Les polluants augmentent dans la chaîne alimentaire des eaux de l’Arctique

  • 03 / 05 / 2012 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    Chez les poissons et les mammifères marins, la présence de mercure s´accroît et les taux de certains polluants organiques persistants (POP) sont très élevés. Du phytoplancton aux humains, ils s´accumulent dans la chaîne alimentaire et sont nocifs à long terme pour la santé. Une étude documente d´ailleurs le transfert placentaire de nombreux POP des mères bélugas à leur fœtus.

    Selon un chercheur canadien, il y aurait deux fois plus de mercure chez le béluga et certains poissons qu´il y a vingt ans. Son commentaire émane des travaux présentés lors de la conférence de l´Année polaire internationale 2012 qui s ‘est déroulée du 22 au 27 avril 2012 à Montréal.

    Alors que le taux de mercure et de certains polluants est plutôt stable ou en baisse dans l´atmosphère de l´Arctique depuis une vingtaine d´années, la fonte de la banquise provoquée par les changements climatiques accroît la productivité du phytoplancton marin dans lequel les polluants se fixent. Ce métal lourd et ces POP s´intègrent dans la chaîne alimentaire et s´accumulent en passant d´un maillon à l´autre, du phytoplancton aux mammifères marins et humains avec des impacts très nocifs sur la santé des individus situés au sommet de la chaîne. Même à des doses minimes, leur toxicité chronique peut provoquer des effets à long terme comme l´apparition de cancers, la perturbation des systèmes nerveux, endocrinien et immunitaire, ainsi que la diminution de la capacité de reproduction.

    Les Inuits et les bélugas écopent

    Ce constat est préoccupant pour les Inuits qui s´alimentent au quotidien de poissons, de phoques et de bélugas. Depuis les années 1980, on connaît leur important degré d´exposition au mercure et aux POP, de même que les effets de cette combinaison toxique sur les systèmes neurologique et immunitaire des nourrissons transmise par le lait maternel.

    Quant au béluga, il est considéré comme une espèce sentinelle parce qu´il présente les plus forts taux de méthylmercure, la forme organique du métal, une des plus toxiques, car plus facilement absorbée par l´organisme.

    Des chercheurs soulignent l´augmentation inquiétante de nouveaux polluants persistants qui sont trouvés en concentration de plus en plus forte chez les mammifères marins. Parmi eux, on trouve les PBDE ou polybromodiphényléthers utilisés pour ignifuger les produits plastiques et les textiles, et les BPC ou biphényles polychlorés pour la fabrication de divers produits ou appareils industriels, ces derniers persistant dans l´environnement malgré l´interdiction de leur utilisation depuis 1988 au Canada.

    Le transfert placentaire des POP chez les bélugas

    Ces nouveaux polluants ont d´ailleurs fait l´objet d´une récente étude sur les bélugas (Delphinapterus leucas) de l ‘Arctique, menée par des chercheurs canadiens, et sur leur transfert de la mère au fœtus. En moyenne, 20 % des POP se transmettent pendant la gestation par la membrane du placenta et 80 % pendant l´allaitement, exposant les nouveaux nés à un des plus hauts taux de substances nocives pour leur système endocrinien qu´ils pourront rencontrer dans leur vie.

    L´étude (Transplacental transfer of polychlorinated biphenyls and polybrominated diphenyl ethers in Arctic Beluga Whales) a eu pour objectif de caractériser le transfert placentaire de toute une gamme de PBDE et BPC, appelés congénères. Entre 2008 et 2009, des échantillons ont été prélevés sur deux paires mère-fœtus capturées par les Inuvialuits lors de la chasse traditionnelle, une communauté vivant dans les Territoires du Nord-Ouest du Canada. C´est le gras de la couche profonde des nageoires pectorales des mères et de leur fœtus arrivant presque à terme qui a servi aux analyses. De 135 à 157 congénères de BPC et de 23 à 27 de PBDE ont été détectés chez les deux paires de bélugas. En moyenne, les mères transfèrent 11,4 % de leurs BPC et 11,1 % de leurs PBDE à leur fœtus.

    Les concentrations de la totalité des congénères des POP de la présente étude sont similaires à celles trouvées chez les bélugas de l´ouest et de l´est de l´Arctique, mais bien moins importantes que celles des bélugas du Saint-Laurent et de Norvège. [Le Monde, Setac Press]

    En savior plus

    Sur le site du Monde : L´accumulation inquiétante des polluants dans l´Arctique