Dans le Pacifique Nord, des chercheurs ont détecté en 1989 et suivi pendant 12 ans les vocalises d’une baleine d’une fréquence inhabituelle de 52 hertz alors que celles des grands rorquals se situent entre 15 et 25 hertz. Et ses routes migratoires ne correspondent à aucune espèce. Qui est-elle? Une baleine malformée, un hybride, la dernière survivante d’une espèce disparue?

L’histoire de ce cétacé surnommé « la baleine 52 hertz » date de 2004 et est ressortie dans les actualités du mois de mars 2011 parce qu’elle a été évoquée dans un épisode de baladodiffusion très populaire aux États-Unis, le Dinner Party Download. De nombreuses interprétations et extrapolations figurent dans les articles des journalistes fascinés par les hypothèses émises en 2004 par les scientifiques.

Une équipe de biologistes spécialisés dans l’étude de l’acoustique des mammifères marins de la Woods Hole Oceanographic Institution, menée par William Watkins, puis par Mary Ann Daher, a pour la première fois repéré en 1989 les vocalises d’une baleine émises sur une fréquence de 50 à 52 hertz. Avec un suivi de douze ans, les chercheurs ont publié les résultats de leurs observations en octobre 2004 sur le site Internet ScienceDirect.

Une signature acoustique inconnue

Les vocalises de cette baleine ont été traitées et analysées parmi les données acoustiques enregistrées par les hydrophones déclassés de la Marine américaine, le US Navy Sound Surveillance System (SOSUS), utilisés pendant la guerre froide pour détecter les sous-marins soviétiques.

Mary Ann Daher a expliqué dans un article de décembre 2004 paru dans le New York Times que la signature acoustique était bien celle d’une baleine et d’une seule, mais qu’elle ne correspondait pas à celle d’un rorqual bleu, ni à celle d’un rorqual commun ou d’aucun autre grand cétacé, dont les vocalises ont été enregistrées par les mêmes hydrophones.

Ses voyages sont solitaires

De plus, l’équipe de chercheurs précise que le suivi de cette baleine a montré que ses déplacements ne s’apparentent pas à la présence ou aux migrations d’autres espèces de baleines. Ces déplacements, d’une longueur variant entre 700 et 11 000 km, étaient différents chaque année. La plupart du temps, les routes se situaient sur un axe nord-sud allant des côtes de la Californie aux îles Aléoutiennes, plus ou moins au large. De nombreux mouvements d’ouest en est et de petits parcours erratiques ont été enregistrés jusqu’à la partie centrale de l’océan Pacifique Nord, atteignant les limites de la zone d’écoute. Les émissions sonores ont été enregistrées entre août et décembre, et entre janvier et février.

Qui parle?

Ces chercheurs ont émis plusieurs hypothèses pour caractériser ces émissions sonores, notamment celle d’une malformation de l’animal, ou bien s’agit-il d’un hybride entre un rorqual bleu et une autre espèce.

Dans l’article du New York Times de 2004, la chercheuse Kate Stafford, du National Marine Mammal Laboratory à Seattle, dit que de bonnes raisons portent à croire qu’il s’agit d’un animal en bonne santé, puisqu’il a survécu pendant toutes ces années. Elle ajoute qu’on dirait que cette baleine dit: « Je suis là, mais personne ne me répond ».

Contactée aujourd’hui, Mary Ann Daher précise que le suivi de « la baleine 52 hertz » a continué jusqu’en 2007.[Slate.fr, Good, ScienceDirect, WHOI Oceanus, New York Times]

Pour en savoir plus:

Sur le site de ScienceDirect (en anglais seulement) : Twelve years of tracking 52-Hz whale calls from a unique source in the North Pacific

Actualité - 24/3/2011

Christine Gilliet

Articles recommandés

Deux nouveaux décès chez les baleines noires

En l'espace de quelques semaines, ce sont deux carcasses de baleines noires de l'Atlantique Nord qui ont été retrouvées au…

|Actualité 5/3/2021

Jour des baleines: quelques gestes pour participer à la qualité de vie des mammifères marins

La cause des cétacés préoccupe une foule de personnes dans le monde entier. Le 19 février est le jour international…

|Actualité 18/2/2021

Un rorqual commun sur deux est victime d’un empêtrement

Les rorquals communs qui fréquentent le golfe du Saint-Laurent sont beaucoup plus nombreux à porter des marques et cicatrices d’empêtrement…

|Actualité 11/2/2021