Les mammifères marins souffrent de plus en plus de pathologies liées à la pollution

  • 02 / 05 / 2013 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    Les scientifiques observent la résurgence ou l’émergence de maladies infectieuses, virales ou parasitaires chez les espèces des zones côtières. Avec l’augmentation de la pollution, la frontière entre milieux terrestres et marins semble de plus en plus perméable pour ces maladies qui risquent aussi de se transmettre aux humains.

    C’est dans un récent article du National Geographic que des scientifiques s’expriment au sujet de ces pathologies. Ils commencent tout juste à comprendre comment différentes toxines liées à la pollution provoquée par les activités humaines peuvent tuer des mammifères marins ou les rendre vulnérables à des agents pathogènes en affaiblissant leur système immunitaire.

    Loutres de mer et dauphins

    En Californie, la microcystine, une toxine produite par une cyanobactérie ou algue bleu-vert, s’est avérée responsable des mortalités de loutres de mer en 2007. Or, cette toxine se trouve dans les lacs et rivières; elle prolifère lors d’épisodes d’efflorescence de ces algues, elle-même favorisée par les fertilisants agricoles et les eaux usées qui rejoignent les cours d’eau. La toxine a pu atteindre les eaux côtières lorsque le trop-plein du lac Pinto, à 4 km de la côte, s’est déversé dans le Pacifique. Il s’avère que cette toxine se fixe dans les crustacés – principale nourriture des loutres de mer – et qu’elle a une durée de vie très longue, même en eau salée.

    Dans l’estuaire Indian River Lagoon, en Floride, la population de quelque 280 grands dauphins est fortement affectée par des maladies probablement causées par des activités humaines. Dans leur corps, on trouve une quantité de mercure 20 fois plus importante que celle fixée comme acceptable pour la nourriture humaine par le gouvernement états-unien. Ces dauphins sont atteints depuis une trentaine d’années des virus de l’herpès et du papillome, certainement en raison de cette exposition au mercure. Quant à la lobomycose, une maladie provoquée par un champignon, son apparition date de quelques années chez ces dauphins et se propage en termes d’épidémie.

    Un peu plus au nord, en Géorgie, le quart d’une autre population souffre d’anémie et de déficit immunitaire. Ces dauphins sont depuis des décennies exposés à une forte concentration de polluants chimiques persistants (BPC) provenant de la fabrication industrielle de plastiques.

    Transferts et mutations

    Stephanie Venn-Watson, vétérinaire et directrice du One Health Medicine and Research Program au sein du National Marine Mammal Foundation (NMMF), explique que la communauté scientifique a déjà investi des millions de dollars dans la recherche sur l’émergence de ces nouvelles maladies, et plus particulièrement les virus. Mais le défi est de savoir de quels virus il faut se préoccuper en priorité. Certainement les plus fatals, pour que les populations puissent être vaccinées avant leur propagation. Elle cite l’exemple du virus de la rougeole qui a décimé la moitié de la population de dauphins sur la côte Est des États-Unis dans les années 1980. Un scénario similaire pourrait entraîner la disparition d’une petite population déjà en danger de disparition.

    Pour ces scientifiques, nous devons considérer ces espèces comme des sentinelles nous signalant que nous devons accorder plus d’attention à la santé des eaux marines côtières, en matière de recherche et de réglementation. Et réduire la pollution aura un impact sur la santé humaine, car nous consommons aussi des crustacés et des poissons de ces régions.

    Pour les virus, ils peuvent muter dans le corps d’un mammifère marin, revenir aux humains et muter encore sous une forme encore plus dangereuse. Ce risque existe même si le cas ne s’est pas encore produit. En 2011, un virus virulent de grippe aviaire a muté et affecté très sérieusement les phoques communs en Nouvelle-Angleterre.

    Dans le monde, trois quarts des maladies émergentes sont des zoonoses, c’est-à-dire naturellement transmissibles de l’animal à l’homme et vice-versa. En effet, le risque zoonotique augmente avec la circulation accrue et plus rapide des agents infectieux et parasitaires chez les animaux domestiques et sauvages.

    Sources: National Geographic, Science, Science Daily.