L’histoire du globicéphale noir qui se faisait prendre pour un béluga

  • Globicéphale à la dérive, 30 juin 2014 © Yves Carignan
    © Yves Carignan
    03 / 07 / 2014 Par Josiane Cabana

    Le 24 juin dernier, une bénévole d’Urgences Mammifères Marins, aussi naturaliste à bord d’un navire de croisière en Gaspésie, voit sa sortie en mer être interrompue par une carcasse à la dérive dans le secteur de Petit Gaspé. La baleine est blanche, a un front bombé et une dentition complète, jaunie et pointue. Elle pense spontanément à un béluga, mais après avoir examiné plus attentivement ses photos, une chose la fait hésiter, soit la forme de la nageoire pectorale. « Une sorte de grande nageoire courbée, comme une faux ». Cet appendice est typique du globicéphale noir, que l’on appelle en anglais Long-Finned Pilot Whale, soit baleine pilote à longue nageoire.

    Deux jours plus tard, on rapporte de nouveau dans le secteur de Saint-Georges-de-Malbaie, un béluga à la dérive près du quai. Puis six autres signalements pour un béluga mort sont enregistrés dans ce même secteur. L’allure de la tête et la taille de cette baleine en a trompé plus d’un! Une autre caractéristique du globicéphale, qui le distingue du béluga, en plus de sa couleur, est la présence d’une nageoire dorsale proéminente.

    La carcasse a été signalée aux chercheurs intéressés par la population de globicéphale noir de l’Atlantique, tel Hal Whitehead, professeur et chercheur à Dalhousie University en Nouvelle-Écosse, et a été sommairement étudiée ; il s’agit d’un mâle de 3,35 mètres, sans blessure apparente. Cette espèce n’est pas fréquente dans les eaux du Saint-Laurent. Le globicéphale noir est un résidant estival du golfe du Saint-Laurent, surtout de la péninsule gaspésienne et de la côte Est de Terre-Neuve.

    Quelques échouages d’individus isolés ont eu lieu dans le Saint-Laurent ainsi qu’un échouage collectif dans l’estuaire en 1920. À l’automne 2013, un individu s’était échoué vivant sur une plage de Grande-Entrée, aux îles de la Madeleine. On l’appelle aussi dauphin pilote en raison de ses échouages collectifs qui peuvent impliquer plusieurs dizaines d’individus, leur comportement grégaire semblant pousser les membres du groupe à suivre leur chef de file même jusque vers une mort certaine. L’incident des derniers jours impliquait seulement un individu. De nouvelles observations risquent d’être faites cet été, comme la carcasse ne sera pas enfouie ni récupérée et porte une étiquette au pédoncule avec le #163 et le numéro de téléphone 1-877-7baleine. À voir si ce globicéphale se fera prendre encore pour un béluga!