Exploration des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent: les avancées dans la partie terre-neuvienne

  • 04 / 07 / 2013 Par Christine Gilliet – Mots et Marées -

    Le rapport préliminaire de l’évaluation environnementale stratégique a été publié et le public a jusqu’au 5 août pour le commenter. Les appels d’offres aux compagnies d’exploration sont pourtant déjà lancés. La Coalition Saint-Laurent réagit vivement.

    L’ébauche du rapport de mise à jour de l’évaluation environnementale stratégique (ÉES) qui concerne la zone côtière et une partie du golfe à l’ouest de la côte de l’île de Terre-Neuve a été publiée sur le site Internet de l’Office Canada-Terre-Neuve des hydrocarbures extracôtiers (l’Office) le 21 juin dernier. Cette zone étudiée comprend le gisement potentiel d’hydrocarbures Old Harry, situé à 80 km au nord-est des îles de la Madeleine.

    Ce rapport de plus de 700 pages est soumis aux commentaires écrits du public qui doivent parvenir à l’Office d’ici le 5 août 2013. « C’est une façon de procéder un peu indécente, déclare Sylvain Archambault, porte-parole de la Coalition Saint-Laurent, compte tenu du fait que les principaux intéressés, pêcheurs et gens du tourisme, sont actuellement dans leur période de travail la plus intense et que les citoyens sont plutôt en vacances. C’est le meilleur temps pour ne pas obtenir de participation du public. »

    L’Office gère les ressources pétrolières de la zone extracôtière de Terre-Neuve-et-Labrador au nom du gouvernement du Canada et du gouvernement provincial, comprenant la délivrance de permis pour des projets d’exploration et d’exploitation pétrolière et gazière dans la région. La présente mise a jour de l’ÉES de 2005 (amendée en 2007), menée par la firme de consultants AMEC, vise à éclairer les futures décisions de l’Office pour la délivrance de ces permis en prenant en compte les questions environnementales et les mesures d’atténuation des impacts de l’implantation de l’industrie pétrolière sur l’environnement et les activités socioéconomiques dans le golfe du Saint-Laurent.

    La Coalition Saint-Laurent regroupe quelque 80 organismes et 4 600 personnes réclamant un moratoire sur les activités d’exploration pétrolière et gazière dans l’ensemble du golfe, et une gestion intégrée de ses eaux par les cinq provinces riveraines concernées. Parmi ces provinces, Québec a instauré un moratoire dans sa portion du golfe depuis 1998. Une évaluation environnementale stratégique (ÉES 2) réalisée par la firme Génivar — qui aurait dû livrer des résultats pour l’automne 2012 — est attendue pour les prochaines semaines.

    Pas de résumé et de recommandations dans le rapport

    Après la lecture du rapport, la Coalition estime que cette partie du golfe est peu propice aux activités pétrolières. Elle est particulièrement inquiète que la section « Sommaire et conclusion » ait été laissée vide par les auteurs (section 6 du document en page 476 ou en page 490 du PDF du document). L’Office y a apposé une note, qui se lit presque comme une notice légale, indiquant que les recommandations sont reportées à l’automne prochain, avec la version finale du rapport de l’ÉES. « Mais le public n’aura aucun moyen de se faire entendre sur ces recommandations, potentiellement de grande importance pour l’avenir du golfe, car aucune autre période de consultation n’est prévue, explique Sylvain Archambault. »

    Les commentaires de la Coalition Saint-Laurent

    La Coalition relève des lacunes au niveau des connaissances biologiques et au niveau de l’impact des activités pétrolières, et des incertitudes sur l’efficacité des mesures de mitigation. Le rapport affirme que les impacts des relevés sismiques sur les poissons et les mammifères marins sont mal connus. Ces relevés (des puissantes détonations répétitives) sont menés pendant la phase exploratoire pour détecter l’éventuelle présence d’hydrocarbures.
    Une partie importante du rapport consiste à identifier à l’intérieur de cette région des zones sensibles ou d’importance biologique pour les mammifères marins et diverses espèces de poissons. « Malheureusement, aucune carte synthèse de ces zones sensibles n’est présentée, ce qui aurait permis de constater que la presque totalité de la partie terre-neuvienne pourrait être qualifiée d’importante ou de sensible. Seules des cartes sectorielles sont présentées », relève Sylvain Archambault.

    Le rapport fait abondamment référence à tous les impacts connus des opérations pétrolières: relevés sismiques, rejets de boues de forage, déversements pétroliers, etc.). Il traite longuement de l’importance des activités de pêche commerciale qui se déroulent dans la presque totalité de la zone étudiée et durant une grande partie de l’année, ce qui pose un défi énorme à la cohabitation de la pêche et de l’industrie des hydrocarbures. De même pour les activités touristiques qui pourraient subir des impacts directs des activités pétrolières et des perceptions négatives du public.

    Une marée noire dans le golfe pourrait potentiellement affecter un vaste territoire, entre autres à cause du caractère dynamique du golfe et des espèces qui sont mobiles, et que les côtes pourraient aussi être touchées. Selon le rapport, il est peu probable qu’un tel déversement puisse avoir lieu.

    Appel d’offres avant la fin de l’ÉES

    En mai dernier, l’Office a lancé un appel d’offres aux compagnies d’exploration pour cette région. Cet appel d’offres intervient plusieurs mois avant que l’ÉES ne soit terminée et malgré le fait que le commissaire fédéral à l’environnement et au développement durable avait émis l’an dernier la recommandation de s’assurer que l’ÉES soit bouclée avant de vendre des permis d’exploration. « Ça va trop vite, il y a certainement des zones sensibles et fragiles qui vont être dessinées par l’ÉES. Elles sont cruciales, notamment pour l’industrie de la pêche au homard, au sébaste et à la morue », poursuit Sylvain Archambault.

    Un porte-parole de l’Office a défendu la décision de lancer l’appel d’offres, soutenant que la date butoir pour les soumissions était prévue quatre mois après la publication de l’évaluation environnementale et que le temps était suffisamment long pour que les compagnies incluent dans leurs projets d’exploration des mesures visant à protéger la vie marine, a-t-il plaidé. « C’est un mauvais message lancé à l’industrie pétrolière, comme s’il n’y avait pas de problème et qu’elle pouvait aller de l’avant », poursuit Sylvain Archambault.

    Sources: Office Canada-Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers, Coalition Saint-Laurent, Radio-Canada, Le Devoir, La Presse.

     

     

     

     

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