Dans le Saint-Laurent, de nouvelles baleines continuent d’arriver et la diversité marine n’a d’égale que la variété de couleurs qu’arborent les arbres et les arbustes. Les feuilles se teintentde jaune, d’orange et de rouge tandis que sur l’eau, on peut voir les dos sombres des baleines noires de l’Atlantique Nord entre Mingan et Sept-Îles. On distingue les flancs blancs et jaunes des dauphins à flancs blancs à Pointe-des-Monts. Les secteurs de la baie de Gaspé et de Franquelin avaient comme point commun la présence d’une grande variété de cétacés! Des rorquals à bosse sont toujours présents en grand nombre, et deux rorquals communs bien connus sont identifiés.

Zipper et Ti-Croche

C’est une cicatrice en forme de fermeture éclair présente sur son flanc droit qui a valu son nom au rorqual commun Bp097, alias Zipper. Connue depuis 1994, cette femelle visite régulièrement l’estuaire. À l’époque, sa blessure était fraiche et encore vive. On l’attribue à une collision avec une hélice de bateau. Bien qu’elle soit aujourd’hui bien guérie, cette cicatrice est un rappel constant de l’importance de protéger les mammifères marins.

 

Le deuxième rorqual commun identifié est Bp955, alias Ti-Croche. Chez cet individu, c’est la forme de sa nageoire dorsale, qui est un peu croche, qui lui a valu son nom. Ti-Croche est la descendante de Capitaine Crochet, un rorqual commun qui était une véritable vedette de l’estuaire, mais qui a disparu bien tristement en 2013. C’est au printemps qu’elle a été aperçue, empêtrée dans un engin de pêche au crabe. Des tentatives de désempêtrement ont été entreprises, malheureusement sans succès. Capitaine Crochet n’a donc plus été revue depuis le 13 juin 2013, et tout porte à croire qu’elle est morte des suites de son empêtrement. Aujourd’hui, Ti-Croche et Zipper nagent librement dans les eaux du Saint-Laurent,porteuses d’espoir pour la conservation de cette espèce en voie de disparition. Ces histoires témoignent encore et toujours de la menace importante que représentent  les activités humaines.

La beauté dans l’estuaire

Aux visiteurs et visiteuses qui se demandent s’il reste encore des baleines dans l’estuaire, sachez que la saison est loin d’être terminée! Une grande diversité de mammifères marins est encore présente dans l’estuaire . Le Centre d’interprétation des mammifères marins demeure justement ouvert jusqu’à la fin octobre pour vous en parler

Par une belle journée d’automne, un groupe de cinq à six bélugas est aperçu dans la baie de Tadoussac en matinée. Plusieurs marsouins  et un phoque commun enrichissent les observations au Cap-de-Bon-Désir. Mais ce n’est pas tout! Lors d’une journée sur l’eau, dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, le bateau de recherche du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins a repéré plus de 200 de ces petites baleines blanches. Les dauphins à flancs blancs sont toujours présents, de même que plusieurs thons rouges bondissant parmi les vagues ici et là. Depuis la rive, on distingue aussi des petits rorquals, des phoques gris ou encore des rorquals à bosse. D’ailleurs, la saison semble loin d’être terminée pour ces derniers, puisque certains individus en profitent même pour visiter  l’estuaire pour la première fois cette année! Ces grands cétacés ne cesseront définitivement jamais de nous étonner.

Entre étourdissement et torticolis

Les remarques d’admiration fusaient cette semaine parmi les habitués: « C’était à n’en plus savoir où regarder »,« Le bonheur directement de la rive ». Définitivement, les observations ont été fructueuses à Franquelin pendant la dernière semaine! Entre tous ces cétacés, ces pinnipèdes et même des poissons, il y avait de quoi en avoir la tête qui tourne! Une passionnée des mammifères marins a eu la chance de voir plus de trois breachs de rorqual à bosse, l’animal tapant ensuite vigoureusement de la caudale à la surface de l’eau. « Un peu plus tard, d’un autre site d’observation terrestre, un spectacle de pectorales dans le soleil couchant, le son résonnant en écho sur la surface de l’eau calme. C’est toujours impressionnant à voir lorsque l’on est sur l’eau, mais là, de la rive, c’était inouï! », s’est-elle enthousiasmée. Un peu plus tard dans la semaine, c’est un groupe de trois rorquals à bosse qu’elle aperçoit, alors qu’un grand souffle au loin laisse présager l’apparition d’un rorqual bleu, même si cela reste à confirmer. Un résident partage aussi des observations incroyables : des marsouins communs, des phoques, des thons, mais aussi du krill et des petits rorquals qui s’alimentent dans des marées de lançons! À Baie-Comeau, des petits rorquals se sont aussi approchés du quai pour se nourrir, au grand plaisir de ceux et celles qui étaient présents pour les regarder. Depuis Pointe-des-Monts, un riverain a aussi pu voir des dauphins à flancs blancs ainsi que des phoques communs et des phoques gris.

Entre l’île d’Anticosti et la Côte-Nord, des baleines noires de l’Atlantique Nord ont été repérées par l’équipe de la station de recherche des îles Mingan (MICS). Cette espèce en voie de disparition a été présente dans le secteur une bonne partie de la saison. La baleine noire passe beaucoup de temps en surface et se déplace très lentement. Sa très faible réactivité au passage des bateaux est un important facteur de mortalité. Toutefois, ses comportements aériens sont impressionnants : elle bondit hors de l’eau et retombe bruyamment sur le dos ou le ventre, frappant la surface avec sa queue et ses nageoires pectorales.

À Gaspé, les rorquals à bosse réjouissent toujours autant les observateurs et observatrices. Après avoir passé une bonne partie de la saison dans la baie, ces grands cétacés se tiennent maintenant un peu plus loin, à quelques kilomètres du cap Gaspé. Ce n’est pas tout, la faune grouillait de vie : marsouins communs, petits rorquals et dauphins pouvaient aussi être vus. Lors d’une sortie sur l’eau, un habitué des baleines s’inquiétait quant à la santé de son cou : « [c’était] à en attraper un torticolis! Regarde à gauche, regarde à droite, en arrière, en avant. » Difficile de savoir où donner de la tête quand il y a autant de belles choses à voir, peu importe où se porte notre regard!

Où sont les baleines cette semaine? La carte des observations

Ces données ont été rapportées par notre réseau d’observatrices et observateurs. Elles donnent une idée de la présence des baleines et ne représentent pas du tout la répartition réelle des baleines dans le Saint-Laurent. À utiliser pour le plaisir!

Cliquez sur les icônes de baleine ou de phoque pour découvrir l’espèce, le nombre d’individus, des informations supplémentaires ou des photos de l’observation. Pour agrandir la carte, cliquez sur l’icône du coin supérieur droit. La carte fonctionne bien sur Chrome et Firefox, mais pas aussi bien sur Safari. Pour faire apparaitre la liste des observations, cliquez sur l’icône du coin supérieur gauche.
Observations de la semaine - 6/10/2023

Andréanne Forest

Andréanne Forest est rédactrice en chef de Baleines en direct depuis mai 2022. Après des études en environnement et en biologie, elle se tourne vers la communication scientifique dans l’objectif de rendre la science à la fois accessible et amusante. Andréanne souhaite mettre en lumière la démarche d’acquisition de connaissance tout en transmettant le désir d’apprendre.

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