Le Canada manque à ses responsabilités envers la biodiversité marine

  • 09 / 02 / 2012 Par Christine Gilliet – Mots et Marées

    Le rapport des experts mandatés par la Société royale du Canada constate que la préservation des océans n´est pas une priorité du gouvernement et que les lois mises en place n´ont pas été efficaces. Il dénonce le conflit d´intérêts dans la mission du ministère Pêches et Océans… Un bilan désastreux pour une nation maritime, des conséquences inquiétantes et des recommandations de fond.

    Ce groupe de dix experts scientifiques indépendants a commencé ses travaux en juin 2010 et a porté son analyse sur trois axes : les changements climatiques, les pêches et l´aquaculture, avec leur incidence sur la biodiversité marine canadienne. Selon ses résultats, il observe que les connaissances et les politiques existent, mais pointe « l´inaction systématique et navrante des autorités ».

    Inefficacité, conflit d´intérêts et engagements non tenus

    Le Canada n´a pas respecté ses engagements nationaux et internationaux en matière de préservation de la biodiversité marine. La Loi sur les océans, adoptée en 1996, dont la mise en œuvre est jugée inefficace par ces experts, devait encadrer des actions basées sur des principes de précaution envers les écosystèmes. Quant à la Loi sur les espèces en péril de 2002, elle n´a pas tenu ses promesses. Selon un rapport de l´Université Yale, les politiques canadiennes de protection de la biodiversité sont placées au 125e rang sur les 127 politiques nationales analysées.

    Bordé par l´Atlantique, le Pacifique et l´Arctique, le pays compte 797 zones protégées marines, c´est-à-dire moins de 1 % de la surface de ses océans, alors que son engagement international doit en créer 10 % d´ici 2020. En mai 2009, 9,4 % de l´environnement terrestre du Canada étaient protégés, grâce un rythme 20 fois supérieur à celui accordé à l ‘environnement marin au cours des 50 dernières années.

    « Il existe un conflit d´intérêts au sein du ministère Pêches et Océans Canada (MPO) entre son mandat de promouvoir l ‘activité industrielle et économique et sa responsabilité de préserver la vie marine et la santé des océans », affirme le rapport, qui dénonce les pouvoirs et les prises de décision discrétionnaires du ministre, sans objectifs clairs et précis.

    Déclins, menaces et conséquences

    Les changements climatiques ont un impact majeur, a souligné le professeur Hutchings, un des auteurs du rapport. « Les océans deviennent de plus en plus acides, les eaux profondes perdent leur oxygène au point de devenir impropres à la vie marine dans certains secteurs des eaux canadiennes. La glace de mer disparaît peu à peu de l´Arctique et le long des côtes du Labrador, de Terre-Neuve et du Golfe du Saint-Laurent. Tous ces changements affecteront profondément la vie aquatique et les écosystèmes qui l´abritent. »

    Pour les espèces de poissons et la pêche commerciale, principalement en Atlantique, cinq espèces majeures ont subi un déclin de 90 % depuis les années 1960: morue, plie, sébaste, grenadier de roche et raie tachetée. Vingt ans après l ‘effondrement des stocks de morue au large de Terre-Neuve, aucune cible et aucun échéancier n´ont été encore fixés pour la reconstitution de cette population.

    Quant à l´aquaculture, elle pourrait accélérer la propagation de parasites et de maladies, et menacer l´intégrité des espèces sauvages par le biais de croisements.

    Relever les défis rapidement

    Sept recommandations ont été présentées dans le rapport adressé au gouvernement, parmi lesquelles on trouve celles de résoudre le conflit d´intérêts du mandat de MPO; de réviser les lois canadiennes afin de les rendre conformes aux engagements nationaux et internationaux du Canada à l´égard de l´exploitation responsable et de la préservation de la biodiversité marine; d´accroître rapidement la cadence de mise en œuvre des dispositions législatives et des politiques; de fixer des objectifs opérationnels nationaux en matière de protection de la biodiversité marine, et établir des indicateurs et des cibles pour mesurer les progrès accomplis.[Société royale du Canada, Le Devoir, Presse canadienne, Nature]

    En savior plus

    Sur le site de la Société royale du Canada : Le maintien de la marine au Canada : relever les défis posés par les changements climatiques, les pêches et l´aquaculture