Forages en mer : selon le Sénat, leur interdiction n’est pas justifiée

  • 26 / 08 / 2010 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    Dans un rapport de 80 pages, le Comité sénatorial permanent de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles du Canada se veut rassurant et ne trouve pas de justification pour une interdiction ou un moratoire pour les travaux d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures dans les eaux canadiennes.

    Rendue publique et publiée sur internet, cette étude s’est réalisée à la suite de la marée noire du golfe du Mexique causée par l’explosion de la plateforme pétrolière Deep Horizon de BP. Pendant une période de six semaines, le comité a tenu neuf audiences publiques télévisées, étudié de la documentation et entendu le point de vue de 26 témoins lors de séances à huis clos. De ce rapport, des constats et des recommandations sont présentés sur le régime d’implantation, les mesures de sécurité et les plans d’urgence d’intervention en cas de déversement. En conférence de presse, le président du comité, David Angus, a surtout insisté sur le fait que l’exploitation du pétrole et du gaz en milieu marin est une source essentielle de bénéfices économiques pour certaines régions du pays.

    Le projet Old Harry du golfe Saint-Laurent esquivé dans le rapport

    Le rapport fait le point sur les activités de prospection et d’exploitation dans l’Arctique, l’Atlantique et le Pacifique, mais il ne fait aucune mention du projet Old Harry, un gisement de pétrole et de gaz naturel se trouvant à 80 km au large des Île-de-la-Madeleine, sur un territoire dépendant de deux provinces, Terre-Neuve-et-Labrador et Québec. Si le gouvernement terre-neuvien se déclare favorable au démarrage des forages dès 2011, celui du Québec prévoit d’effectuer une évaluation environnementale stratégique (ÉES). De plus, un moratoire sur la délivrance de permis pour l’exploration de gisements de gaz et de pétrole dans l’estuaire et le golfe est en vigueur au Québec jusqu’en 2012.

    Le sénateur conservateur a également mis en garde contre toute comparaison entre la tragédie environnementale du golfe du Mexique et ce qui se produirait en cas de marée noire au large de Terre-Neuve-et-Labrador. Dans le sud des États-Unis, a-t-il dit, « il y avait des zones sensibles et des secteurs de pêche à proximité ». Selon lui, ce ne serait pas le cas ici, puisque les plateformes se trouveraient « au milieu de l’océan Atlantique ». Qui plus est, en cas de déversement, le pétrole «se disperserait probablement sans toucher de zones sensibles » et « ne souillerait probablement pas les côtes canadiennes, d’après ce qu’on a dit au comité ».

    Pourtant, le projet Old Harry se trouve dans le golfe Saint-Laurent, très proche de côtes, dans une mer semi-fermée animée par des courants de marée provenant de l’Atlantique et remontant le fleuve jusqu’à la ville de Québec. L’hypothèse d’un déversement dans cette zone si sensible n’a pas eu non plus la faveur de cette étude.

    Un rapport critiqué par sa partialité et ses impasses

    Des voix s’élèvent et critiquent ce rapport, le jugeant décevant pour la brièveté de son élaboration conduite en six semaines, les impasses faites sur les projets du Saint-Laurent, le manque de recul par rapport aux impacts à long terme sur les espèces marines du golfe du Mexique et la méthodologie appliquée se basant principalement sur des témoignages d’acteurs de l’industrie pétrolière.

    Le député néodémocrate Dennis Bevington a estimé que le rapport n’allait pas assez loin dans son analyse. « Ils ont choisi de n’entendre que le point de vue de l’industrie et du gouvernement et en sont restés là. Ils ne se sont pas assez attardés à la réglementation ou encore aux lois ».

    Le directeur de Greenpeace Québec, Éric Darier, dit ne pas être surpris des conclusions du document : « Les gens qui l’ont rédigé ne sont pas des experts et ils se sont basés sur les propos des experts de l’industrie pétrolière. Pourtant, ce rapport va probablement être utilisé par le gouvernement pour dire que tout va bien ».[Rapport du Comité sénatorial permanent de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles; Le Devoir]