Les baleines à fanons : les principales responsables de l’effondrement mondial des stocks de poissons. La chasse aux baleines : une méthode efficace pour contrer ce déclin. Ces arguments issus des recherches scientifiques japonaises sèment la controverse depuis quelques années au sein de la Commission baleinière internationale (CBI). Certains pays des régions côtières comme les Caraïbes appuient ce modèle et se présentent en faveur d’une chasse aux cétacés pour la sécurité de leur économie, qui bien souvent, dépend des pêcheries. Cependant, plusieurs scientifiques questionnent ces affirmations. La chercheuse Lyne Morissette , de l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER), s’est penchée sur la question de l’impact des grands cétacés sur les écosystèmes tropicaux du Nord-Ouest africain et des Caraïbes. Les résultats de l’étude ont été publiés cette semaine dans la prestigieuse revue Science.

Pour ces recherches, la Dre Morissette et ses collègues des États-Unis, de l’Allemagne et du Canada ont réuni les données les plus récentes concernant les pêcheries et l’écologie des espèces marines afin de modéliser ces écosystèmes. Leurs résultats démontrent que même une élimination complète des baleines à fanons ne conduirait à aucune augmentation significative des stocks de poissons économiquement importants dans ces régions. Non seulement l’impact des baleines sur ces populations de poissons est quasi-inexistant, mais il est cent fois moindre que celui des pêches.

En fait, il n’y aurait pas de véritable compétition entre les baleines et les pêcheries dans les eaux tropicales. Premièrement, le régime alimentaire des baleines à fanons est fondamentalement différent de ce qui est capturé et en plus, pendant leurs séjours en eaux tropicales, les cétacés à fanons sont en période de reproduction et consomment très peu de nourriture. Le modèle établi par l’équipe indique même qu’éliminer complètement les baleines à fanons de ces eaux n’aiderait en rien les pêcheries. Au contraire, ce retrait pourrait nuire aux populations de poissons en raison de l’effet indirect des cétacés dans l’écosystème. « Le fonctionnement des écosystèmes est beaucoup plus complexe que cette explication linéaire et simpliste : moins de baleines, plus de poissons », commente Lyne Morissette.

Les recommandations des chercheurs : élargir le champ de recherche non pas seulement à la question « qui mange le poisson ? », mais à l’ensemble des composantes susceptibles d’avoir un impact sur les populations de poissons, tels les changements climatiques, la destruction d’habitats et surtout l’exploitation des ressources marines par les communautés locales et étrangères. Les auteurs ont aussi démontré que de légères modifications dans la gestion des pêcheries pourraient induire une réelle augmentation des populations de poissons.

Les scientifiques concluent que la chasse à la baleine n’est en aucun cas une solution aux problèmes de la pêche dans les pays en voie de développement. Les problèmes devraient plutôt être abordés dans un contexte plus large en tenant compte des méthodes et des efforts de pêche. Une gestion globale, qui tient compte de toutes les interactions possibles dans l’écosystème, couplée à une approche à long terme est davantage la clé du succès pour que les générations futures puissent profiter elles aussi des richesses marines exceptionnelles de ces eaux tropicales : la multitude d’espèces de poissons et la présence des grands voyageurs que sont les baleines. [ Science ]

Actualité - 19/2/2009

Équipe du GREMM

Dirigée par Robert Michaud, directeur scientifique, l’équipe de recherche du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) étudie en mer les bélugas du Saint-Laurent et les grands rorquals (rorqual à bosse, rorqual bleu et rorqual commun). Le Bleuvet et le BpJAM quittent chaque matin le port de Tadoussac pour récolter de précieuses informations sur la vie des baleines de l’estuaire du Saint-Laurent.

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