Identifier les espèces, avec humilité

  • © Mathieu Marzelière
    06 / 06 / 2019 Par Marie-Ève Muller

    Avant de commencer la tournée des nouvelles du large de la semaine (et il y en a une tonne cette semaine!), je reviens d’abord sur la vidéo publiée la semaine dernière. À la base, nous avons parlé d’un épaulard sautant. Toutefois, un lecteur attentif a soulevé l’hypothèse qu’il s’agissait peut-être d’une baleine noire de l’Atlantique Nord juvénile. Le doute semé, nous avons envoyé la vidéo pour validation à des spécialistes des épaulards et des spécialistes des baleines noires. Le verdict est clair: ce n’est pas un épaulard, mais bien une baleine noire juvénile avec une tache blanche sous le ventre! Vous voulez savoir comment on réussit à distinguer les deux espèces en saut? Lisez l’article Ce n’est pas un épaulard, mais bien une baleine noire! Identifiez les espèces sur le terrain et encore plus en vidéo est tout un défi, et il est toujours bon de se rappeler qu’il faut être humble devant nos observations.

    Petits poissons à travers les fanons

    Les mentions de «grosses baleines» près des côtes se sont intensifiées cette semaine. À Godbout, sur la Côte-Nord, des rorquals à bosse viennent frôler la côte pour un festin de capelan, si on se fie aux observations subséquentes de capelan roulant sur les plages. De nombreux oiseaux profitent de leurs manœuvres de rassemblement des proies pour chaparder quelques poissons en surface. Si cette fois-ci, les oiseaux récoltent une partie du travail des baleines, les baleines profitent parfois du travail des oiseaux. En Colombie-Britannique, des chercheurs ont documenté une technique bien particulière. Des rorquals à bosse restent immobiles la gueule grande ouverte formant une grande tache sombre que les poissons cherchent à atteindre pour fuir les attaques répétées des oiseaux. Les baleines n’ont alors qu’à avaler les malheureux fuyards.

    une queue de rorqual à bosse

    Des rorquals à bosse ont été observés très près de la côte à Godbout. La présence de nombreux oiseaux témoignent d’une abondance de proies. © Jacques Varin

    À Havre-Saint-Pierre, ce sont plutôt des petits rorquals en alimentation de surface qui sont observés, ainsi que des phoques gris.

    Au large de Sept-Îles, c’est l’abondance le 1erjuin. Dans le secteur, les observateurs notent six rorquals bleus, dix rorquals communs, des petits rorquals, un marsouin commun, des phoques du Groenland, des dizaines de phoques communs éparpillés et cinq rorquals à bosse. Parmi les rorquals à bosse nage une paire mère-veau. La femelle est identifiée à partir des photos de Jacques Gélineau par la Station de recherche des iles Mingan : il s’agit de H890. Toujours à Sept-Îles, le 5 juin, l’horizon est exempt de souffles. Est-ce que toutes les proies ont pris le large, les baleines à leur trousse?

    Dans la baie de Gaspé, les rorquals à bosse sont vus par dizaine, et les grands souffles des rorquals communs et des rorquals bleus titillent les observateurs confinés à la rive. Le 6 juin, un rorqual à bosse effectue plusieurs sauts devant le quai de l’ile Bonaventure.

    Tandis qu’elles commencent leur saison de terrain dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, les assistantes de recherche bénévoles du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) apprennent l’art de photographier les grands rorquals pour les identifier. Elles assistent avec joie aux manœuvres d’alimentation de surface des rorquals communs, qui, bouche béante, montrent leurs fanons couleur crème d’un côté et noir de l’autre. Cette asymétrie dans la coloration est un des traits caractéristiques de l’espèce. Une paire mère-petit rorqual est même filmée par un croisiériste. Les deux animaux semblent surfer dans les vagues.

    À Saint-Fabien, dans le Bas-Saint-Laurent, un observateur est bien surpris d’assister à l’alimentation de deux bélugas entourés d’eiders et de goélands. Les petits poissons se débattent dans les becs des oiseaux comme ils le font certainement entre les dents des bélugas.

    Et enfin, voici la carte des observations rapportées cette semaine. Elle donne une idée de la présence des baleines et ne représente pas du tout la répartition réelle des baleines dans le Saint-Laurent. À utiliser pour le plaisir!

    Cliquez sur les icônes de baleine ou de phoque pour découvrir l’espèce, le nombre d’individus, des informations supplémentaires ou des photos de l’observation.  Pour agrandir la carte, cliquez sur l’icône du coin supérieur droit. 

    Pour faire apparaitre la liste des observations, cliquez sur l’icône du coin supérieur gauche. 

    Cette carte représente un ordre de grandeur plutôt qu’un recensement systématique.

    Légende pour les icônes de baleine

    Bleu pâle: rorqual bleu
    Gris pâle: petit rorqual
    Gris foncé: rorqual commun
    Noir : baleine noire
    Turquoise : rorqual à bosse
    Jaune: espèce inconnue

    Légende pour les icônes de dauphin

    Blanc: béluga
    Brun: marsouin commun

    Légende pour les icônes de phoque

    Gris foncé: phoque gris
    Brun: phoque du Groenland
    Turquoise: phoque commun


    Marie-Ève Muller s’occupe des communications du GREMM depuis 2017. Comme rédactrice en chef de Baleines en direct, elle dévore les recherches et s’abreuve aux récits des scientifiques, des observateurs et observatrices. Issue du milieu de la littérature et du journalisme, Marie-Ève cherche à mettre en mots et en images la fragile réalité des cétacés.