Le dernier pêcheur de bélugas

  • Les fascines, ces perches disposées en demi-cercle, forment un enclos afin de retenir les bélugas lorsque la marée se retire. (Image tirée du film «Pour la suite du monde») © Office national du film du Canada
    16 / 08 / 2018 Par Aurélie Lagueux-Beloin - /

    Pêcher un béluga, quelle idée! Pourtant, sur la rive sud du Saint-Laurent, à une centaine de kilomètres en aval de Québec, la pêche aux marsouins blancs était une activité économique importante il y a encore quelques décennies. Alors que la Fête des chants de marins de Saint-Jean-Port-Joli résonnera dès le 17 aout, le Musée de la mémoire vivante de Saint-Jean-Port-Joli vous invite à plonger dans l’univers de la chasse (aussi appelée pêche) aux bélugas grâce à l’exposition virtuelle Le dernier pêcheur de marsouins. Dans le confort de son chez-soi, on y suit la famille Lizotte, du père, Joseph, propriétaire de la Compagnie de Pêche aux marsouins jusqu’à son fils Émile, le dernier pêcheur de la pointe de Rivière-Ouelle.

    Pêcher à la fascine

    À l’époque où elle se pratiquait, la pêche aux marsouins blancs n’a lieu que deux fois par année, mais elle demande une grande préparation. Émile Lizotte se remémore dans une entrevue colorée, datant de 1974, comment sa famille et lui doivent préparer les fascines, des perches qui retiendront les bélugas. Plongés dans l’eau glacée du Saint-Laurent jusqu’à la taille, ils les disposent en demi-cercle : « On tendait ça au froid. Pas d’homme voulait aller [dans l’eau]. Je peux bien avoir du rhumatisme dans une hanche! »

    Les bélugas qui visitent l’embouchure de la rivière, lors de la fraie du capelan, viennent s’y alimenter. Lorsque la marée se retire, ils se trouvent coincés entre les bancs de sable et les fascines placées par les Lizotte. « [Le marsouin] avait assez peur des perches, il revirait. Les perches pour [lui], c’était comme un mur », raconte Émile Lizotte. Pourquoi les bélugas n’osent-ils pas franchir cette clôture? Il semble que le bruit des perches qui vibrent sous l’effet du vent et des vagues les effraye. Comme ces animaux perçoivent leur environnement avec leurs oreilles, ces bruits devaient affecter leur capacité à communiquer et à s’orienter.

    La guerre aux bélugas

    La pêche miraculeuse de 1929 attire journalistes, photographes et dignitaires.  © Archives INESL

    L’exposition présente aussi un pan méconnu de notre histoire : la guerre aux bélugas. En 1929, alors que le krach boursier sévit, les pêcheurs de marsouins récoltent un nombre record de prises. Si la fin des années 20 est une période faste pour la population de bélugas, les pêcheurs, eux, constatent une baisse marquée des espèces de poissons visées par la pêche commerciale.

    Les bélugas sont rapidement désignés coupables, déclenchant la lutte aux bélugas. Des primes de 15$ — l’équivalent de 225$ en dollars de 2018 — sont offertes pour chaque queue de béluga ramenée à terre, nous rappellent des archives de journaux. Pourtant, les pêcheries ne se rétablissent pas et on continue à s’acharner: des troupeaux de bélugas sont bombardés à partir d’un petit avion.

    La fin des hostilités

    Après huit ans de guerre contre l’ennemi, le gouvernement procède à la première étude sur les habitudes alimentaires du béluga. Surprise! Les estomacs des bélugas ne contiennent pas de morue, mais plutôt des petits poissons comme le lançon et le capelan. Aucun lien entre les marsouins blancs et la diminution des pêcheries!

    Grâce aux souvenirs et aux histoires d’Émile Lizotte ainsi qu’à un travail minutieux pour rendre disponible des documents d’archives, l’exposition Le dernier pêcheur de marsouins retrace l’importance du béluga pour un territoire et surtout pour une communauté.

    Pour visiter l’exposition

    Le dernier pêcheur de marsouins

    Exposition virtuelle (en ligne depuis 2009)

    Créée par le Musée de la mémoire vivante

    Judith Douville, responsable de l’exposition

    Pour en savoir plus

    Musée de la mémoire vivante

    710, av De Gaspé Ouest

    Saint-Jean-Port-Joli (Québec) G0R 3G0

    Téléphone: 418 358-0518


    Aurélie Lagueux-Beloin est stagiaire à la vulgarisation scientifique depuis 2018. Aimant autant faire de la science qu’en parler, elle complète sa maitrise en biologie à l’Université du Québec à Montréal ainsi qu’un certificat en journalisme à l’Université de Montréal. Aurélie est touche-à-tout et s’intéresse autant aux baleines qu’aux dinosaures en passant par les bancs de krill!