Hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent: la fracturation hydraulique s’ajoute à la donne

  • 18 / 04 / 2013 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    Cette technique de forage est envisagée pour des projets d’exploration sur la côte ouest de l’île de Terre-Neuve pour extraire, avec un puits à l’horizontale, le pétrole des fonds sous-marins. Des citoyens s’inquiètent et se mobilisent, avec des défenseurs de l’environnement déjà impliqués sur le front du projet d’implantation d’une plateforme pétrolière sur le gisement Old Harry.

    Hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent: la fracturation hydraulique s’ajoute à la donne

    Cette technique de forage est envisagée pour des projets d’exploration sur la côte ouest de l’île de Terre-Neuve pour extraire, avec un puits à l’horizontale, le pétrole des fonds sous-marins. Des citoyens s’inquiètent et se mobilisent, avec des défenseurs de l’environnement déjà impliqués sur le front du projet d’implantation d’une plateforme pétrolière sur le gisement Old Harry.

    Les permis et les projets d’exploitation pétrolière et gazière sont nombreux dans le golfe du Saint-Laurent et sur ses bandes riveraines. On peut citer le projet d’implantation d’une première plateforme pétrolière et gazière sur le gisement Old Harry en plein centre du golfe du Saint-Laurent. Sur l’île d’Anticosti et en Gaspésie, le pétrole est convoité, ainsi que le gaz naturel aux îles de la Madeleine. Pour certains de ces projets en milieu terrestre, l’industrie prévoit recourir à la fracturation hydraulique.

    Des forums et un état des lieux

    Afin de voir clair dans ces projets et d’en savoir plus sur leurs moyens de forages et leurs impacts potentiels sur l’environnement et la vie socioéconomique des communautés, la Conférence régionale des élus Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (CRÉ-GÎM) a mis sur pied une série de forums sur les hydrocarbures afin de fournir un espace d’information et de discussion aux citoyens. Des rencontres locales auront lieu dans les prochaines semaines et le prochain grand rendez-vous régional est fixé pour le mois de juin.

    La Coalition Saint-Laurent a été invitée à ces forums pour présenter l’état des lieux du golfe. Cette coalition, créée en 2010, réclame pour le golfe du Saint-Laurent un moratoire sur l’exploration des hydrocarbures et une gestion intégrée de ses eaux par les cinq provinces riveraines. Elle regroupe 80 organisations et 4 500 citoyens inquiets des impacts et des enjeux liés à cette industrie qui veut exploiter les hydrocarbures du golfe avec des plateformes ou des bateaux de forage.

    Des préoccupations qui ont d’ailleurs augmenté avec les conclusions du rapport du commissaire à l’environnement et au développement durable du Bureau du vérificateur général du Canada, publié le 5 février 2013: la capacité d’intervention en cas de déversement d’hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent est nettement inadéquate; la garantie financière de 30 millions de dollars exigée des compagnies pétrolières pour contrer les dommages causés par un déversement est tout à fait insuffisante.

    Le golfe du Saint-Laurent, un milieu complexe avec des courants et vents forts, un couvert de glace hivernale, abrite un écosystème fragile avec plus de 6 000 espèces marines, dont certaines sont déjà placées sous un statut d’espèce en péril.

    Fracturer le lit du Saint-Laurent

    La fracturation hydraulique, une technique qui n’avait pas encore été envisagée pour le golfe du Saint-Laurent, entre en jeu pour extraire le pétrole dans les fonds marins du golfe. Des projets pétroliers ont été déposés récemment pour forer à partir de la côte ouest de l’île de Terre-Neuve: « Il est prévu de creuser un puits à la verticale, à 100 m de la rive, sur une centaine de mètres de profondeur, puis de continuer le forage par un puits à l’horizontale sur un à deux kilomètres, qui sera sous le lit du Saint-Laurent », explique Sylvain Archambault, coporte-parole de la Coalition.

    Le biologiste québécois revient d’une conférence qu’il a présentée le 7 avril dernier à Port-au-Port. Il rapporte que les inquiétudes des quelque 300 citoyens rassemblés sont énormes. Même si le projet n’est qu’à un stade préliminaire, la majorité d’entre eux est en désaccord avec le recours à la fracturation hydraulique comme technique de forage dans leur région et pour les eaux du Saint-Laurent. Sept groupes de citoyens se sont formés et réclament du gouvernement provincial une évaluation environnementale stratégique. D’autant plus que le premier site de forage serait installé dans une enclave d’une superficie de quelques centaines de mètres carrés à l’intérieur du parc national de Gros-Morne, site patrimonial de l’UNESCO. D’autres sites de forage sont envisagés sur la péninsule.

    Dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador, aucune réglementation concernant la fracturation hydraulique n’a été mise en œuvre. Un manque d’expertise sur ce moyen d’extraction est pointé, au niveau de la province aussi bien que chez la compagnie qui a déposé les projets. Des risques pour le paysage et pour l’environnement, notamment avec des impacts sur les écosystèmes, les pêches et le tourisme sont à craindre. En plus des fuites des puits et boues de forage inhérentes à tout forage, où seront stockées ou déversées les eaux de fracturation chargées de composés chimiques?[Coalition Saint-Laurent, Georgian, Western Star, Conférence régionale des élus Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Wikipédia]