Les rorquals à bosse du sud du golfe du Maine s’alimentent sur le fonds de l’eau

  • 17 / 10 / 2013 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    Ce comportement s’ajoute à la variété des techniques de chasse déjà connues. Les scientifiques ont équipé les baleines de balises télémétriques, mais aussi d’une caméra, la Crittercam, embarquée sur le dos de l’un deux.

    Dans la baie de Cap Cod, au sud de Boston, les rorquals à bosse (Megaptera novaeangliae) passent une bonne partie de leur temps à rechercher et capturer leurs proies en nageant au plus près du fond de l’océan. Cette découverte surprenante a été livrée par une étude menée par des scientifiques états-uniens et publiée dans la revue Marine Mammal Science.

    Les biologistes ont fixé sur le dos de 19 rorquals à bosse une balise télémétrique (ou DTAG en anglais) avec une ventouse. Les enregistrements de cette balise ont été complétés par les images vidéo d’une caméra également fixée sur le dos d’un rorqual. Avec la Crittercam, une caméra de quelques centimètres, nous pouvons voir les déplacements et les mouvements de l’animal dans l’eau, son environnement, ainsi que les proies qu’il pourchasse.

    Rouler sur le fond

    Les rorquals à bosse longent le fond sous-marin en roulant leur corps sur le côté (bottom side-rolls ou BSRs, en anglais, pour caractériser cette manœuvre) pendant une durée moyenne de 14 à 36 secondes; le corps pivote sur lui-même avec un angle moyen variant de 80 à 120 degrés. L’intervalle moyen entre chaque BSR est de 24 à 63 secondes. Les scientifiques ont identifié trois types de manœuvres de rotation du corps: rotation simple, double rotation inversée et rotations répétitives. Ils considèrent que cette technique de chasse se différencie des autres techniques déjà connues, car les rorquals à bosse se déplacent lentement pendant la séquence. Pendant la séquence de chasse, les rorquals maintiennent un cap constant ou se déplacent dans différentes directions tout en roulant leur corps sur le côté.

    C’est donc une nouvelle technique d’alimentation de ces cétacés qui s’ajoute à la connaissance de la variété de leurs comportements de chasse. On sait déjà que ces rorquals utilisent notamment la technique de filets de bulles pour regrouper et piéger les bancs de petits poissons avant de les engouffrer, et qu’ils s’alimentent en surface quand leurs proies s’y trouvent.

    Des images comme si on y était

    Dans la vidéo présentée par le National Geographic, on peut donc vivre les plongées du rorqual de la surface jusqu’au fonds et voir son environnement, avec des images en couleurs et du son. Vers la fin de la vidéo, il est très net que le rorqual chasse tout près du fond sablonneux des petits poissons de forme allongée, très certainement des lançons selon les auteurs de l’étude, le lançon figurant au menu favori des rorquals à bosse avec le capelan et le hareng. Avec les images de la caméra et les données récoltées par les DTAGs, les rorquals à bosse effectuent ce type de comportement de chasse seul ou en coordination avec d’autres rorquals à bosse.

    Cette découverte est également importante du point de vue de la protection de ces rorquals à bosse. Étant donné qu’ils chassent tout près du fonds de l’eau, on sait désormais qu’ils sont très fortement exposés au risque de s’empêtrer dans des engins de pêche.

    La Crittercam a été inventée en 1986 par le biologiste marin Greg Marshall du National Geographic pour percer les secrets des comportements des animaux sauvages dans leur milieu naturel. À ce jour, une quarantaine d’espèces terrestres et marines ont été équipées de cette caméra.