces poissons portent des marques laissées par toute la faune qui tente de les engloutir ou encore par les accouplements répétés des mâles. Les guillemots marmettes, petits pingouins et mouettes tridactyles tentent eux aussi de mettre le bec sur cette chair bien grasse.

    Du côté de l’estuaire, à Franquelin, notre observatrice a le plaisir de noter la présence d’au moins deux espèces tous les jours cette semaine. Marsouins, petits rorquals, rorquals communs et phoques voyagent devant la rive. Le 26 juin, elle note trois rorquals communs nageant côte à côte. Les trois individus font l’aller-retour ensemble jusqu’à Baie-Comeau.

    À Tadoussac, les bélugas et les petits rorquals agrémentent les journées des employés du Centre d’interprétation des mammifères marins, dont les grandes fenêtres donnent sur le fiord du Saguenay. Deux rorquals communs sont identifiés dans le secteur du parc marin Saguenay-Saint-Laurent, soit Bp955, dit «Ti-Croche» et Bp918.

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    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique.

    Légende pour les icônes de baleine

    Gris pâle: béluga
    Gris foncé: rorqual commun
    Noir: petit rorqual
    Bleu clair: rorqual à bosse

    Légende pour les icônes de dauphin

    Brun: marsouin commun

    Légende pour les icônes de phoque

    Brun: phoque du Groenland
    Kaki: phoque commun

     


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques et des observateurs. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.