Quand on est passionné de baleines, on l’est vraiment. Depuis une quinzaine d’années, Renaud Pintiaux a tour à tour été bénévole, employé, collaborateur et à nouveau employé du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM). Parce que ça ne lui suffit pas d’analyser des photos de bélugas à longueur de semaine, Renaud profite de la fin de semaine pour aller observer la faune. Le 15 février, il se rend au cap de Bon-Désir, franchit les quelques kilomètres entre la route et les rochers pour se retrouver face au grand fleuve. À travers les glaces éparses, il repère un premier béluga tout blanc à environ 300 mètres de la rive. Quelques secondes plus tard, à une centaine de mètres du béluga en apparait un autre, cette fois gris : un jeune.

En effet, la peau des bélugas change de couleur avec le temps. À la naissance, ils sont couleur café au lait. Autour de la première année, ils deviendront gris foncé, presque bleu, ce qui leur vaut le surnom de bleuvet. Peu à peu, le gris pâlira, au point de devenir complètement blanc entre 12 et 16 ans. Grâce aux changements de couleur, les chercheurs et chercheuses peuvent déterminer approximativement l’année de naissance d’un béluga et mieux suivre la courbe de sa vie.

Contrairement aux rorquals à bosse observés il y a deux semaines, il n’est pas exceptionnel de voir des bélugas l’hiver. La population du Saint-Laurent réside à l’année ici. Les relevés aériens montrent que la majorité de la population passe l’hiver plus en aval, vers le golfe, que durant l’été où elle se trouve dans l’estuaire et dans le Saguenay.

Cette espèce habituellement trouvée en Arctique est bien adaptée aux conditions hivernales. Comme d’autres espèces trouvées en Arctique, telles que le narval ou la baleine boréale, le béluga n’a pas de nageoire dorsale. Cette nageoire permet aux baleines de perdre de la chaleur, ce qu’on appelle de la thermorégulation. Or, en eaux froides, cette particularité est plutôt une nuisance. En plus, la crête dorsale leur permettrait de briser plus facilement la glace mince sans se blesser pour respirer à la surface.

Saviez-vous que le nom du béluga vient du mot blanc, «bielo» en russe? Cette couleur est probablement un trait très utile lorsqu’on vit en Arctique. Nos bélugas dans le Saint-Laurent sont bien chanceux, ils n’ont pas de prédateurs. Toutefois, dans l’Arctique, les ours polaires les chassent. Leur couleur blanche leur permettrait de passer inaperçus entre les glaces et d’ainsi éviter d’être prédaté. Pour nous, observateurs et observatrices, cette couleur les rend particulièrement difficiles à repérer l’hiver.

Retournons au cap de Bon-Désir. Les bélugas observés ne sont pas seuls. Deux phoques communs et une quinzaine de phoques du Groenland nagent aussi dans les eaux libres de glace. Renaud observera encore des phoques le 18 février, cette fois directement du bureau du GREMM, situé au deuxième étage du Centre d’interprétation des mammifères marins à Tadoussac.

Plus loin sur la Côte-Nord, entre Port-Cartier et Sept-Îles, une vingtaine de phoques sont observés au large. La banquise est maintenant bien installée. Si des baleines passent dans la polynie — la zone exempte de glace — au centre du Saint-Laurent, les riverains et riveraines ne pourront pas les voir, alors qu’elles sont trop loin des berges.

Observations de la semaine - 20/2/2020

Marie-Ève Muller

Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017 et est porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins (RQUMM). Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.

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